Siège d’Ubisoft, de Quantic Dream et de bien d’autres studios, Paris est surtout et avant tout une source d’inspiration inépuisable pour les développeurs de jeux vidéo. De l’exemple le plus célèbre (Assassin’s Creed Unity) à ceux bien plus de niche, la capitale française sait mobiliser les esprits autant qu’elle le fait pour le cinéma.
Et alors qu’un film est certainement déjà en préparation à propos du cambriolage du Louvre, qu’est-ce qui empêcherait un studio d’en faire de même avec un jeu ? En attendant de pouvoir jouer avec les bijoux de la Couronne de France, plongeons-nous déjà dans le Paris du jeu vidéo, celui qui accueillera l’industrie dès ce soir jusqu’à dimanche à la PGW.
Bonne lecture !
Sommaire :
La Paris Games Week : histoire d’un rendez-vous raté (par Yacine)
Steelrising : la Révolution d’huile et de fer (par FX)
Assassin’s Creed Unity : le titre parisien par excellence (par Yacine)
Revue de presse (par Florian)
Avant la pandémie de coronavirus, les grands temps forts de la planète jeu vidéo étaient au nombre de quatre : l’E3, bien évidemment, le Tokyo Game Show, la Gamescom, et la Paris Games Week.
Mais ça, c’était avant 2020. Touchée par deux annulations en 2020 et 2021, et incapable de prendre le virage des conférences en ligne, la PGW s’est depuis trois ans vue reléguée au rang de “simple” salon de jeux vidéo pour le public. Et c’est bien dommage, car la PGW avait su par le passé s’imposer comme un grand moment de l’année JV. Alors, que s’est-il passé ?
Première étape de la déliquescence du salon parisien : le coronavirus. Alors que la PGW avait réussi par deux fois l’exploit d’avoir une conférence PlayStation en 2015 et 2017, avec en point d’orgue un grand reveal de The Last of Us Part II, le salon ne s’est pas relevé de la pandémie. Contrairement à la Gamescom, la PGW n’a pas pris le virage de la numérisation des conférences, qui a aussi eu raison de l’E3. Aujourd’hui, plus aucune conférence de grand constructeur ou de grand éditeur ne se fait en physique. Tout se fait en ligne, chacun dans son coin, et les moutons seront bien gardés.
Mais trois évènements ont réussi à garder le cap. Il y a le Summer Game Fest d’abord, début juin à la place de l’E3, qui a une grande conférence menée par Geoff Keighley et concentre d’autres conférences en quelques jours, chacun voulant profiter de cette semaine d’exposition. Il y a les Game Awards ensuite, placés en décembre et dont les reveals prennent plus de place que les prix. Et au milieu, il y a l’Opening Night Live. Mais au lieu que ce moment ait lieu à Paris, c’est Cologne et la Gamescom qui ont raflé la mise.
Deuxième étape du rendez-vous raté de la PGW avec l’histoire : le timing. Savamment placée à mi-chemin entre le SGF et les Game Awards, la Gamescom est un moment pertinent de communication pour l’industrie. C’est le contraire pour la PGW, qui n’a pas l’Opening Night Live et qui est trop proche des Game Awards de l’autre côté.
Du virage raté vers le numérique au problème de calendrier qui n’a jamais été résolu, la PGW est contrainte désormais d’être la cinquième roue du carosse, voire la sixième. C’est regrettable tant Paris a des avantages comparatifs et tant avoir un salon aussi puissant que la Gamescom aurait bénéficié à toute la communauté. Mais c’est le sens de l’histoire d’une organisation qui ne s’est jamais vraiment remise en question, et qui aujourd’hui se retrouve reléguée en tant que “simple” salon grand public. Alea jacta est.
La Révolution française a toujours exercé sur moi une profonde fascination. Comment d’une seule voix, tout un peuple a pu s’unir et s’élever (sans internet ni réseau) afin de récupérer leur droit et leur liberté ?
Alors quand Spiders a annoncé leur jeu Steelrising dans cette période charnière de l’Histoire française, j’étais fortement intrigué (grâce aussi à l’aspect soulslike). C’est pourquoi aujourd’hui j’ai eu envie de vous partager une version déclamatoire du jeu, pensée comme une voix-off où chaque phrase résonne comme le son des cloches au cœur d’un Paris mécanisé.
“Paris… La cité des Rois… s’est changée en forge des cauchemars. Sous la cendre et le métal, la Seine coule, lourde et grise, chargée d’huile et de ruines.
Les clochers prient mais leurs refrains ont oublié le nom de Dieu.
Dans les Tuileries, un roi de fer d’élève. Louis, l’artisan des chaînes, a troqué son sceptre pour une clé à ressort, et sa garde pour une armée d’automates.
Mais dans l’ombre, une flamme persiste. Aegis, œuvre d’élégance, est née pour servir la Reine telle une danseuse d’acier au cœur humain.
Elle marche seule parmi les ruines, guidée par le murmure des morts et la braise encore chaude des tueries causées par les rouages de fer de la nouvelle armée du Roi.
