RSS Amplifier

Pouvoirs Collectifs · Nov 10, 2025

Contagion émotionnelle : comprendre la panique collective.

0
Sign in to vote or save

Sophie FRANTZ · Pouvoirs Collectifs

👆 Mars 2020. Des rayons de papier toilette vides. Des gens qui se battent pour des paquets. Le monde entier pris dans la même panique.

Vous vous souvenez ?

Ces scènes incroyables où des millions de personnes, partout sur la planète, ont eu la même réaction au même moment.

Alors que le papier toilette ne protège pas du Covid. Qu’il n’y avait aucune pénurie réelle. Et que les usines tournaient normalement.

Pourquoi ? Parce que la peur, tout comme la joie dont je vous parlais dans les newsletters précédentes, est contagieuse.

Cependant, cette contagion liée à la peur, pose un problème car elle attaque directement la partie RATIONNELLE de notre cerveau.

Je suis Sophie Frantz, consultante en marketing et facilitatrice en intelligence collective.
Vous lisez la newsletter “Pouvoirs collectifs”, la newsletter qui explore ce qui rend un groupe puissant … ou influençable.

Pour comprendre ce qui s’est passé en mars 2020, il faut comprendre comment fonctionne notre cerveau face à la peur.

Cette image est issue de la vidéo “Le rôle de l’amygdale et ses effets physiques sur le corps”. Disponible sur la chaîne Médecins d’Ado sur Youtube.

Imaginez votre cerveau comme une équipe avec deux joueurs clés :

L’amygdale : votre système d’alerte. Elle scanne en permanence votre environnement à la recherche de menaces. Quand elle capte un danger – réel ou perçu – elle prend le contrôle en quelques millisecondes. Votre cœur s’accélère, vos muscles se tendent, vous êtes en mode survie.

Le cortex préfrontal : votre partie rationnelle. Celle qui analyse, planifie, raisonne.

Quand l’amygdale prend le contrôle, le cortex préfrontal est anesthésié, nous devenons impulsifs et focalisés vers le danger.

Cette impulsivité vous a très certainement déjà sauvé la vie.
Ces deux joueurs clés nous sont souvent très utiles.

Le problème est que nous n’arrivons pas toujours à réguler notre amygdale. L’amygdale ne fait pas toujours la différence entre un danger mortel et une peur qui n’est pas vitale.

Elle s’enclenche différemment chez les uns et les autres. Chacun a ses propres “déclencheurs” qui activent son amygdale de manière disproportionnée.

Ces déclencheurs peuvent être :

  • Physiques : la hauteur, l’eau profonde, la vitesse, les espaces clos

  • Sociaux : parler en public, être jugé, dire non, décevoir quelqu’un

  • Existentiels : manquer d’argent, perdre le contrôle, être seul, vieillir

  • Situationnels : les conflits, l’imprévu, les changements, les foules

Ou, plus prosaïquement, manquer de papier toilette. 😉

Dans ces situations, il n’y a pas de danger mortel. Mais votre amygdale réagit comme si votre vie était en jeu.

Résultat ? Vous perdez en clarté. Vos décisions deviennent impulsives. Vous prenez de mauvaises priorités.

Et ce mécanisme individuel peut devenir collectif.

Comme je l’explique dans les épisodes 77 et 78 du podcast Les Intelligences Collectives, les émotions collectives nous rendent plus “activables” – plus faciles à mettre en mouvement.

Pensez à une soirée entre amis où tout le monde rit. Même une blague moyenne vous fait éclater de rire. Pourquoi ? Parce que la joie collective a abaissé votre seuil de résistance au rire.

Avec la peur, c’est pareil. Quand vous percevez que les autres ont peur, votre propre seuil pour basculer dans la peur s’abaisse drastiquement. Vous devenez plus sensible aux signaux de danger, plus prompt à réagir, plus susceptible de suivre le mouvement.

Quand une personne panique, cette émotion intense se propage aux autres. C’est ce qu’on appelle la contagion émotionnelle.

