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Habitat collectif - les 10 erreurs · Apr 13, 2026

Erreur #7 — Quand le collectif donne trop de pouvoir à une minorité

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Tim · Habitat collectif - les 10 erreurs

Une personne = une voix.
Tout le monde compte à égalité.
Aucune décision ne peut être imposée.

Dit comme ça, c’est presque irréprochable.

Et pourtant, avec le recul, je pense que cela a été l’une des plus grosses erreurs de notre aventure en habitat collectif.

Pas parce que le principe serait mauvais en soi. Mais parce qu’en pratique, il peut devenir une formidable machine à blocage… et à prise de pouvoir.

C’est probablement l’un des apprentissages les plus douloureux que je retiens de ces quatre années au château de Montlaville.

Quand nous avons lancé le projet en 2022, nous étions cinq foyers.

L’énergie était immense.

Le lieu aussi : 1 800 m² de bâti, un parc, un réfectoire, des dépendances, plusieurs appartements, des espaces professionnels potentiels.

Tout le monde projetait quelque chose dans ce lieu.

Une vie collective différente.
Un mode de vie plus sobre.
Des projets entrepreneuriaux.
Une aventure humaine.

Dans cet enthousiasme, la règle de l’unanimité nous semblait naturelle.

Personne ne devait avoir plus de poids qu’un autre.

Je continue d’ailleurs à croire profondément au principe une personne = une voix.

Mais j’ai appris qu’égalité ne signifie pas unanimité.

Et surtout : l’unanimité donne mécaniquement un pouvoir immense à la minorité.

Il suffit qu’une personne bloque… Et tout s’arrête.

Le premier signal faible, nous ne l’avons pas vu - ou plutôt que nous avons choisi de ne pas voir.

Très vite, il a fallu répartir les espaces privés.

Qui habite où ?
Qui prend quel appartement ?
Quels volumes pour quelles familles ?

Nous connaissions encore très mal le lieu : nous l’avions visité rapidement, plans en main.

Certaines personnes avaient davantage anticipé que d’autres.

Elles avaient déjà repéré les meilleurs espaces : plus lumineux, mieux exposés, plus faciles à aménager

Pendant que certains avaient besoin de temps pour se projeter, d’autres se sont positionnés immédiatement.

Et nous avons laissé faire. En mode : “Ce n’est pas grave, on ajustera plus tard.”

En réalité, ceux qui se sont positionnés les premiers ont pris les meilleures places.

Ce n’était sans doute pas malveillant à ce stade. Mais c’était déjà une première forme de préemption.

Une première prise de pouvoir douce.

Le même phénomène s’est reproduit, avec beaucoup plus de conséquences, sur les espaces professionnels.

À l’époque, plusieurs activités devaient coexister sur le site.

  • Un tiers-lieu

  • Un projet de colocation seniors

  • Une épicerie

  • D’autres usages en réflexion.

Là encore, certains espaces étaient presque prêts à l’emploi.

D’anciens sanitaires collectifs représentaient plus de 100 m² immédiatement exploitables avec quelques travaux.

D’autres espaces, au contraire, demandaient une rénovation lourde.

Quand les premiers ont préempté les espaces les plus faciles à exploiter, nous avons, une nouvelle fois, accepté.

Sans vraiment questionner les conséquences.

Le résultat était pourtant énorme :

  • d’un côté, 6 mois de travaux et 20 000 € de matériaux ;

  • de l’autre, 18 mois et près de 400 000 € d’investissement.

Autrement dit, nous avons rendu un projet possible… et l’autre quasiment impossible.

Avec le recul, c’était déjà une forme de prise de pouvoir structurelle.

Pas forcément agressive. Mais très concrète.

Le plus insidieux, c’est que ce genre de dynamique ne se produit jamais d’un seul coup.

C’est progressif.

On cède sur un premier sujet.

Puis un deuxième.

Puis un troisième.

Toujours au nom du collectif.

Toujours au nom de la paix.

Toujours au nom du fait qu’il faut avancer.

Petit à petit, certaines personnes commencent à considérer comme acquis ce qui n’a jamais été formellement décidé en collectif.

C’est là que le flou devient dangereux.

Par exemple, à un moment, l’idée a émergé qu’une seule structure devait pouvoir organiser des événements sur le lieu et gérer la location des chambres.

Cette exclusivité n’avait jamais été votée.

Jamais écrite.

Jamais actée.

Et pourtant, elle commençait à être présentée comme une évidence.

Comme un droit.

Comme une norme.

C’est à ce moment-là que j’ai compris que nous avions laissé la situation aller beaucoup trop loin.

Le cœur du problème, ce n’était pas uniquement le comportement de certaines personnes.

Le vrai problème, c’était notre système.

Parce qu’avec une gouvernance à l’unanimité, revenir en arrière devient presque impossible.

Même lorsque la majorité voit le problème.

Même lorsque les faits sont évidents.

Même lorsque tout le monde comprend que le collectif y perd.

Il suffit qu’une seule personne dise non.

Et tout reste figé.

C’est exactement ce qui s’est passé.

Nous avions construit un système dans lequel il devenait rationnel, pour ceux qui bénéficiaient du déséquilibre, de bloquer toute évolution.

Le collectif se retrouvait alors à faire des concessions permanentes.

Pas parce qu’elles étaient justes.

Mais parce qu’il fallait continuer à avancer.

Avec le recul, je comprends aussi ma part de responsabilité.

Pendant longtemps, j’ai occupé inconsciemment le rôle du sauveur.

J’écoutais.

Je temporisais.

J’arrondissais les angles.

Je me disais que le temps finirait par permettre un accord.

Je voulais éviter le conflit.

Je pensais sincèrement rendre service au groupe.

En réalité, je repoussais les tensions au lieu de les traiter.

Et en faisant cela, je laissais les rapports de force s’installer.

Le collectif ne se protège pas par la seule bonne volonté.

Il se protège par des règles de gouvernance robustes.

Aujourd’hui, il y a une chose que je sais avec certitude :

Je ne reviendrai plus dans un projet structuré autour de l’unanimité.

Je crois toujours à l’égalité des voix. Mais pas au droit de veto permanent.

Une minorité ne doit jamais pouvoir prendre le pouvoir par le blocage.

Parce qu’à ce moment-là, ce n’est plus du collectif, c’est un rapport de force déguisé en gouvernance horizontale.

Et souvent, cela ouvre la porte à des dynamiques encore plus complexes.

C’est d’ailleurs ce que je raconterai dans le prochain article :

Comment, en voulant sauver le groupe, je me suis enfermé dans le triangle de Karpman.

Read the original on timsaumet.substack.com

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