Hello 👋
Il faut avouer que ce mois de décembre me roule un peu dessus. Mais pour des belles choses, complexes comme je les aime. Alors on crafte, on réfléchit, on travaille, on affine… et…oui, on fait des slides. Car un objet du travail que j’utilise depuis le début de ma vie professionnelle, c’est bien ça : les présentations. Slide après slide, pour défendre une méthodologie auprès de prospects d’abord, pour retraduire ce que je vois sur le terrain auprès d’équipes stratégiques, comme support d’animation d’un atelier, d’une conférence, ou encore pour présenter des projets, des innovations, des choses qui n’existaient pas encore et dont certaines ont pris vie depuis, dans le monde réel.
C’est l’une des rares fois, après l’édition sur l’agenda, que je m’attaque à un objet qui m’est aussi familier. Alors merci Mathilde Renault, de m’y avoir invitée. C’est ensemble qu’on écrit cette belle édition, qui sera la dernière de l’année 2025, après l’agenda,
le microscope,
la fiche de paie,
le cageot,
le balai,
la carte de visite,
le moniteur,
le casier,
et le navire câblier.
Mathilde, on s’est rencontrées autour de la prospective, d’abord à l’un des tous premiers événements de Noémie Aubron, où l’on a pu expérimenter le design fiction, peut-être pour la première fois sous ces termes-là. C’était en 2018. Depuis, elle comme moi, on en a produit, des slides. On n’a pas compté, mais ça doit être par milliers (20 000 ?). Alors on s’est creusées la tête, car il est plus difficile de questionner un objet aussi quotidien qu’un objet plus éloigné de nos pratiques. Ça chahute plus, et ça, je m’en souviendrai quand je viens moi, chahuter les pratiques professionnelles des autres.
Alors bon voyage, dans cette histoire du Powerpoint, jusqu’à la fiction qu’on lui a imaginé. Sommes-nous d’accord avec Franck Frommer, qui dit que “ce logiciel est d’abord le véhicule des boîtes à outils stéréotypées qui évitent de penser.”?
« Imaginez un monde sans pronoms ni ponctuation. Un monde dans lequel toute pensée complexe doit être tronçonnée en éléments de sept mots, avec des trucs en couleurs au milieu. […] Ce monde n’est pas une fiction. C’est la réalité contemporaine d’une présentation PowerPoint. »
— (La pensée Powerpoint?. Enquête sur ce logiciel qui rend stupide, La Découverte, 2010.)
Et surtout, bonne fin d’année, que cette lecture studieuse soit parmi les dernières avant de refermer votre ordi/téléphone pour la trêve hivernale.
Pour les nouveaux ici, je suis Marion Desclaux, designer et fondatrice du studio Objets du Travail, qui vise à accompagner les entreprises dans l’amélioration des conditions de travail de leurs salariés, en revenant sur leur histoire, en observant leur présent, et en imaginant leur futur. Ici, c’est un peu mon atelier, mon laboratoire : chaque mois, avec un· invité·e, j’explore l’histoire d’un objet professionnel (dans la section Un peu d’histoire), je questionne son présent, et j’imagine son futur (dans la section Et demain ?). J’y partage également mes lectures du moment, ou liées au sujet (dans la section Pour aller plus loin). Si le contenu vous plaît, n’hésitez pas à vous abonner. Si vous me lisez depuis longtemps, et que vous en avez les moyens, vous pouvez passer à la version payante.
Les actus du moment
🎉 on célèbre l’ouverture de nos bureaux toulousains (@bureau 33.33) le 17 décembre prochain, à partir de 19h, avec Quentin Tourbez, Denis Pellerin, et Marie Gauchard. On en profitera pour vous proposer un moment de réflexion sur le futur du métier de designer. C’est sold-out, mais on peut faire exception si vous négociez bien votre cas !
👩🏫 nous sommes en train d’imaginer une formation sur l’assistance à maîtrise d’usages, qu’on proposera au printemps prochain, avec Hélène Kloeckner. Si vous intervenez sur des projets immobiliers publics ou privés d’ampleur, côté maîtrise d’œuvre ou maîtrise d’ouvrage, que vous pensez que les usages (et les usagers) ne sont pas encore suffisamment pris en compte dans ces projets, et que vous aimeriez comprendre comment mieux les intégrer, alors cette formation est pour vous. C’est par ici pour en savoir plus !
