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Old fashioned · Jun 17, 2026

Trump capitule : les USA et Israel défaits par l'Iran

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Christophe @PoliticoboyTX · Old fashioned

Les contours précis de l’accord trouvé entre les États-Unis et l’Iran ne sont pas encore connus. Des interprétations contradictoires sont possibles et certaines clauses ne seront peut-être pas rendues publiques avant des semaines voire des années. Pour rappel, l’accord trouvé entre les États-Unis et l’URSS pour mettre fin à la crise des missiles de Cuba avait tenu secrète une concession américaine afin d’éviter à Kennedy de perdre la face. Ce qui eut pour conséquence de laisser croire aux décideurs occidentaux que la méthode brutale employée par les États-Unis constituait un exemple à suivre.

L’accord lui-même reste particulièrement fragile. Trump a utilisé la couverture des négociations pour attaquer par surprise le Vénézuéla et l’Iran par le passé. Israël est révolté par l’accord qui signe un échec total pour l’État hébreu, et déploie déjà des efforts considérables pour le faire capoter. À en croire les diverses déclarations, l’accord prévoirait :

  • La fin de la guerre, y compris au Liban

  • Le retrait des troupes israéliennes du Liban

  • La levée du blocus américain

  • La réouverture totale du détroit d’Ormuz (avec des droits de passages perçus par l’Iran).

  • Le dégel des 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens

  • Le retrait progressif des troupes américaines des bases ayant servi à attaquer illégalement l’Iran (selon certaines sources).

  • Un fond de 300 milliards de dollars pour réparer les dommages infligés à l’Iran (selon certaines sources).

Ne figureraient pas dans l’accord :

  • La fin du programme nucléaire iranien

  • La fin du programme balistique iranien

  • La fin du programme de soutien de l’Iran à ses “proxies” régionales (Hezbollah, Houthis…).

  • La levée des sanctions économiques américaines.

Si de nombreux points restent à éclaircir, on peut déjà faire quelques observations importantes.

Avant de rentrer dans les détails, permettez moi ce petit message. Vous pouvez soutenir mon travail en m’offrant un petit café ici ou en vous abonnant gratuitement à ma newsletter principale, “Fake Tech”, .

La première conclusion, c’est le double échec des États-Unis, incapables de faire plier l’Iran par la guerre ni par le blocus maritime. L’accord rétablit la situation prévalant avant l’attaque américaine : l’Iran n’a pas renoncé à son uranium enrichi et dispose toujours d’un arsenal de missiles et drones pouvant frapper Israël, comme la réponse iranienne à une violation du cessez-le-feu israélien au Liban l’a récemment démontré. Le blocus américain, imposé suite au cessez-le-feu, est levé. Et la circulation reprendra dans le détroit d’Ormuz.

Comparée à l’accord “JCPOA” signé par Obama avec l’Iran, la Russie et la France en 2015, la situation est pire pour l’Occident. Non seulement la question du nucléaire n’est pas résolue, mais l’Iran a dorénavant démontré la capacité des ses armes conventionnelles, notamment en infligeant des dégâts considérables à la majorité des bases américaines de la région. Tout en transformant Dubai en zone de guerre. Pire, l’Iran a pu vérifier l’efficacité de sa principale arme de dissuasion : le contrôle effectif du détroit d’Ormuz.

L’Iran a pu également constater qu’en détenant les capacités de raser les installations gazières qataries frontalières du champ North Field, il disposait d’un second moyen de pression sur l’Occident. Ce gisement contient 20 % des réserves mondiales de gaz et fournit 12 % des importations européennes en GNL. Selon mes informations, les frappes conduites contre ce complexe industriel en réponse aux bombardements israéliens sur les installations pétrogazières iraniennes ont entrainé plus d’un milliard de dollars de frais de réparation et la mise à l’arrêt pour une durée d’un an de la plus grande usine GTL au monde (qui ne représente qu’une petite partie du complexe et une partie des bombardements). Ça fait beaucoup de dégâts, pour un tir de sommation destinée à dissuader Israël et les États-Unis de viser les infrastructures civiles iraniennes.

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L’Iran est indéniablement en meilleure position qu’il ne l’était au début de la guerre. Avant l’agression américaine, le régime iranien se disait prêt à renoncer à son uranium et à ouvrir ses champs de pétrole aux intérêts états-uniens. Désormais, Téhéran contrôle de facto le détroit d’Ormuz et peut utiliser l’argument nucléaire pour obtenir la levée des sanctions.

Comparé à l’accord proposé par l’Iran aux États-Unis lors des négociations conduites sous la tutelle d’Oman pour éviter la guerre, l’accord semble pire.

