RSS Amplifier

Mobius, la newsletter de PSI · May 30, 2026

Inside. PlayStation, Inside.

0
Sign in to vote or save

Mobius, la newsletter de PSI · Mobius, la newsletter de PSI

“Juste derrière vous,” susurre l’insaisissable homme masqué aux gants en cuir. Vous ne l’avez jamais vu, et pourtant il s’est saisi de la plus infime des opportunités pour rentrer dans la pièce hautement gardée que vous n’avez eu de cesse de patrouiller. Maintenant, c’est de votre vie qu’il va se saisir.

La manière forte, l’assaut frontal avec les flingues et les muscles, c’est le domaine de ceux qui n’ont pas le talent pour rentrer en douce. Dans cette édition de la newsletter Mobius et en hommage à la sortie de 007 First Light par IO Interactive, on s’intéresse à la finesse, l’art et la manière de passer dans le dos de l’ennemi et de ne laisser aucune trace de son passage. Parfois le subterfuge se fait même de manière plutôt humoristique, la boite en carton de Solid Snake en soit témoin.

Sommaire :

  • Styx : L’espion à la petite semaine (par Yacine)

  • Okami : Le renseignement en 21x29,7 (par Florian)

  • Syphon Filter : Espion, un bien sale boulot (par Timy)

  • Tinker, Tailor, Soldier, Spy : L’espionnage, le vrai (par Yacine)

Petit gobelin grincheux et ironique, Styx est un espion bien malgré lui. Héritier d’un destin dont il ne voulait pas, et balancé dans un monde de non-dits et de trahisons qui ne lui correspond pas, le gobelin essaie tant bien que mal de s’en sortir. Mais quand le monde autour de lui cherche le pouvoir et la domination, Styx ne veut que du quartz, une sorte d’énergie qu’il ingurgite comme de la drogue et sans laquelle il ne se sent jamais entier.

L’unique problème, au fond, est que le quartz, outre être l’objet favori de Styx, est aussi… l’objet le plus convoité de son monde. Basta ! Cette équation en quête, le gobelin devient un mercenaire et vend ses services au plus offrant en échange de garder un peu de quartz pour lui.

Styx devient donc une sorte d’espion à la petite semaine. Par son petit gabarit et son talent inné pour la discrétion, il s’insère astucieusement dans les grands complots politiques de son temps. Et le temps de trois épisodes, il évolue bienheureusement. Il se sort de soi-même et après avoir assouvi sa soif de vengeance, il choisit son camp et devient un être politique. L’espionnage en lui-même passe d’un quasi-hobby à un acte militant, contre l’Inquisition qui veut effacer toute trace de magie. Et rien que pour cela, tout en sachant raison garder face à la qualité inégale des scénarions des trois épisodes, la saga de Cyanide mérite sa place dans le gotha (très clairsemé au demeurant) des jeux d’infiltration/espionnage à faire ces dernières années.

Tout est politique. De la géopolitique crépusculaire de James Bond à la philosophie de Metal Gear Solid en passant par le mercenariat de Styx, l’espionnage et l’infiltration le sont tout autant.

La scène que je vais vous décrire arrive vers la fin de la première partie d’Okami. Pour résumer, le village de Kamiki est en proie à une malédiction et pour éviter la terreur du dragon Orochi, ses habitants doivent y sacrifier la plus jolie de ses femmes. La victime se nomme Kushinada, condamnée à être dévorée par le serpent à huit têtes. Elle est emmenée à la cave de la lune par Amaterasu, la déesse du soleil, qui espère pénétrer dans le repaire d’Orochi pour le confronter. Et par un heureux hasard, elle y parvient. Mais s’annoncer en tant que déesse pour aller botter les fesses du lézard ne serait pas très malin. Il faut trouver un subterfuge. Et il va prendre la forme...d’une feuille A4.

Après avoir dessiné votre plus beau visage comme si vous étiez à l’école primaire, vous voilà démon au service du mal. Et alors que le titre commençait à devenir de plus en plus sérieux, la rencontre avec les sbires d’Orochi apporte une fraîcheur bienvenue. En effet, certains d’entre eux n’arrêtent pas de vous insulter en tant que jeune recrue, tandis qu’un autre, maître cuisinier, a besoin de retrouver des ingrédients à servir en hors d’œuvre à Orochi. Et bien sûr, jeu vidéo oblige, ces ingrédients sont paumés on ne sait où dans un donjon interminable !

