👆 Vous connaissez cette personne.
Dans la série “The Office”, il s’appelle Michael Scott. Dans votre entreprise, il a sûrement un autre nom.
Le nom de celui ou celle qui, après 1/2 journée de formation, se proclame expert.
De celui ou celle qui, dans chaque réunion, a LA solution avant même d’avoir compris le problème.
De celui ou celle qui parle avec une assurance déconcertante... sur des sujets qu’il maîtrise à peine.
Vous l’avez peut-être déjà croisé·e.
Ou pire... vous avez peut-être été cette personne sans le savoir.
Entrons dans le sujet de cette newsletter : l’effet Dunning-Kruger.
Cette découverte scientifique révèle un paradoxe fascinant : moins on en sait, plus on se sent sûr de soi.
Ce phénomène individuel a des conséquences collectives majeures.
Dans vos équipes. Dans vos projets. Dans la façon dont vous prenez des décisions ensemble.
Je suis Sophie Frantz, consultante en marketing et facilitatrice en intelligence collective.
Vous lisez “Pouvoirs collectifs”, la newsletter qui explore ce qui rend un groupe puissant… ou influençable.
En 1995, un homme nommé McArthur Wheeler braque deux banques à Pittsburgh. En plein jour. Sans masque. Avec le sourire.
Quelques heures plus tard, la police l’arrête grâce aux caméras de surveillance.
Sa réaction ? La stupéfaction totale.
“Mais j’ai mis le jus de citron !” s’écrie-t-il, incrédule.
Wheeler avait enduit son visage de jus de citron avant les braquages. Son raisonnement ? Le jus de citron sert d’encre invisible. Donc logiquement, selon lui, cela devait le rendre invisible aux caméras de surveillance.
Il avait même fait un test chez lui avec un Polaroid. Il ne s’était pas vu sur la photo. Pas parce qu’il était invisible, mais probablement parce que l’appareil était mal réglé.
Mais pour lui, c’était la preuve irréfutable que ça fonctionnait.
Les enquêteurs ont conclu qu’il n’était ni fou, ni sous l’emprise de drogues. Il était juste... ABSOLUMENT CONVAINCU de son plan.
Cette histoire incroyable a inspiré deux psychologues, David Dunning et Justin Kruger, à mener une série d’études qui ont révélé un mécanisme troublant :
Les personnes les moins compétentes dans un domaine sont incapables d’évaluer leur propre incompétence.
Pourquoi ? Parce que l’incompétence crée un double fardeau.
Premier fardeau : ne pas avoir la compétence.
Deuxième fardeau : ne pas avoir la capacité cognitive de reconnaître qu’on ne l’a pas.
”Je ne sais pas, ce que je ne sais pas.”
J’aime beaucoup cette phrase et je pense qu’on a trop tendance à l’oublier.
Le résultat de cet effet Dunning-Kruger ?
Les débutants surestiment massivement leurs compétences
Les experts sous-estiment souvent les leurs (parce qu’ils connaissent la complexité du sujet)
Entre les deux, il y a une “vallée de l’humilité” – ce moment où on réalise qu’on ne sait pas grand-chose
Si on devait tracer l’évolution d’incompétent à compétent, cela pourrait ressembler à ceci :
La Montagne de la stupidité (le pic de confiance)
Vous découvrez un domaine, vous apprenez les bases, vous comprenez quelques principes généraux, et boom : vous vous sentez expert !Vous ne mesurez pas encore la complexité. Vous voyez quelques principes de base et vous vous dites : “Ah mais c’est simple en fait !”
C’est ce qu’on appelle parfois “la montagne de la stupidité”.
La confiance est au plus haut, alors que la compétence réelle est au plus bas.
Vous ne savez pas encore tout ce que vous ne savez pas.
La vallée de l’humilité
Puis, vous commencez à pratiquer. Et là, vous découvrez toutes les subtilités, toutes les exceptions, toute la complexité que vous n’aviez pas vue au départ !La confiance s’effondre.
Vous réalisez l’étendue de votre ignorance. C’est inconfortable, déstabilisant même.