C’est donc parti pour l’histoire de cet objet, qu’on a un peu étiré, vous ne serez pas supris·es, à la façon dont nous avons cherché à présenter, convaincre, et avec l’appui de quels supports.
🦕 avant avant avant · on commence par la rhétorique, l’art oratoire efficace qui nous vient de l’Antiquité
À force de fabriquer des slides, c’est peut-être ce que l’on oublie de travailler, la rhétorique, cet art de l’argumentation, teintée d’éloquence. Les sophistes en usaient pour embarquer, manipuler, dans le but de défendre leur droit ou intérêt, pour faire justice — la parole efficace, qui permet d’obtenir, en somme. Platon et ses pairs cherchent à développer une parole belle, au service de plus grand que soi, pour partager sur le bien fondé de principes de justice humaine, plus proche d’un discours politique (potentiellement). Aristote crée lui l’art d’un argumentaire fondé, faisant la démonstration d’un savoir rigoureux, démontré, d’un raisonnement scientifique. Si bien sûr les grecs n’étaient pas les premiers à user de la joute verbale, ils ont été les premiers à enseigner la technique rhétorique, à la théoriser.
Sans rentrer dans un débat philosophique (car vraiment, ça n’est pas mon fort), la rhétorique s’appuie globalement sur trois grands principes, « prouver la vérité de ce qu’on affirme (la logique, le logos), se concilier la bienveillance des auditeurs (l’émotion, le pathos), éveiller en eux toutes les émotions qui sont utiles à la cause (l’éthique, ethos) »
Mais ce qu’on oublie peut-être encore plus, quand on fabrique des slides, c’est la dialectique : l’art d’explorer les différentes dimensions d’un même sujet, de prendre le temps de les développer, de les approfondir, pour les faire discuter, les mettre en débat. Et ce dont on manque plus que jamais, à la lecture de slides, c’est de poétique, qui laisserait place à l’imaginaire.
🎤 avant avant · de la transmission orale à l’écrit, du conte au livre
Avant l’imprimerie, les idées et les récits se transmettent à l’oral, par le conte, la chanson, le théâtre. Ce dont les philosophes grecs ne parlent pas, c’est de l’art de la narration, pourtant présent dans les traditions orales de tout peuple : histoires et légendes, au service d’une mémoire collective (l’histoire), perpétuent croyances, valeurs communes, et principes moraux. L’usage du récit vient créer du rythme, de l’emphase, pour créer un discours mémorable, qui sera donc répété, transmis, perpétuant ainsi d’anciennes traditions, créant en même temps de nouveaux récits, en lien avec leur temps.
L’imprimerie modifia profondément notre rapport aux histoires, puisqu’elle vient les figer, les tracer, potentiellement pour l’éternité. L’usage de l’écrit vint petit à petit avoir plus de valeur, en tous les cas plus de poids dans l’Histoire considérée comme “vraie”, que les histoires racontées, que l’oralité.
⚔️ 1789 · bien préparer les discours religieux face à l’éloquence révolutionnaire
Si vous êtes toujours avec moi après ce très très rapide cours d’art oratoire, vous devriez être capable de me dire si le discours religieux est une forme rhétorique, ou dialectique ? Cherchait-on à convaincre, embarquer les foules, ou à explorer différentes voies possibles ? Ou est-ce seulement narratif, cherchant à nous raconter des histoires, utiliser des images pour fabriquer un récit mémorable ? Et bien cela dépend des périodes.