Pour progresser dans la cave de la lune, il faudra faire paniquer le liftier (si si, ça existe) pour descendre dans les sous-sol et une fois le plat préparé, il faudra prendre le rôle du campaniste (si si, ça existe aussi) pour sonner huit fois la cloche (et pas une de plus!) afin d’avertir Orochi que le repas est prêt. Et si jamais vous avez un défaut dans votre inventaire, vous pourrez toujours compter sur un autre démon marchand et qui vous fournira même, si vous avez assez d’argent, une nouvelle arme du nom de Jugement éternel. Arme que vous pourrez utiliser contre...son maître. Hmm…

L’espionnage au jeu vidéo, c’est souvent une affaire de fantasme. Gadgets improbables, cascades scriptées, ennemis qui ont la politesse d’attendre leur tour. Syphon Filter, lui, raconte autre chose : l’espionnage comme sale boulot.

En 1999, Bend Studio (alors encore appelé Eidetic) sort un jeu d’action-infiltration qui n’a pas l’air de vouloir impressionner grand monde. Pas forcément de révolution graphique, pas non plus de marketing tapageur. Pourtant, Syphon Filter s’impose comme l’une des meilleures surprises de l’année. Le timing est osé : le jeu débarque quelques mois seulement après l’immense Metal Gear Solid. Mais là où Hideo Kojima impose un cinéma hollywoodien ultra-bavard et philosophique, Syphon Filter choisit une approche beaucoup plus brute, solitaire et tendue.

Gabe Logan n’est pas une icône. Pas de smoking, pas de bandana, pas de réplique culte. C’est un agent qui reçoit des ordres douteux d’une agence encore plus douteuse, dans un monde où personne n’est vraiment du bon côté. Le scénario (virus bioterroriste, complot gouvernemental, trahisons en veux-tu en voilà) n’a vraiment rien d’original. C’est du Tom Clancy écrit sur un coin de table, mais raconté avec un sérieux qui tranche : pas d’ironie, pas de clin d’œil.

Sur le terrain, l’infiltration n’est pas optionnelle pour le coup : c’est LA condition de survie. Les objectifs se dévoilent progressivement, les ennemis communiquent entre eux, et chaque arme a sa logique de terrain. Le jeu tend une carte approximative et nous laisse nous débrouiller.

Et puis il y a le taser. Arme non létale, en théorie. Si on maintient la gâchette trop longtemps, l’ennemi finit par s’enflammer spontanément à cinquante mètres. Niveau discrétion, on a connu mieux, mais ça colle plutôt bien à l’ambiance.

Vingt-cinq ans plus tard, Syphon Filter reste une leçon de sobriété. Il rappelle qu’un bon jeu d’espionnage n’est pas une vitrine technologique ou un défilé de gadgets. C’est une affaire de paranoïa, de pas feutrés et de secrets bien gardés.

Au cinéma, le genre de l’espionnage est bien plus développé que dans le jeu vidéo. Peut-être que les pratiques de l’agent secret s’y prêtent mieux : en dehors des facéties spectaculaires de James Bond, un espion reste un agent méticuleux, qui passe plus de temps à écouter et filer des cibles plutôt qu’à échapper à des explosions.

Et dans ce travail bien plus ennuyeux qu’on ne le croit, le cinéma, qui n’a pas le problème de l’incarnation, se prête mieux que le jeu vidéo, qui doit lui à tout prix lutter contre le désœuvrement.

Au cinéma, le désœuvrement est tout un art. On aurait pu ici parler du Bureau des Légendes, une série qui a complètement redéfini le genre au point de créer des ersatz un peu partout (dont un remake américain assez réussi). Mais dans cette newsletter, on cherche toujours à être le plus décalé possible. Et qui dit décalé, dit aller du côté d’œuvres plus confidentielles.

C’est là qu’entre en jeu “Tinker Tailor Soldier Spy”. Tiré d’un roman (très connu) de John le Carré, le film de Tomas Alfredson l’est bien moins, mais vaut tout autant le détour. Lentement, sans spectacle inutile ni artifices, le cinéaste déroule le travail de l’ombre d’un agent, celui qui ne soulève pas les foules. Soutenu par un casting cinq étoiles, Alfredson filme le quotidien du MI6, fait de réunions sans saveur, de café froids, de mariages malheureux et de non-dits. À la fin du bal, la taupe est démasquée encore une fois sans paillettes, au détour d’un couloir, et tout est résolu dans le calme et loin des caméras.

Tout le contraire de 007 First Light…

Merci d’avoir lu la newsletter Mobius par PSI. Partagez-la à vos amis !

Partager

Aucun post

Read the original on playstationinsidefr.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.