Dans les Marais, les machines rampent. Aux Invalides, les morts s’empilent sous la pluie alors qu’à la Bastille, les forges grondent et les automates prient pour un roi sans souffle.
Mais le temps des rois s’effondre toujours. Le peuple s’éveille et la Révolution chantonne une nouvelle devise.
Liberté ! hurle la vapeur des faubourgs,
Egalité ! grince la dent des rouages,
Fraternité ! crie la flamme naissante.
Car la Révolution unit les peaux de mille couleurs sous la même lumière, et Aegis en est le porte étendard.
Trois mots que même la machinerie infernale du Roi ne peut faire taire, trois mots qui résonnent à l’unisson, trois mots qui depuis des générations s’égarent dans l’égoïsme de chacun.
Et lorsque la poupée de fer fera tomber la dernière couronne, quand le Roi de métal rendra son dernier souffle d’huile, alors Paris renaîtra, non pas d’acier, mais d’âme et de chair, sous le regard éteint d’Aegis, gardienne de l’humanité retrouvée.”
On passera outre les polémiques liées aux bugs, à la représentation historique laissant à désirer de la Révolution Française, et à tout autre débat politique ayant émaillé la vie décidément mouvementée d’Assassin’s Creed Unity.
Ce qui nous intéresse dans cette newsletter, c’est l’écrin du titre d’Ubisoft : Paris. Connus pour l’aspect méticuleux de leurs reconstitutions historiques, les studios de l’éditeur français ont lancé avec Unity une dynamique qu’on n’arrête plus aujourd’hui. Je parle ici des Discovery Tour, ces modes ludiques et instructifs qui participent au sel d’Assassin’s Creed et qui font que chaque jeu, en particulier depuis Origins, est l’occasion d’apprendre une multitude d’informations à propos de l’époque historique donnée.
En collaborant avec des historiens, des chercheurs ou encore des archéologues, les studios d’Ubisoft prennent le sujet très à cœur. Aujourd’hui, leur travail est reconnu à travers le monde et régulièrement utilisé comme illustration à l’université et au niveau académique. C’est même le cas dans le domaine culturel avec des collaborations muséales d’envergure. En 2024-2025, Assassin’s Creed a ainsi été mis à l’honneur à l’Institut du Monde Arabe avec une exposition autour de Bagdad et son âge d’or. Pour illustrer l’exposition, des images et archives d’AC Mirage ont été utilisées.
Mais le clou du spectacle, c’est bien évidemment la modélisation de Notre-Dame et son influence sur la reconstruction de la cathédrale après l’incendie de 2019. À l’époque, la rumeur avait circulé que les architectes allaient se baser sur le jeu pour leur reconstruction. Cela n’a bien évidemment pas été le cas, mais la lumière est revenue sur Unity, son DLC concernant Notre-Dame avait temporairement été rendu gratuit, et Ubisoft avait même fait un don de 500 000 euros pour les travaux de reconstruction.
Comme quoi, du jeu vidéo à la réalité, il n’y a qu’un pas… il suffit d’avoir foi et de sauter.
Des tours et des détours, c’est le programme de cette nouvelle revue de presse proposée par Florian, qui essaie de vous dénicher les perles les plus intéressantes dévoilant l’envers du décor du jeu vidéo.
Pourquoi Mina the Hollower a été repoussé ? Annoncé pour la fin du mois d’octobre, le prochain jeu de la team responsable de l’univers de Shovel Knight s’est vu, comme bon nombre d’acteurs du jeu vidéo en cette fin d’année, repoussé. Jason Schreier a donc mené l’enquête pour comprendre pourquoi une telle décision avait été prise pour ce Zelda-like à l’esthétique Game Boy…
Retour sur Shadow of the Colossus :
Cela fait vingt ans que le chef d’oeuvre de Fumito Ueda est sorti. Et alors qu’habituellement, seul le maestro est interrogé, les équipes de Design Room se sont entretenues avec 14 personnes (11 de l’équipe, et trois proches) pour célébrer cet anniversaire dignement ! On y apprend ainsi que Battlefield 1942 a été une première source d’inspiration pour le titre (si si !) et on en comprend plus les coulisses de la création de l’équipe. Tout passionné par ce jeu majeur se doit de consulter cette discussion.
Le pitch secret de Brütal Legend : Double Fine a le vent en poupe ces derniers temps, notamment avec la sortie de leur dernier titre, Keeper. Le 13 octobre pourtant, les équipes du studio basé à San Francisco célébraient les 16 ans d’un autre de leurs classiques. Outre une réunion multijoueur organisée par l’équipe, Tim Schaefer s’est entouré de Dave Russell, Ray Crook et Nathan Stapley pour parler du premier pitch du jeu qui a suivi l’aventure mouvementée que fut Psychonauts, à savoir Brutal Legend.
Devcom sur Return to Monkey Island : Réalisée en 2023 mais publiée qu’il n’y a quelques jours, cette table ronde revient sur la création du dernier épisode de la série culte de Ron Gilbert et Dave Grossman. L’occasion de vous rappeler à quel point ce jeu est fantastique, que la saga l’est tout autant, et je ne dis pas ça parce qu’il vient d’arriver dans le Game Pass…
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