Il y a les invitations à tester un nouveau restaurant, un nouveau spa, une boisson, un hôtel, un bar, un cinéma et tout ce qui se teste. Il y a les cadeaux de livres, tickets de concert, objets de collection, produits de beauté, voire vêtements et accessoires (si job en conséquence). À toutes ces formes de connaissances auxquelles il m’arrive d’avoir accès, s’ajoutent au quotidien les recommandations culturelles que les marques dissimulent dans leurs “actus”. Parce que les marques sont devenues des médias, des hubs culturels, des plateformes grand public - appelez ça comme vous voulez -, il est désormais possible de s’y intéresser autrement que par le vêtement. Il suffit juste de lire entre les lignes pour déceler toute l’offre qu’elles proposent. Si vous n’avez pas le temps, ou l’envie, de creuser la moindre news mode qui apparait dans votre feed pour découvrir quelque chose d’autre, moi, j’aime ça. Et je ne suis sûrement pas la seule puisque c’est en discutant avec les gens de la mode que j’obtiens encore plus de recos de niche. Alors, bienvenue sur ma liste des recommandations culturelles mais pas que, une fois par mois plus ou moins.
C’est l’histoire d’un maître d’école texan et d’une popstar ascendant designer. Tout a commencé en 1993, lorsque Mike Bise devient vendeur au sein de la boutique GAP de Dallas. Job qu’il occupera jusqu’en 2006, avant de se consacrer à l’enseignement. Mais, depuis, le school teacher n’a jamais cessé de chercher et reconstituer les playlists diffusées dans les boutiques GAP. Un hobby comme un autre, qui lui permet tout de même d’analyser l’humeur des américains en musique. Par exemple, en 2001, suite aux attentats du 11 septembre, la playlist diffusée dans les magasins GAP aux US à l’approche des fêtes était plutôt sobre (en comparaison avec les autres années). Son site regorge de prises de températures de ce genre. Le mois dernier, sur Spotify et ailleurs, les algorithmes de Mike Bise et Victoria Beckham se sont ainsi tout naturellement entremêlés lorsque le GAPophile a publié sur les plateformes d’écoute la playlist GAP x Victoria Beckham constituant l’ambiance sonore qui marquait l’arrivée de la collaboration en boutiques.
En novembre dernier, au déjeuner annuel de Mytheresa, l’équipe de presse avait eu la bonne idée de m’asseoir à côté de Pam Boy. Quand vient le dessert, on se met à parler lectures du moment. Pierre me recommande alors un livre que, cinq mois plus tard, j’ai enfin acheté puis lu. Je n’ai pas l’habitude de lire des thrillers, encore moins quand ils conjuguent rites de passage à l’âge adulte et tragédie grecque mais c’était une bonne surprise. Disons que ça vieillit bien mieux que La tâche de Philip Roth, dont l’intrigue se déroule aussi dans une université. Si c’était à refaire, je lirais la version originale (en anglais, donc) et j’attendrais l’hiver prochain parce que l’atmosphère du roman est particulièrement glaciale.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, je n’avais jamais pensé à visiter Le Petit Trianon avant qu’une marque ne m’invite à le faire, il y a quelques années. Pour ma défense, la visite de Versailles est déjà assez éprouvante - surtout lorsque ce n’est pas une marque qui vous l’organise. En visitant Le Petit Trianon, donc, j’avais été frappée par l’état impeccable de la décoration. C’était comme si Marie Antoinette se trouvait dans la pièce d’à côté. Par quel miracle ce vieux bâtiment - ou tout autre vieux bâtiment ayant connu les guerres et/ou la révolution - peut-il encore être si bien meublé ? J’ai enfin eu ma réponse dans cet épisode d’Affaires Sensibles : grâce aux faussaires. C’est fascinant. Plus grave encore que le cambriolage du Louvre. Et ça aide à comprendre le prix du ticket d’entrée au Château.
Il y a quelques mois, j’ai découvert que Jacquemus vendait en toute discrétion sur son site : des livres d’occasion. Au milieu des bandanas d’inspiration fichus, espadrilles à talon et jupons de coton, sont ainsi disponibles à l’achat des livres anciens comme L’Almanach des lettres et des arts ou encore un recueil de poèmes de Paul Éluard illustrés par Picasso. Une sélection très Jacquemus dans tous les sens de la formule. Ces insertions au beau milieu du eshop, catégorie “petits cadeaux”, ne relèvent pas seulement de la curation de l’univers de marque mais aussi d’une volonté de partager les sources d’inspiration en toute transparence. L’antichambre du gatekeeping.
Je n’ai pas le droit de citer de noms mais je peux vous assurer que toutes les célébrités françaises les plus célèbres (et les plus sympas) vont chez little biceps, dont les tarifs sont autrement abordables. Alors que j’écris ces lignes en pleine canicule, je rêve d’un drainage ou de toute autre intervention nécessitant une huile de massage Birkenstock avec qui little biceps collabore depuis le lancement de leur gamme feetcare. Si j’ai écrit le terme feetcare dans une newsletter, vous pouvez bien prendre rendez-vous avec Emmanuelle.
