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Quoi de mum? · Jun 26, 2026

#35 Too hot to handle

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Clémentine et Pauline · Quoi de mum?

Chères lectrices, chers lecteurs,

On se fend cette semaine d’un billet spécial canicule envoyé exceptionnellement ce vendredi pour vous informer, vous divertir (autant que possible en cette situation plus qu’alarmante) et surtout faire passer la pilule quant au fait qu’il n’y aura pas de newsletter classique samedi matin. Et ce, car Clémentine et moi (Pauline), avons lâché la rampe.

Clémentine a bafoué toutes ses valeurs en achetant une clim’ pour la chambre de son fils où il fait 35 degrés, y compris la nuit, tout en emballant des cartons, en nage, car elle expérimente la décohabitation conjugale.

De mon côté, j’ai eu l’extrême privilège de m’exiler quelques jours en Vendée dans une maison au sol carrelé. Mon enfant a battu des records d’heures de visionnage de dessins animés et moi, j’ai gagné la palme de la mauvaise mère, houspillant toute la journée, mégère en culotte avec une moustache de sueur autour de la bouche. J’ai menacé mon mec de divorcer quand, un matin, il n’a pas voulu m’apporter une tartine de beurre, et il m’a menacée en retour quand j’ai suggéré d’aller me baigner dans le Canal Saint-Martin avec notre fille, nouveau lieu de rendez-vous de baignade des Parisien·nes.

Tout ceci rappelle les inégalités extrêmes des situations individuelles face à ce genre de situation critique. Les bourgeois·es se rappellent avec nostalgie la période des confinements du Covid, quand iels pouvaient profiter de maisons de famille à la campagne - même si cette expérience a mené nombre de couples à la séparation pour cause de burn-out maternel de toutes celles qui ont dû bosser tout en faisant l’école à la maison…

Pendant ce temps, les personnes non blanches issues des classes populaires, qui vivent souvent dans les logements les moins bien isolés, sont stigmatisées dans leur tentatives de se rafraîchir dans l’espace public, ce qui rappelle bien que les politiques publiques (et les commentateurs) leur dénient des droits vitaux.

De plus, les soignant·es, les profs, les agent·es de propreté, les livreur·ses à vélo, les ouvrièr·es du bâtiment, n’ont pas d’autre choix que de travailler dans des conditions indécentes ou dans des structures inadaptées face aux fortes chaleurs. Les usagèr·es du service public - patient·es, mères en suites de couches survivant dans des chambres aux températures insupportables - en paient le prix fort.

Par ailleurs, on a appris que le projet de création d’un “congé climatique” de plusieurs jours pour les salarié·es exposé·es aux conséquences du réchauffement climatique sans perte de revenus, va opportunément être déposé sous forme de proposition de loi par un député écologiste.

Laissez un commentaire.

Surtout, ces inégalités affectent en premier lieu les enfants, dont les parents ne peuvent évidemment pas tous·tes passer leurs journées à les emmener à la piscine ou au cinéma, et dont l’état des écoles nécessite une urgente rénovation thermique, alerte l’historienne et enseignante en lycée Laurence De Cock dans Le Monde. Elle y raconte une retentissante affaire médiatique qui a eu lieu en 1973, année où le collège Edouard-Pailleron, situé dans le 19e arrondissement de Paris, avait brûlé, incendie ayant causé la mort de 16 enfants.

Un garçon de 14 ans avais certes mis le feu à une poubelle, mais c’est bien tout le système qui avait été mis en accusation, car l’administration de l’éducation nationale avait ignoré les nombreuses alertes des personnels et parents d’élèves sur les risques d’incendie. Plusieurs personnes ont été condamnée dans cette affaire, “une chaîne de responsabilités allant de l’architecte à différents responsables administratifs”, rappelle l’historienne, qui pointe qu’aujourd’hui, si ce sont habituellement les quartiers populaires qui sont les plus touchés en termes d’insalubrité dans les écoles, la canicule, elle, n’épargne aucun établissement.

“Un demi-siècle plus tard, les contingences budgétaires sont encore à l’origine des images devenues banales de plafonds qui s’effondrent, de cours dispensés dans des préfabriqués, de souris qui s’invitent dans les classes et, surtout, des cas recensés chaque année de grand froid dans les classes en plein hiver et de chaleur insupportable en situation de canicule, écrit Laurence De Cock.

(…) Il faut bien parler de choix politique qui est ici double : d’abord, la minoration consternante, confinant au climatoscepticisme, de l’enjeu climatique ; ensuite, le signe d’un désintérêt pour l’éducation et le bien-être des enfants mis en danger à et par l’école alors que cette institution devrait les protéger.”

Faut-il donc attendre que d’autres enfants meurent entre les murs de l’école pour rénover le bâti scolaire ?

Sur une note plus légère, nous avons fait cette semaine le dernier live de la saison (si tu veux assister aux prochains, passe à l’abonnement payant pour soutenir notre travail !).

Nous étions plusieurs mères au bout du rouleau et il est intéressant de noter que, malgré la situation caniculaire, nous avions toujours les mêmes sujets à la bouche : comment ne pas s’énerver sur les enfants ? Comment supporter l’anéantissement de nos limites physiques et mentales (dette de sommeil, difficultés de garde, système reposant sur la bonne volonté et surtout la culpabilité des mères, répartition inégale dans le couple) tout en restant dans la non-violence et la bienveillance ?

Je note aussi que, pendant ce temps, des femmes (quasiment pas d’hommes) continuent de se réunir chaque lundi soir devant le ministère de la Justice pour réclamer que cesse l’impunité des violeurs d’enfants à la suite de l’affaire Lyhanna (à ce sujet, vous pouvez lire le précédent numéro de Quoi de mum ?, “Défendre les enfants face aux violences sexuelles, avec Mai Lan Chapiron”).

Ne lâchez rien, vous êtes fortes, et vous n’êtes pas seules. Et vous pouvez légitimement être en colère face à l’indifférence politique.

Force,

Pauline & Clémentine

PS : Dernière chose, on lance un appel à témoignages pour la dernière newsletter de l’année : un numéro spécial “vos pires vacances avec enfant”. Racontez-nous ! Soit par message, soit sur notre compte Instagram, soit par mail : quoidemum@gmail.com.

Read the original on quoidemum.substack.com

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