Après un mois passé en Irlande cet été, nous roulons à présent vers le sud de la France et l’Italie avec l’intention d’y passer tout l’automne. Nous écoutons un nouveau podcast. Fatigués d’écouter des podcasts sur l’actualité géopolitique, l’écologie ou la littérature, nous avons envie de rêver et de voyager. C’est alors que nous découvrons « Cyclo-topo », le podcast consacré au voyage à vélo de Claire Guillebaud. Dans chaque épisode, Claire invite des voyageurs à vélo afin qu’ils partagent leur expérience de cyclo-voyageurs. Au travers des échanges avec les invités, nous découvrons différentes facettes du voyage à vélo. J’accroche directement. Nous écoutons un épisode, puis un deuxième, puis nous écoutons les cartes postales de Claire et Olivier, enfin j’en écoute plusieurs d’affilée. L’idée s’insinue doucement dans mon esprit.
Fin novembre, nous remontons d’Italie et nous rendons en Sarthe pour vider le chalet que nous avions acheté en 2020. Nous étions tombés sur cette cabane complètement par hasard. En passant devant une agence, je vois une photo d’un chalet dans une forêt au bord d’un plan d’eau. Il y a sur cette photo comme un petit air de Suède (enfin, de ce qu’on imagine en Suède). C’est le coup de cœur. Depuis la mi-octobre 2019, nous vivons dans un van. Nous mettons quatre mois pour nous préparer. Nous partons enfin sur les routes. Quelques jours après notre mise en route, alors que nous sommes posés en Haute-Savoie, les gendarmes nous disent de rentrer chez nous (en Belgique, donc). Sauf que, nous n’avons plus de chez nous. Notre chez nous, c’est partout où est le van. Heureusement, des amis nous accueillent en Belgique. Lorsque le confinement est levé, nous reprenons la route. Mais, en ce mois d’octobre 2020, nous sentons qu’un nouveau confinement se profile. Et, vivre en van en étant confiné, ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable. Cette perspective nous incite d’autant plus à faire une offre sur le chalet. Au moins, nous aurons un endroit où nous poser lors des prochains confinements ! L’offre est acceptée et, quelques mois plus tard, nous voilà propriétaires d’un beau chalet dans une zone naturelle en Sarthe, un département que nous ne savions même pas situer sur une carte de France. Nous y passons de très beaux moments et rencontrons de belles personnes. Mais, ce que l’époque nous avait fait oublier, c’est que nous sommes intrinsèquement nomades et que la vie trace parfois d’autres chemins. Nous délaissons le chalet, il se dégrade et la meilleure solution est de le vendre. Nous le mettons en vente en septembre 2025 et, après cinq ou six visites, un acheteur est intéressé. Nous signons le compromis. Nous avons trois mois pour aller le vider avant la signature de l’acte. Nous louons un petit appartement et nous rendons à deux en Sarthe pour trier, jeter, donner, vendre, nettoyer et préparer le reste pour le rapatriement en Belgique. Pendant ces journées paisibles, malgré la charge émotionnelle et physique que représente cette clôture, nous discutons beaucoup de nos envies, de ce que nous vivons et avons vécu ces dernières années, ce qu’elles ont fait de nous, de la pause indispensable, de ce besoin de vivre quelque chose de grand, quelque chose qui nous ressemble, avant que notre fils ne nous quitte pour vivre sa propre vie. Et là, l’idée sort comme une évidence : « Et si nous partions pour un grand voyage à vélo jusqu’à ses 18 ans ? » C’était il y a 100 jours.
Il y a 100 jours donc, nous prenions la décision de nous mettre à nouveau dans la rupture, de changer complètement de vie et de partir à vélo. Même si notre expérience à vélo est quasi inexistante. Même si nous avons un chien et que cela complique beaucoup les choses. Même si nous avons deux entreprises. Nous avons le besoin d’écrire une nouvelle page de notre histoire ensemble.
Avec cette décision, une nouvelle dynamique s’est installée dans la famille, un nouvel espace s’est ouvert devant nous. S. est enthousiaste à l’idée de partir pour une grande aventure. Malgré notre épuisement, l’excitation de ce nouveau départ et nos expériences passées nous donnent la force d’effectuer toutes les démarches nécessaires pour clôturer une vie. Rassembler, trier, donner, vendre, s’équiper, se renseigner, construire, fermer des portes, décevoir.
Et, il s’en est passé des choses en 100 jours !
Nous avons :
- vidé le chalet et rapatrié tout ce qui restait à Bruxelles ;
- vendu le chalet ;
- finalisé un livre et réussi sa prévente ;
- inscrit S. à ses examens qui ont déjà débuté ;
- acheté les vélos, les sacoches et la remorque du chien ;
- fait sortir des centaines d’objets de l’appartement ;
- entamé le processus de clôture de nos activités professionnelles.
Cependant, l’enthousiasme cède parfois la place à la peur et au découragement. Il y a cette impression de stagner, d’être tellement submergé par le quotidien qu’on ne prend même pas le temps de se réjouir de chaque avancée. Il y a la peur de ne pas y arriver, d’être « rattrapés par la patrouille ». Il y a cette angoisse qu’un obstacle viendra se mettre en travers de notre route (nous en sommes tellement coutumiers !). Il y a cette peur de « mourir sans avoir vécu ». Et puis, tout ce qu’il nous reste encore à faire ! Cet appartement qui ne désemplit pas aussi vite que nous le souhaitons. Toutes les démarches pour la clôture de l’entreprise. Ces mois interminables à gérer. Les absences et les missions à l’étranger. La préparation administrative. Les examens scolaires à passer. Les rendez-vous médicaux. L’annonce à la famille. Les entraînements…
Le vertige des préparatifs !
Pourtant, la date de départ n’est elle-même pas encore arrêtée. Officiellement, nous l’avons placée symboliquement en mars 2027, le 19 mars. Mais, nous ne sommes pas certains de pouvoir rester un deuxième hiver ici. Et partir en janvier n’est vraiment pas une bonne idée quand on n’a jamais fait de long voyage à vélo. Alors, nous aimerions partir plus tôt. Mais, serons-nous prêts ? Nous en doutons quand nous voyons la montagne encore à gravir !
Et puis, où partir ? Europe ? Uruguay ? Canada ? Sénégal ?
Il y a 100 jours nous avons pris une décision pour nous sauver. Pour exister. Depuis, chaque jour, nous avançons dans cette direction, même fatigués, même découragés, et pourtant pleins d’espoir.
La date viendra plus tard.
Laurence
Nous publierons régulièrement les avancées de nos préparatifs et les questions que ceux-ci suscitent. Si vous souhaitez suivre la suite de cette préparation au départ, vous pouvez vous abonner ici.
Le podcast mentionné dans ce texte que je recommande vivement :
Cyclo-topo, le podcast de Claire Guillebaud consacré au voyage à vélo.
P.S. : Si vous voulez en savoir plus sur notre première mise en rupture et découvrir ce qui nous anime tous les deux, je vous invite à lire notre livre Chronique d’un départ.

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