Mais c’est le signe que vous progressez réellement.
La montée de l’apprentissage
Avec l’expérience, vous accumulez des connaissances, vous faites des erreurs, vous apprenez de vos échecs. La compétence augmente progressivement.La confiance remonte, mais cette fois, elle est calibrée sur une vraie maîtrise.
Vous développez une vraie compétence, pas à pas.Le plateau de la consolidation
Enfin, après des années de pratique, vous atteignez un niveau d’expertise solide.Paradoxalement, c’est à ce moment-là que vous mesurez le mieux tout ce qu’il reste à apprendre.
La confiance est là, mais elle est tempérée par l’humilité.L’expert sait qu’il sait, il a confiance en son savoir.
Mais il sait aussi qu’il ne sait pas tout.
Le piège ?
Le piège, c’est qu’au travail et dans nos quotidiens, on ne voit que des instantanés de cette courbe.
On ne sait pas toujours où se situe notre interlocuteur. Celui qui parle avec le plus d’assurance n’est pas forcément celui qui maîtrise le mieux. Il est peut-être juste au sommet du pic de confiance, au tout début de son apprentissage.
Et pendant ce temps, l’expert au fond de la salle, qui a parcouru toute la courbe, hésite à prendre la parole parce qu’il voit toute la complexité du sujet.
C’est exactement pour cela que l’effet Dunning-Kruger sabote nos dynamiques collectives.
Imaginons maintenant ce phénomène à l’échelle d’un groupe.
Dans vos réunions, vos comités, vos prises de décision collective, qui prend le plus souvent la parole ?
Trop souvent malheureusement, on peut avoir ce cas de figure :
Ce ne sont pas les experts mais les pseudo-experts qui parlent fort.
Ceux qui ont une confiance démesurée parce qu’ils ne mesurent pas la complexité du problème.
Et voici où ça devient dangereux pour l’intelligence collective :
1. Les voix les plus fortes ne sont pas toujours les plus compétentes
Dans un groupe, les personnes les moins compétentes ont tendance à monopoliser la parole. Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont pas conscience de leurs limites.
Les vrais experts, eux, hésitent. Nuancent. Doutent.
Résultat ? Le groupe peut suivre la mauvaise personne.
2. L’effet “fausse expertise” contamine le groupe
Quand quelqu’un parle avec assurance, même sans compétence réelle, il active un biais collectif : l’effet de halo. On confond confiance et compétence.
Et si plusieurs personnes au pic de Dunning-Kruger se renforcent mutuellement, vous obtenez une chambre d’écho de l’incompétence collective.
3. Les vrais experts sont silencieux ou ignorés
Les personnes réellement compétentes, conscientes de la complexité, formulent leurs idées avec prudence. “Ça dépend...” “Il faudrait vérifier...” “C’est plus complexe que ça...”
Dans un groupe pressé par le temps ou en quête de certitudes, ces voix prudentes sont souvent perçues comme faibles ou hésitantes.
Vous voyez le problème ?
Dans de nombreux contextes collectifs – réunions, comités, réseaux sociaux – l’effet Dunning-Kruger sabote l’intelligence collective.
Vous animez une réunion. C’est toujours la même personne qui parle en premier. Avec assurance. Longtemps. Et souvent, elle n’a pas la bonne réponse. Pendant ce temps, l’expert au fond de la salle hésite. Doute. Se tait.
En tant que facilitateur ou manager, votre rôle est crucial :
Créer des formats qui donnent la parole à tous : tour de table, vote anonyme, sous-groupes
Valoriser explicitement le doute et la nuance. Il existe de nombreux outils d’intelligence collective pour cela, les Chapeaux de Bono sont un bel outil assez accessible.
Poser des questions qui révèlent la profondeur : “Quels sont les risques ?” “Qu’est-ce qui pourrait nous échapper ?”
Je vois trop de personnes qui laissent “participer” sans cadrer. Faciliter, c’est cadrer pour que chacun puisse s’exprimer.
L’étude de Dunning et Kruger le montre : quand on forme les personnes moins compétentes, elles deviennent meilleures ET plus conscientes de leurs limites.