Le sermon, cet art oratoire religieux, a longtemps été purement oratoire, l’est encore dans certaines religions, un discours directement adressé au peuple pour faire le lien entre l’écrit et la vie quotidienne de l’auditoire. En France, après la Révolution, sentant la “menace” d’un discours plus laïque, certains ont cherché à structurer le sermon, afin que ce dernier continue de convaincre, voire de persuader. Considérant “une chaire chrétienne défaillante, dont la pratique orale était jugée facile et inopérante”, Lamennais, au début des années 1800, invita à préparer, à écrire, à rédiger intégralement, à l’avance, son discours, la bien nommée homélie. C’est Bossuet qui proposera (imposera ?) concrètement une structure à respecter : citation de l’Ecriture, introduction, idées fortes du texte, développement construit en deux ou trois points
🌃 1553-1920 · la maquette ou la carte, pour élaborer de grands projets stratégiques
En parallèle de ces considérations religieuses, le déploiement de stratégies militaires à base de simulations sur fonds cartographiques, vise aussi à convaincre, imaginer, consolider des stratégies. L’image cartographique vient aider les pays, les états, à marquer les frontières, à définir des limites. L’art de la maquette (que nous avions traité dans une édition précédente), est utilisé de longue date pour dessiner des grands projets urbanistiques. Il se déploie particulièrement au cours du XXe siècle, à l’aube des grands projets de transformation, complexes et pharaoniques. On voit ici l’aube du développement d’une pensée construite, tant sur la base d’un argumentaire, que de supports visuels, pour donner à voir, se projeter.
Mais ce sont les développements technologiques — radio, photographie, cinéma, techniques d’impressions rapides — qui viendront façonner de plus en plus, le discours associé à l’image. On cherche à dire, à raconter, à imaginer, des systèmes de plus en plus complexes, abstraits (je pense notamment au monde bancaire et financier), et des infrastructures de moins en moins tangibles, ou en tous les cas si vastes que le besoin de les décrire et de les discuter collectivement avant de les mettre en œuvre est devenu nécessaire
📣1950 · l’ère du marketing, avènement de la diapositive et du rétro-projecteur
Avec cette économie de marché viendra la nécessité de se démarquer dans la complexité, la vastitude de choses que le XXème siècle allait fabriquer.
La pub, le marketing fait alors la part belle aux images pour présenter tous ces produits nouveaux, à une population dont le pouvoir d’achat se trouve multiplié par la mise en place des 40 heures et des congés payés. Une innovation viendra transformer la présentation en larges planches sur chevalet, illustrées à la main, du secteur — qui fera l’une des scènes cultes de Mad Men : l’arrivée des diapositives.
Petit bon en arrière : cette technologie se base notamment sur le principe de la lanterne dite magique, ou rotative, née 200 ans avant notre ère, en Chine. La chaleur de la bougie, par convection, fait tourner une hélice à laquelle est rattachée un habillage de papier, mettant alors en mouvement les formes qui y sont esquissées. En 1850, les frères Langenheim dépose le brevet du hyalotype, un dispositif qui permet de projeter une image en grand, en faisant passer la lumière à travers un positif fixé sur une plaque de verre.
Au début des années 1960, les entreprises dont les budgets publicitaires le permettaient utilisaient projecteurs 16 mm, puis 35 mm, projecteurs de diapositives, projecteurs de films fixes et rétroprojecteurs — pour leurs formations, leur prospection commerciale, leurs RP et leur com’ interne. Alors appelées dans le secteur « présentations multi-images », elles reposaient sur une armée de producteurs, de photographes et de techniciens. De sa création en 1976 au milieu des années 1980, l’Association for Multi-Image, une association professionnelle de producteurs de diapositives, est passée de zéro à 5 000 membres. Certaines entreprises comme Kodak ou SAAB rémunéraient jusqu’à 1 million de dollars leurs prestataires pour faire le show d’un instant en images. (“If you never saw a slide show, you never will. The machines to show them have been landfilled. The slides themselves were rarely archived.”)
Mais les grands formats, coûteux, complexes à mettre en œuvre, seront vite relayés par une autre innovation qui allait autant bousculer que standardiser nos pratiques et nos formats de présentation, du 4:3 des premiers PCs au 16:9 des écrans TV de nos bureaux.
💻 1987 · Mac, PowerPoint et Microsoft
Du grand écran, on passera au petit. La miniaturisation des ordinateurs, l’arrivée des “personal computers” (PC) sur les marchés américains et européens, et cette pratique de la présentation image par image héritée de la publicité avait conquis les différentes professions. Robert Gaskins, alors à la tête d’un laboratoire de recherche à la croisée des usages informatiques et textuels, initialement plus intéressé par la littérature que par la technologie, et fils d’un directeur d’agence de publicité, se rendra vite compte, lors de ses voyages d’affaires, du besoin d’avoir un espace de création visuelle disponible sur ordinateur, pour aider à présenter ses idées, et ce de façon plus efficace et plus autonome que ce qui existait jusqu’ici. Ayant participé au déploiement des PCs en Europe notamment,, il entrevoyait déjà la nécessité d’une interface graphique d’ordinateur, face à la croissance des présentations à l’aide de transparents et de rétroprojecteurs : c’est ce que fit Apple, en déployant le premier Macintosh, en janvier 1984.