De leur côté, les USA de Trump ont payé un prix élevé pour leur guerre d’agression. Toute stature morale est définitivement perdue. La crédibilité de la parole diplomatique a disparu, Trump ayant même utilisé la voie diplomatique pour endormir l’Iran afin d’assassiner les principaux dirigeants du régime. Le conflit a également été marqué par de nombreux crimes de guerre et bombardements d’une extrême cruauté. Citons la double frappe sur l’école de fillettes ayant tué plus de 150 enfants, tout le corps enseignant et une vingtaine de secouristes. Les bombardements des dépôts pétroliers de Téhéran qui ont provoqué une catastrophe sanitaire et environnementale inexcusable, qualifiée d’apocalyptique par la presse conservatrice britannique. L’exécution sommaire de marins iraniens naufragés, dans une débauche de cruauté qui n’avait jamais été observée, même chez la marine allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Les frappes ciblées sur des usines de traitement d’eau pour civils, les frappes sur les hôpitaux, les gymnases, les écoles, les casernes de police, les agences de presse, les bâtiments administratifs, les voies ferroviaires, les ponts… autant de pratiques militaires qui font passer Poutine pour un enfant de chœur.

L’économie américaine a souffert du prix élevé du pétrole et de la raréfaction des engrais. L’armée américaine a perdu plusieurs dizaines de milliards de dollars d’équipements (radars, avions, bâtiments), dépensé plus de 25 milliards de dollars en frais opérationnels, subit une dizaine de morts et une centaine de blessés. Et la cote de popularité de Trump a logiquement plongé à un plus bas niveau historique, alors qu’il est désormais critiqué par son aile droite comme étant le caniche d’Israël.

Trump perd vraiment sur tous les tableaux : Israël est furieux, les dirigeants israéliens traitent le président américain de traitre et de loser. Aux États-Unis, Trump a perdu le soutien de figures influentes du mouvement MAGA, dont les journalistes et podcasteurs influents Tucker Carlson, Candance Owen et Megyn Kelly.

Israël a été entièrement exclu des négociations et mis devant le fait accompli par Donald Trump.

Aucun des buts de guerre fixés par Netanyahou n’a été atteint. Le régime iranien sort renforcé et se trouve désormais aux mains de la frange la plus radicale et la moins à même de renoncer au programme nucléaire. L’uranium enrichi est toujours en Iran. Les capacités balistiques ont gagné en efficacité opérationnelle (capacité à échapper aux frappes aériennes, capacités à infliger des dégâts substantiels sur des bases militaires américaines, etc.).

Quant au Hezbollah libanais, il parvient à tenir en échec l’armée israélienne grâce à l’usage des drones “FPV” à fibre optique, une innovation importée de la guerre en Ukraine.

Ces drones de petite taille pouvant emporter une charge utile de quelques kilos au maximum sont pilotés à distance par un opérateur via un fil de fibre optique qui se déroule pendant le vol. Ce qui permet d’échapper aux techniques conventionnelles de brouillage électronique (le drone étant contrôlé par un fil, pas par un signal radio ou satellite) et de le manœuvrer pour le faire exploser sur un camion, une voiture ou un char où sont présents des soldats. Le rayon d’action dépend de la taille de la bobine de fil, mais peut dépasser les 30 km. Selon l’armée israélienne, trente soldats et officiers israéliens ont été tués au Liban depuis le mois de mars, en plus d’un gros millier de blessés.

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Or, l’Iran a réussi à imposer le couplage entre le cessez-le-feu au Liban et l’accord de paix en Iran, provoquant la fureur d’Israël. L’état hébreu occupe un cinquième du territoire libanais et conduit une destruction méthodique des villages à la dynamite tout en étant crédiblement accusé devant l’ONU de répandre sur les sols de larges quantités de round up pour rendre les terres inexploitables.

Ironiquement, le bombardement de Beyrouth par Israël au milieu de la semaine dernière, conçu pour mettre en péril les négociations, a eu l’effet inverse. L’Iran allait répliquer par une frappe massive contre Tel Aviv, mais la Maison-Blanche a convaincu Téhéran de renoncer aux représailles contre une accélération de la signature de l’accord. Entre-temps, l’Iran en a profité pour obtenir des concessions supplémentaires. Une preuve de plus de la bascule en cours en termes de rapport de force. Netanyahou aurait été pris de court et humilié par la rapide volte-face américaine et l’annonce de la signature de l’accord par Trump.

Bennet, le principal opposant à Netanyahou, issu d’une coalition centre droit / centre gauche, accuse ce dernier de faiblesse et promet de poursuivre les efforts de destruction de l’Iran en cas de victoire électorale au prochaines législatives israéliennes.

En dehors de l’Iran, du Liban et des pays du Golfe, c’est l’Europe qui paye le prix fort du conflit. L’économie est durablement affaiblie par la hausse du prix de l’énergie et les tensions sur le marché des matières premières.