Je ne sais plus ce que je préfère entre les collections de TURN et ses newsletters. Si vous aimez Maryam Nassir Zadeh, chez qui la fondatrice de TURN, Clara Hofer-Maire, a travaillé, vous aimerez tout autant TURN - qui a l’avantage d’être plus régulière dans ses drops ainsi que dans les horaires d’ouverture de sa boutique-appartement. Je m’y suis d’ailleurs rendue durant la Fashion Week de mars 2026 pour découvrir la marque et j’en suis repartie avec une jupe parce qu’il faut soutenir les jeunes designers. Jupe que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous. Qu’il s’agisse des textes ou de la mise en page, la newsletter est un bonbon de minimalisme auquel vous pouvez vous abonner directement via le eshop.
J’ai pris mes distances avec Colette. Autrice qui a eu la chance de naître avant MeToo, même si son beau-fils (avec qui elle a eu une “liaison” lorsqu’il était âgé 17 ans VS. 48 ans pour Colette) a ensuite ouvertement dénoncé sa belle-mère. Mais bref. Ce mois-ci, à l’occasion de l’ouverture d’une nouvelle boutique Lemaire dans les arcades du Palais Royal, la marque a organisé une exposition de photos inspirée par les fameuses observations de Colette depuis la fenêtre de son appartement situé à Palais Royal. J’ai toujours été fascinée par les artistes physiquement empêchés qui ne peuvent créer qu’à partir de leur environnement immédiat, à la manière de Frida Kahlo qui n’avait d’autre choix que de se consacrer à l’auto-portrait. Le parallèle entre Lemaire, le Palais Royal et Colette m’ayant intrigué, j’ai lu des passages de Paris de ma fenêtre et j’ai été frappée par les similitudes avec les archives de la presse féminine française des années de guerre. Comme le Marie Claire, Colette s’adresse à ses “chères lectrices” (du journal Le Petit Parisien) et prodigue des conseils pour améliorer le quotidien. Elle consacre même des chroniques à l’usure des vêtements. Une ethnographie du quotidien féminin qui a longtemps, pour ne pas dire toujours, irrigué la presse féminine.
Jusqu’à ce dimanche 31 mai, les brunchs avaient déserté mon lifestyle. Trop tôt. Trop tard. Trop de nourriture. Trop de boissons. Trop d’attente. Trop tendance. Trop américain. En tant que lève tôt, je ne suis même pas sûre de m’être un jour vraiment intéressée à ce format. Puis, est arrivé le mail de Marie qui me proposait d’aller à L’Aventure. J’ai dit oui, bien sûr, d’autant qu’il est possible d’y bruncher à l’heure du dej. De fait, on n’est plus vraiment dans la catégorie brunch : ce qui justifie d’être servi à table. En revanche, on est pleinement dans la catégorie petit déjeuner d’hôtel 5* - du genre qui nous fait réserver la chambre uniquement pour tester le restaurant le lendemain matin. À toutes les Amélie Nothomb qui liront cette newsletter : les oeufs sont délicieux. À L’Aventure, on est épargné par le fléau des oeufs en poudre qui s’abat sur les cuisines d’hôtels et rend toutes les omelettes du monde étrangement identiques.
Trois épisodes d’une heure pour retracer le parcours de la popstar australienne. Il faut être honnête, sans ce documentaire Netflix, le phénomène Kylie n’aurait peut être pas été aussi frais dans nos mémoires. Kylie Minogue a eu deux cancers qui occupent une place considérable dans le récit. Ses maladies sont un fil rouge qui différencie ce docu-biopic de tous les autres docus de stars. En off, j’ai appris que, durant sa chimiothérapie effectuée à Paris en 2005, elle continuait de se rendre aux ventes presse des marques de luxe. Cette info m’a fait un drôle d’effet : vingt ans plus tard, les marques et institutions de mode soutiennent-elles davantage les choses de la vie qui peuvent arriver même à leurs égéries ? Je ne sais pas si c’est leur rôle et je n’ai pas de réponse, mais je profite de ce documentaire pour rappeler l’existence du programme Pink Pony de Ralph Lauren. Le seul, à ma connaissance et à ce jour, qui est engagé dans la lutte contre le cancer.
Playlist - GAP xVictoria Beckham
Podcast - Le château de Versailles, des meubles en toc et deux faussaires de génie, Affaires Sensibles
Livre - Corps mémorable, Paul Eluard
Institut Litte Biceps, 59 rue du Temple 75004 Paris
Boutique LEMAIRE, arcades du Palais Royal
Livre - Paris de ma fenêtre, Colette
Le brunch de l’hôtel L’Aventure, 4 avenue Victor Hugo 75116 Paris
Documentaire - Kylie, Netlfix
PS : Ma prochaine newsletter prend du temps : une enquête pour tenter de décrypter les emojis de vêtements créés par Apple👚👕👙👔
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