Dans le même temps, Robert Gaskins avait fait mûrir son idée en rejoignant une startup qui cherchait à pivoter. L’idée de Powerpoint y fut soutenue, et fit le business de cette entreprise. En août 1984, il rédige le pitch, sur deux pages, du produit — dont voici un extrait
“Market Size : Business presentations was $3.5 billion industry
— 520 million original 35mm slides
— 380 million overhead transparencies (...)
Product Concept: Personal Presentation Management
— Create slide presentations
— Create talking paper
— Creat handouts
all from one master data file.”
La première licence fut développée avec Macintosh, qui disposait de l’asset technologique nécessaire au déploiement de PowerPoint. En avril 1987, la version Powerpoint 1.0 N&B sort sur Mac, avec trois fonctionnalités : espace de conception de diapositives en N&B, notes du présentateur, et mode présentation. Trois mois plus tard, Microsoft rachète PowerPoint pour 14 millions de dollars. En moins de trois ans, le logiciel rapportera 12 millions de dollars aux investisseurs. C’est le seul produit de Microsoft qui ne lui a jamais fait perdre d’argent. Powerpoint 2.0 amènera la couleur, en 1988, la version 3.0 les animations et transitions que nous lui connaissons encore aujourd’hui.
La révolution était réelle, et parait pourtant si normale aujourd’hui.
“He’ll be carrying a laptop under his arm, and when he reaches the lectern, he’ll pick up a video cable, plug it in, and demonstrate for the first time something that has been reproduced billions of times since: a video presentation, running straight off a laptop, in full color.”
— Corporate Presentations History, Claire L. Evans, 2023
💾 2000-2010 ère de la diversification
Une fois Powerpoint et sa technologie bien installés, plusieurs acteurs se sont positionnés sur le marché : viendra Concurrence, développé par Lighthouse Design, qui avait le mérite d’offrir une solution intégrée mettant à jour, à partir d’un même document, l’ensemble des versions docs, présentations ou autres formats de celui-ci. On pouvait aussi enregistrer sa voix par-dessus une présentation, et directement l’envoyer depuis l’application par e-mail. C’est aussi cet outil qui intègre pour la première fois le drag-and-drop, vous savez, cette possibilité de cliquer-glisser un contenu d’un endroit à l’autre de son ordi. Keynote sera créé en 2003 par Apple, logiciel propriétaire de la suite iOS (pour Mac). Google suit le mouvement, en introduisant en 2006 Google Slides.
En 2007, Robert Gaskins rappellera que Powerpoint était prévu pour
“accompagner le discours en réunion, conçu pour projeter dans des salles complètement éclairées (d’où les lettres noires sur fond blanc) pour que les participants puissent se voir et interragir. Les transparents n’étaient pas le cœur de la performance, mais soutenaient ou illustraient des points clés. (...) Ils peuvent être limpides et élégants, mais toute autre décoration les rend impraticables.”
— R. Gaskins, Powerpoint : Back to Basics, 2007 — je vous invite vraiment à lire cet article !
🛑 2010, le show mise en scène de soi et premiers mouvements contestataires
A partir des années 2010, le format Powerpoint devient compagnon des profils inspirant et devient le support indispensable derrière les pitch, keynote, et autres conférences grand public (C’est aussi l’époque de notre ami Prezi — 2009 — qui nous emmenait dans un super 8 de slides avec zoom dézoom qui donne la nausée, vous vous souvenez ?). Les keynote Apple (qui n’a jamais vu celle du lancement du premier iPhone ?) deviennent des rendez-vous où la Keynote est à elle seule un des protagonistes de l’événement. Les conférences TED se développent, d’abord de manière centralisée puis en essaimage avec la franchise TEDx qui permet à des écoles, des villes de s’en approprier les codes. Le menu est toujours le même : Un.e speaker dans un cercle rouge (dont il ne doit pas sortir au centre de la scène, une phrase d’accroche, des phrases courtes et impactantes et derrière elle ou lui un écran géant qui retransmet sa présentation. Attention, la présentation comporte très peu de mots et beaucoup d’images qui ponctuent le discours du speaker et créent le fameux “effet waouh”. L’objectif : que le public écoute le speaker et ne lise pas les slides (on lit plus vite que l’on écoute donc par confort, le cerveau a une préférence pour la lecture :), il faut donc orienter l’attention du public).
