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Partis Pour · May 30, 2026

En friche

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Alors que nous sommes en train de traverser une période de températures bien au-delà des moyennes saisonnières, je décide d’écrire sur notre première escapade à vélo la seule semaine du mois de mai qui a connu des températures plutôt froides (voire très froides la nuit), de la pluie, du vent du nord et même de la grêle. Et, à vrai dire, je préfère avoir passé ce test de voyage à vélo dans ces conditions-là que sous un soleil de plomb et dans une chaleur suffocante. Avons-nous aimé rouler à vélo vent de face sous la pluie ? Comment avons-nous vécu cette première expérience à vélo en famille ? Sommes-nous prêts ? Et me suis-je sentie bien ?

Le 11 mai, nous sommes partis pour un premier voyage à vélo de 7 jours vers la Zélande, aux Pays-Bas. Nous avions choisi cette destination car nous voulions voir la mer, ne pas avoir trop de dénivelé ni faire trop de kilomètres pour le rodage des vélos. Nous sommes partis sous un ciel gris et pluvieux et sommes revenus sous un déluge. Cette première expérience nous a permis d’éprouver le matériel, de savoir ce qui nous manque ou ce que nous devons modifier et de déterminer si chacun d’entre nous aime ce mode de voyage. Et quand on le vit sous la pluie et dans le froid, je pense qu’on s’en rend vite compte.

Au niveau de l’itinéraire, rien d’exceptionnel mais une jolie découverte. Nous avons parcouru à peu près 300 km pour un dénivelé assez faible (bien que sur la fin nous ayons eu quelques belles montées). La Flandre et les Pays-Bas sont deux destinations idéales pour un premier voyage à vélo et les pistes cyclables sont partout présentes (surtout aux Pays-Bas). Comme le bivouac est interdit en Belgique et aux Pays-Bas, que nous sommes peu discrets avec nos 3 vélos, nos 2 tentes et la remorque du chien et que nous ne nous sentions pas encore à l’aise pour demander l’hospitalité via Welcome to My Garden, chaque soir, nous avons planté nos tentes dans des campings très divers : du mini-camping chez l’habitant et très bien équipé pour les voyageurs au grand camping centre de vacances avec piscine chauffée en passant par un camping à la ferme. Nous apprécions séjourner dans les campings. Mais, on s’est rendu compte que ce ne serait pas une solution viable financièrement au long cours. De plus, quand nous pédalerons hors saison, la plupart des campings seront fermés. Nous devrons alors nous libérer de nos appréhensions.

Étant donné que nous considérions cet essai comme une semaine de vacances, nous nous sommes autorisé un restaurant dans un strandpaviljoen, une grande frite et des visburgers dans une friterie (à notre décharge, nous étions trempés et la pluie ne semblait pas vouloir s’arrêter, alors autant se poser pour manger une frite en attendant que le soleil perce – ce qu’il fît) et de nombreuses pâtisseries. Nous avons goûté aux spécialités sucrées locales : le zeeuwse bolus, la paptaart, les oliebollen aux raisins… Je pense qu’on n’a jamais autant mangé que pendant ce voyage à vélo. Mais, entre le froid et l’effort, se nourrir était essentiel.

Laissons là les considérations pratiques et venons-en à l’essentiel : est-ce que nous avons été convaincus ? La réponse est, sans conteste, oui. Oui, nous avons aimé ce voyage. Nous avons aimé pédaler, changer de paysage, nous arrêter quand nous voulions, parcourir des distances plus importantes que quand nous sommes à pied, choisir notre itinéraire. Et ce, malgré la pluie, le vent de face, la grêle parfois, le froid et les mauvaises nuits. Tous les trois sommes convaincus et Rambo Polo, le teckel, semble avoir apprécié découvrir de nouveaux lieux, faire des balades un peu partout, passer du temps allonger dans l’herbe, sentir de nouvelles odeurs. Il apprécie aussi sa remorque et dormir dans la tente.

J’ai aimé la sensation procurée par le vélo : cette liberté, le vent sur le visage, la pluie, l’effort. J’ai aimé être dehors, voir les fleurs des champs : les coquelicots, les boutons d’or, les marguerites et toutes ces autres fleurs jaunes, mauves, blanches, roses dont je ne connais pas les noms. J’ai aimé sentir les odeurs du printemps, celles du bord de mer, moins celles des bords de route. Je me suis sentie vivante. Je me suis sentie puissante. J’ai eu la sensation d’être pleinement dans l’instant. Entièrement à ce que j’étais en train de vivre. Sans me préoccuper d’aucune attente. D’aucune obligation. D’aucun rôle. Être ! Simplement être.

C’est un état que je n’avais plus vécu depuis 2019, lors de notre longue randonnée en Bretagne. Depuis toutes ces années, j’ai été dans le faire, dans le jeu de rôle, dans la projection. Je me suis sentie prise dans une mécanique que je ne pouvais plus contrôler et qui m’entraînait toujours plus loin de celle que je suis : rêveuse, contemplative, curieuse, insaisissable, dilettante, enthousiaste, mouvante, fugace presque. Je me suis épuisée à être une personne organisée, sérieuse, professionnelle, régulière, ancrée, active, productive, efficace… Et, là, ces quelques jours à vélo m’ont instantanément replongée dans l’énergie qui m’anime, qui me porte, qui me fait vibrer. Malgré la douleur (liée à une selle inadaptée) et les conditions météo, je me suis sentie à nouveau vivante. J’ai été heureuse.

On pourra dire que cette situation est artificielle. Elle l’est. Mais, c’est une parenthèse que nous nous offrons afin de nous retrouver. Ces dernières années nous ont essorés, vidés de nos rêves, de nos désirs, de nos envies, d’aspirations. Nous sommes las, mais pas encore résignés. Nous jetons nos dernières forces dans la réalisation de ce projet car nous savons que, pour qu’un champ soit fertile, il faut le laisser en friche quelques temps. Cette friche nous est indispensable. Pour tenter un mode de vie ayant un impact faible sur notre environnement, en étant légers, ouverts aux rencontres pleines de sens et ancrés dans le « réel » du Vivant.

Nous ne nous reconnaissons toujours pas dans le modèle de société auquel nous avons essayé de nous conformer pendant des années ni dans ces choix politiques. Alors, nous partons. Pour laisser s’épanouir les fleurs des champs, vagabonder les pensées et voir ce que cette friche fera renaître.

Pour suivre l’évolution de nos préparatifs ou m’accompagner dans ce cheminement de pensées, abonnez-vous ! Cela nous encourage à continuer à partager ce nouveau chapitre de notre vie.

Read the original on partispour.substack.com

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