Les recherches en neurosciences montrent que lorsque nous percevons la peur chez quelqu’un d’autre, notre propre amygdale s’active. Même si nous ne comprenons pas encore la source du danger.

C’est un mécanisme de survie : si quelqu’un fuit, c’est qu’il a peut-être vu quelque chose que vous n’avez pas vu. Mieux vaut fuir aussi, par précaution.

Dans une foule, ce processus s’amplifie.

Vous voyez quelqu’un avec un caddie rempli de papier toilette → Votre amygdale s’active : “Cette personne a peur de manquer. Donc il doit y avoir un risque de pénurie. Je dois agir aussi.” → Vous prenez quelques paquets → D’autres vous voient faire → Leur amygdale s’active à son tour.

Remarquons que dans l’exemple du papier toilette, la prophétie négative devient autoréalisatrice.
La peur a créé la pénurie qu’elle redoutait.

Aujourd’hui, ce mécanisme de la panique est surexploité.

Les algorithmes des réseaux sociaux ont parfaitement compris que la peur, l’indignation, la colère génèrent plus d’engagement que la nuance et la réflexion.

Les chiffres le confirment : une étude récente publiée dans Nature montre que les utilisateurs sont près de deux fois plus susceptibles de partager des articles négatifs sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, cette tendance est encore plus marquée, avec une augmentation de 98% du partage pour les contenus négatifs.

Les algorithmes le savent. Et ils en profitent.

Résultat ? Nos fils d’actualité sont conçus pour activer notre amygdale en permanence. Chaque scroll est une nouvelle alerte, chaque notification un nouveau danger potentiel. Votre cerveau passe son temps en mode survie, à analyser des menaces qui, pour la plupart, ne vous concernent pas directement.

L’impact ? Nous devenons collectivement plus anxieux, plus réactifs, plus polarisés. Notre capacité à prendre du recul diminue. Notre seuil de tolérance à l’incertitude s’effondre. Et nous sommes de plus en plus vulnérables aux paniques collectives – exactement comme en mars 2020, mais en version quotidienne.

Mon antidote ? (Spoiler, il ne fonctionne pas à tous les coups.)

Cultiver les vraies émotions de terrain.

Celles que vous vivez dans le monde réel. La joie d’une rencontre inattendue. La peur d’essayer quelque chose de nouveau. L’émerveillement face à quelque chose que vous ne connaissiez pas.

Ces émotions authentiques, vécues dans des situations réelles, avec de vraies personnes, vous apprennent à travailler vos émotions. À les reconnaître. À les accueillir. À les comprendre. À les gérer.

Je crois que si nous gardons cette pratique de valorisation des “émotions de terrain”, nous pourrons continuer de tenter d’être moins vulnérables aux émotions artificielles.

💥 Et vous, comment gérez-vous la contagion émotionnelle ?

Avez-vous des stratégies pour ne pas vous laisser emporter par les paniques collectives ?

Des moments où vous avez réussi à réactiver votre cortex préfrontal face à une peur collective ?

Je suis curieuse de lire vos expériences ! N’hésitez pas à répondre à cet e-mail, j’adore vous lire et échanger avec vous. 😊

Et rendez-vous le 24.11 pour la prochaine newsletter. 👋

À très vite !

Sophie FRANTZ
Experte en marketing et dynamiques collectives.

—————————————————————
🎧 Et pour aller plus loin, écoutez mon nouvel épisode de podcast :
#79 Contagion émotionnelle : comprendre la panique collective.

Dans cet épisode, je décortique en profondeur ce mécanisme fascinant de la panique collective.

Je vous explique notamment :

  • Comment la peur court-circuite notre rationalité

  • Pourquoi les images virales de panique se diffusent plus vite que les articles rationnels

  • Comment reprendre le contrôle face à la contagion émotionnelle

Ecouter l'épisode

Partager

Read the original on sophiefrantz.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.