Ce standard de présentation se diffuse comme une traînée de poudre dans les écoles, les entreprises et les institutions : une bonne présentation devient une “performance” où les diapositives comportent peu d’images et où tout le monde écoute sans perte d’attention (c’est la promesse). La présentation devient un “entertainment” où l’attention hypnotique devient le graal à aller chercher. En parallèle, les discours “Anti-powerpoint” apparaissent, en 2010 sort l’ouvrage La pensée Powerpoint, enquête sur ce logiciel qui rend stupide de Franck Frommer.
Il critique l’omniprésence des présentations là où auparavant régnait le texte et la complexité, Team Word VS Team Powerpoint. Team Fond VS Team Forme ?
Les reproches sont clairs, l’auteur souhaite lutter contre la « rhétorique des petits points » et la simplification de la pensée qu’elle génère. Les critiques se multiplient et des généraux de l’armée américaine interdisent les Powerpoint lors d’opérations critiques car cela s’apparenterait à une “menace intérieure” en effet, les Powerpoint créent l’illusion que l’on comprend et que l’on contrôle une situation [...]. Or, dans le monde, certains problèmes ne sont pas transformables en puces.”
Ce livre est l’emblème d’un mouvement plus large “Anti-powerpoint” qui se se matérialise par des tribunes, des interrogations (“Pourquoi les étudiants prendraient-il la peine de venir s’ils peuvent décrocher un 18 en lisant des slides dans leur lit en pyjamas ?”) et des politiques d’entreprises (“En 1997, le CEO de Sun Microsystems, Scott McNealy, sans grand succès d’ailleurs, a interdit PowerPoint dans son entreprise car les présentations, trop «riches» graphiquement, surchargeaient le réseau.. L’armée américaine a connu le même problème. Sur Reddit, plusieurs discussions témoignent d’une détestation de Powerpoint “Y a-t-il un logiciel de “productivité” pire que PowerPoint ?”, “Quelqu’un d’autre DÉTESTE les présentations Powerpoint ?” ou encore le simple et efficace “Je déteste PowerPoint”.
Le mouvement anti-powerpoint se structure même jusqu’à la création d’un parti politique, le Parti Anti-Powerpoint. Ce parti, bien que basé en Suisse “est un mouvement international accueillant tous les citoyens du monde sans cotisations”. Pour votre gouverne, ce parti a obtenu 4359 voix aux élections fédérales Suisse.
✍️ ère de la collaboration : produit obligé d’une réunion “t’as bien bossé” et on peut checker
Malgré les critiques, finalement assez minoritaires, la vague des présentations visuelles en entreprises ne s’arrête pas et devient un nouveau standard de travail. Désormais les environnements de travail de bureau sont “tout connectés” et centralisés dans des espaces de travail Microsoft ou Google (pour la plupart). C’est en 2012 que Google Drive est lancé, avec pour la première fois la possibilité de travailler sur un espace centralisé, avec synchronisation en temps réel.
D’ailleurs, la division du marché entre différents fournisseurs de solutions de présentation donne lieu à une division en “communautés” avec chacune son logiciel de présentation (et une compatibilité parfois relative). Dis-moi quel logiciel de présentation tu utilises, je te dirais qui tu es. Les corporates du CAC40 et leurs PC utilisent le seul outil disponible dessus : Powerpoint. Les designers et créatifs qui travaillent sur Mac s’accommodent bien mieux d’InDesign ou Figma (plus compatible avec une pensée en arborescence), tandis qu’une autre grosse partie des travailleurs des ordinateurs utilisent la suite Google. On ne parlera pas d’Excel, ça mériterait son propre chapitre ! Expérience sociale intéressante : imposez à des créatifs un rendu sur Powerpoint et observez la magie et la vitesse de l’arrivée des noms d’oiseaux.