Le soutien diplomatique et militaire aux camps des criminels de guerre manifesté par l’UE, dont l’Allemagne en particulier, mais également la France, entache la crédibilité du continent aux yeux du monde. Nos propres valeurs ont été bafouées, pour des résultats calamiteux : aucune voix au chapitre des négociations, aucune contrepartie à notre soutien. Les États-Unis veulent se retirer d’Europe et ont détourné des moyens alloués à l’Ukraine pour les déployer dans le Golfe. Israël conduit des opérations d’ingérence hautement illégales dans les élections européennes. Israël torture et violerait des dizaines de ressortissants européens et s’en vente face caméra. Mais lorsque la responsable européenne de la diplomatie ose qualifier timidement Israël d’état d’apartheid, elle se fait conspuer par Paris et Berlin.

Notons enfin que la France a perdu plusieurs soldats (en Irak et au Liban) suite aux frappes israéliennes et (potentiellement) iraniennes. Bien entendu, cela n’a pas empêché Paris de se ranger du côté israélien, en participant notamment à l’effort de défense antimissile tout en déployant le porte-avion Charles de Gaulle dans la région.

La population iranienne aura triplement souffert. Par les bombardements occidentaux, le blocage économique et les représailles du régime qui a arrêté et torturé le moindre ressortissant suspecté d’avoir collaboré avec les services secrets israéliens. Des Israéliens qui sont allés jusqu’à fomenter des troubles dans le pays et installer des bases secrètes en Irak (sans autorisation) pour soutenir leur campagne de déstabilisation.

Lorsqu’il est apparu que le régime tenait bon, Israël s’en est pris aux infrastructures civiles et aux institutions qui permettent le maintien d’une vie en société, visant jusqu’aux universités et complexes sportifs en se comportant comme un état terroriste. Tout cela malgré les rapports des renseignements américains qui assuraient que l’Iran n’avait pas les capacités de développer une arme nucléaire dans les prochaines années.

Me suivre

Je renvoie les lecteurs à mon article précédent sur le conflit, qui examinait les justifications pour la guerre et démontrait en quoi un Iran nucléarisé, bien que désastreux, ne constituerait pas une menace existentielle pour Israël ou l’Occident.

Il faudra néanmoins garder bien présent à l’esprit dans les semaines qui viennent, alors qu’Israël va tenter de faire dérailler le processus de paix par tous les moyens, que cette guerre était parfaitement illégale et injustifiée. Non seulement par les raisons invoquées, mais aussi par la façon dont elle a été conduite (ciblages des civils, crimes de guerre, crimes environnementaux…).

La manière dont Netanyahou a convaincu Donald Trump de partir en guerre contre l’Iran a été longuement détaillée par la presse américaine. Trump a choisi d’ignorer les rapports de ses propres services de renseignements et conseils de ses propres militaires. Ils avaient pourtant prédit que le régime iranien ne tomberait pas, que des extrémistes prendraient la place des “modérés”, que le détroit d’Ormuz serait fermé pour des mois (voir des années, en cas de minage intensif) et que l’Iran mettrait à exécution sa menace d’étendre le conflit à tous les pays du Golfe.

Tucker Carlson avait imploré Trump de ne pas déclencher une guerre. Selon le journaliste et soutien de Trump, elle allait lui nuire politiquement, car elle constituerait une trahison électorale, en plus de provoquer de graves retombées économiques et militaires. Trump lui aurait répondu “je sais que c’est risqué, mais les choses finiront par s’arranger. Parce que ça se passe toujours comme ça” (“things will work themselves up, because they always do”). Ce qui démontre l’hubris de Trump, convaincu de sa capacité à toujours trouver une porte de sortie aux crises qu’il provoque.

Image de la destruction de la raffinerie de Téhéran qui, avec le bombardement d’une trentaine de dépots pétroliers, a plongé la ville de 12 millions d’habitants dans une nuit sans fin, via Bluseky / Drope site.

Dans un sens, il n’a pas tort. La bourse américaine n’a pas plongé pendant la guerre, mais accueille chaque annonce de cessez-le-feu par une hausse euphorique. Les alliés européens continuent de courtiser Trump, comme Macron avec son diner somptueux à Versailles. Plus Trump s’attaque directement aux intérêts vitaux de ses alliés, plus ces derniers y vont de leurs courbettes, flatteries et déférences. Au point de voter l’accord commercial désavantageux pas plus tard qu’hier.

Si on peut retenir un enseignement de cette tragédie, c’est que l’Iran est le premier acteur à avoir réellement tenu tête à Trump. Les négociateurs iraniens ont même embauché des psychologues pour les aider à conclure les négociations, tant ils étaient convaincus que le président américain n’opérait pas de manière totalement rationnelle. Si ce dernier n’a eu de cesse de tenir un discours contradictoire et de souffler le chaud et le froid, in fine, le rapport de force opérationnel sur le terrain l’a contraint à capituler.

Read the original on politicoboy.substack.com

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