La formation améliore à la fois la compétence et la lucidité.
C’est pour cela que j’insiste toujours sur la montée en compétence collective : pas pour créer des armées d’experts, mais pour créer une culture où chacun comprend la complexité des autres sujets et arrive ainsi à mieux mesurer sa propre expertise.
L’idée centrale est de garder en tête que vos clients potentiels surestiment souvent leur capacité à résoudre seuls leurs problèmes.
Ex : Tutoriel YouTube + un peu de temps = “Bah, c’est plutôt facile, je peux faire pareil”.
Vous l’avez compris maintenant, nous sommes ici pile poil dans l’effet Dunning-Kruger.
Votre rôle ? Révéler la complexité invisible. Montrer la face cachée de l’iceberg.
Ne dites pas : “J’anime votre séminaire.”
Dites (et montrez) ceci :
“Bien animer un séminaire, c’est un processus complexe : il faut définir les objectifs réels (pas ceux affichés), choisir le bon format pour chaque séquence, anticiper les dynamiques de pouvoir, gérer les profils dominants, structurer la prise de parole, prévoir les temps de respiration... ”
Pensez à révéler la profondeur d’un travail qui semble simple en surface.
Ce n’est pas toujours évident mais il faut créer ces “révélations” !
Car c’est elles, qui font prendre conscience de la valeur de l’expertise.
Et maintenant vous comprenez mieux le paradoxe cruel de l’entrepreneuriat…
- Les moins compétents se vendent sans problème. Ils promettent la lune, affichent des tarifs élevés, ne voient pas leurs limites.
- Les vrais experts hésitent. Ils voient tout ce qu’ils ne maîtrisent pas encore. Ils doutent de leur légitimité.
Comprendre l’effet Dunning-Kruger aide à comprendre (et dépasser, je l’espère) ce fameux syndrome de l’imposteur.
Allez, les vrais experts, sortez et montrez-nous la face cachée de votre iceberg !
En tant que manager ou facilitateur : Structurez la prise de parole. Ne laissez pas la surconfiance dominer vos réunions. Créez des espaces où chacun peut contribuer équitablement.
En tant qu’expert ou entrepreneur : Objectivez votre valeur. Demandez à vos clients ce qui a vraiment fait la différence. Vous serez surpris de découvrir ce qu’ils valorisent et que vous considérez comme “normal”.
Pour tous : Formez-vous, formez vos équipes. La formation améliore à la fois la compétence ET la lucidité de savoir où on en est sur le chemin.
Dans cet épisode, je vous raconte quelque chose de plus personnel.
Comment j’ai moi-même été piégée par ce biais pendant des années. Comment j’ai sous-estimé ma valeur en pensant que “si c’était simple pour moi, ça devait l’être pour tout le monde”.
Et surtout : les outils concrets que j’utilise aujourd’hui pour :
→ Faciliter des groupes sans laisser les surconfiants dominer
→ Valoriser mon expertise sans simplifier artificiellement
→ Aider mes clients à sortir de leur angle mort
20 minutes de retour d’expérience et d’outils actionnables.
Avez-vous déjà vécu un moment où vous avez réalisé que vous surestimiez votre compétence sur un sujet ?
Ou au contraire, avez-vous déjà été freiné par le syndrome de l’imposteur alors que vous aviez une vraie expertise ?
Comment gérez-vous l’effet Dunning-Kruger dans vos équipes ou vos projets ?
Je suis curieuse de lire vos expériences ! N’hésitez pas à commenter cette newsletter j’adore vous lire et échanger avec vous. 😊
Et rendez-vous le 8.12 pour la prochaine newsletter. 👋
À très vite !
Sophie FRANTZ
Experte en marketing et dynamiques collectives.
P.S. Si vous reconnaissez ces dynamiques dans votre organisation et que vous souhaitez créer des espaces de décision collective vraiment intelligents, écrivez-moi. C’est exactement ce type de transformation que j’accompagne : allier marketing et intelligence collective pour créer des groupes où l’expertise réelle émerge et où les voix les plus pertinentes sont entendues.

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