Nous saluons au passage nos compatriotes travaillant sur les logiciels libres à l’ergonomie et aux capacités créatives digne d’un tableau magique, pensées pour vous <3
Le PowerPoint ne devient plus uniquement un support de présentation mais aussi de travail. Les projets sont présentations et les présentations projets.
Les fonctions de travail collaboratif et de stockage en ligne s’accommodent parfaitement de l’installation du télétravail mais parallèlement, n’assistons-nous pas à une sorte de panoptique du télétravail ? Si tout mon travail est disponible et accessible à distance, peu importe son état d’avancement, n’importe lequel de mes collègues peut donc aller le consulter et d’une certaine façon le contrôler ? C’est tordu et dans les faits chacun est concentré sur soi mais sait-on jamais.
En réaction, certaines entreprises refusent les présentations et imposent un retour à la lecture sur papier et à la réflexion complexe. La légende raconte que chez Amazon, les réunions commencent par la lecture silencieuse d’un “One Pager”, une synthèse complète tenant sur une page, avant de commencer à discuter du sujet. Moins de temps sur la forme et plus sur le fond, intéressant.
🕵️♀️ 2020s · ère de l’écrit, Chat GPT, Slack
Depuis 2024, c’est un autre acte qui se joue. Auparavant, on pouvait se laisser duper par un.e présentat.eur.rice trop charismatique devant ses belles slides. Désormais, nous ne devons pas seulement nous méfier de la façon dont les choses sont dites mais de ce qui est dit tout court. Le recours massif aux IA génératives pour du contenu mais aussi des slides nous emmène doucement vers le doute permanent “cette personne a-t-elle fait elle-même ses slides ?” “Suis-je en train d’écouter une synthèse reformulée du web ?” “Ce sens de la formule lui vient-il d’une blessure narcissique profonde et fertile ou d’une requête sur ChatGPT ?” “ Est-ce que j’ai bien fermé la porte en partant de chez moi ce matin ?”. Des questions qui nous rendent fous. Et justement, allons-nous vers un monde du travail où la capacité à embarquer une audience lors d’une présentation se cantonne aux séminaires ? Vivrons-nous des entreprises où presque tout se fait à l’écrit, y compris les décisions (comme chez Alan) ? Nos collègues charismatiques demain seront-ils des avatars simulés parfaitement adaptés à notre capacité d’attention et à notre type d’humour (pas si mal ça) ? L’avenir nous le dira, en attendant, merci PowerPoint pour toutes ces heures ensemble à croper des images et aligner des zones de texte. Ton petit son quand je clique trop sur les touches rémanentes me manquera.
Voici venu le temps de la projection, de la fiction, de l’histoire d’un futur imaginé pour cet objet.
Sans PowerPoint
“Chut, ça va commencer !”. La salle est plongée dans le noir, le silence est complet.
“Saviez-vous que 87% des français ne jurent que par une machine à laver pour laver leur linge ?” dit une voix féminine. Une lumière jaune et douce s’allume laissant apparaitre Lana, directrice de projet marketing, basée au 5ème étage aile nord de la Tour Simone Biles.
La lumière augmente et petit à petit on distingue qu’elle est installée assise, jambes repliées, sur une table de réunion. “C’est le constat choc de notre dernière étude marketing”. La salle frémit. “Nous sommes à un tournant, l’année dernière ils étaient 89%. Le monde change”.
Sur une enceinte, une musique se déclenche, un solo de saxophone donne à cette réunion une épaisseur délicieuse. “En tant que leader, nous ne pouvons pas nous laisser grignoter des parts de marché par nos concurrents”. Lana pivote sur la table d’un demi-tour, pose ses jambes au sol et se lève. De dos à l’audience elle sussure “le futur du lavage de linge ne peut pas se faire sans nous, pas avec notre héritage”.
D’un coup la musique s’arrête et laisse place à un fond sonore Eurodance suffisamment entraînant pour que Eric Chanpelout, directeur général dégarni, tape doucement du pied en rythme sur la moquette hypoallergénique. Elle se retourne avec un sourire : “Nous allons lancer une campagne d’influence pour redorer l’image de la machine à laver et empêcher nos concurrents de promouvoir le lavage à sec à domicile !”.
Cathy Jones, directrice financière lance un regard amusé à Kim Li, directrice des achats. “Oui ils sont plus écolo mais avec nous le linge est plus propre et toutes les bactéries sont supprimées. Oui ils n’ont pas de temps de séchage, mais nos machines prennent moins d’espace dans les appartements. Oui ils sont jeunes, beaux et innovants mais nous sommes fiables, hygiénique et moins cher”.
Un spot s’allume éclairant le mur droit de la pièce. “Voici nos relais d’influence, trois tiktokeurs, six streamers, un journaliste santé TV et 2 députés, il parait que ça marche encore”. Prix de l’opération : 300 000 euros. “Mais attention, on ne paie pas les députés, eux on les convainc”.
Un autre spot s’allume, vers le mur gauche cette fois-ci. “Et voici des projections, sur les trois ans à venir : on sécurise notre base, on empouvoire nos promoteurs et on arrête l’hémorragie sur les sceptiques”. Sur le mur, un chiffre apparaît grâce à une poulie tirée par Mathéo, l’alternant arrivé il y a 3 semaines : 900 000. “Eh oui, 900 000 euros, c’est l’estimation basse de ce que cette campagne peut nous rapporter, toutes les preuves à l’appui. Je remercie d’ailleurs le contrôle de gestion qui nous a beaucoup aidé”. Lana pointe la main vers Cécile et Karim, qui en deviennent tout rouges. Ce n’est pas dans les habitudes du contrôle de gestion d’être sur le devant de la scène dans cette organisation.
“Merci à tous !” Lana tent les bras et de chaque côté se greffent Mathéo donc, mais aussi Inès, Linda, Timéo, Judith, Sarah et Igor, membres de l’équipe marketing d’influence. Chacun à eu son rôle à jouer dans la présentation.
Une sélection des belles trouvailles glanées au fil des recherches et de nos lectures de ces dernières semaines.
L’idée d’un délégué au travail réel, ou la mise en place de 6 indicateurs de qualité de vie au travail, autant d’idées développées dans ce cet ouvrage Travailler mieux.
L’histoire de l’acquisition de PowerPoint par Microsoft, par l’un de ses fondateurs. Et son site plein de ressources sur l’histoire de PowerPoint.
Le film Arco, qu’est-ce que c’était beau ! En terme de fiction qui ouvre de nouveaux imaginaires, j’ai adoré : la relation presque filiale entre les enfants et le robot, les parents absents-présents, les inventions humaines pour se protéger des catastrophes naturelles, la relation au temps… A voir !
📚🎁🎄
Et en cadeau, les quelques lectures incontournables de mon année (à offrir sans compter) :
Nous traverserons des orages, de Anne-Laure Bondoux, une magnifique épopée intergénérationnelle, depuis la Première Guerre Mondiale à nos jours.
Ceux qui reviennent, de Pauline Rochart, une enquête sociologique douce et drôle qui raconte ce que ça fait, de revenir habiter sur sa terre natale après avoir poursuivi les capitales.
L’invention de la mer, de Laure Limongi, si vous voulez vous faire embarquer dans des récits contés par les baleines et les crabes. Une pépite.
Alyte, de Jérémie Moreau, qui sous ses dessins flamboyants, nous raconte toujours des choses graves et nécessaires.
Mon vrai nom est Elisabeth, d’Adèle Yon, une claque monumentale sur l’histoire de la psychiatrie, un récit à la fois personnel et universel, extrêmement bien documenté. Dur, mais incontournable.
La grande course de Flanagan, Tom McNab, ou l’histoire d’une course mythique et impossible, où des destins individuels croisent d’ambitieux entrepreneurs.
Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, de Corinne Morel Darleux, un poème en prose, qui dit des choses absolument nécessaires pour peut-être ralentir.
Et, refleurir, de Kiyémis, l’histoire d’une femme camerounaise, dont le rêve de plus grand, d’autre chose, l’emmènera hors des sentiers tous tracés.
👋 Allez, à bientôt !

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