L’internet que j’aime se meurt.
Enfant j’avais quelques traits de nerd. A l’âge scolaire, j’adorais lire. J’aimais voir mes héros s’aventurer dans des intrigues et en sortir vainqueur. De bons tropes faciles, des personnages attachants récurrents auxquels on s’identifie ou on rêve de s’identifier, le réconfort d’un bon moment de lecture. Lire sous la couette avec une lampe de poche ou assis sur une marche au soleil sont des souvenirs puissants pour moi. Je trouvais ça tellement bien que j’espérais que mes copains vivent la même chose. Je rêvais qu’on fasse des clubs de lectures comme des gentlemen en jogging et basket à scratch Noël (Plus tard ça sera des Reebok Pump !). Dans mon imaginaire, ça n’allait pas forcément jusqu’à se raconter pourquoi on avait aimé telle ou telle histoire, mais juste à lire ensemble côte à côte. Comme un culte du livre, avec sa petite couverture cartonné, les feuilles et les mots qui nous embarquent dans l’imaginaire. Ne vous y trompez pas, je ne me voyais pas du tout comme le maître de cérémonie, juste le promoteur d’un moment où je rêvais qu’on vive les mêmes émotions ensemble. On a bien fait des goûters où on mangeait des Frizzy Pazzy et où on buvait du coca après avoir joué au foot ou à Duck Hunt sur la NES du chanceux qui en avait une, mais on n’a jamais fait de club de lecture.
Au collège, le jeu vidéo prend plus de place, mais la lecture n’est pas abandonnée. Je passe mon temps à faire des aller-retours chez les marchands de journaux pour dépenser mon argent de poche dans l’acquisition de Joypad, Player One ou Console Plus. Ça coûtait 30 francs quand même ! J’ai envie de les recopier, de créer quelque chose. Là aussi le groupe de copains sera important dans le projet et le fanzine MégaMag est né ! Maquette au crayon de bois, découpage/collage de photos, texte tapé à la machine à écrire, oui oui à la machine à écrire ! photocopies négociées au travail de mon père… Je vivais pour ça ! On mimait les maquettes “carrées” des magazine de l’époque, on allait rêver glander dans la boutique Espace 3 qui récoltait même des jeux en import du Japon, le truc de dingue !
(a parte : se vautrer dans la nostalgie est-il un marqueur de passage au statut de vieux con ?)
On grandit, le sport prend plus de place, les études, etc. Et Internet grandit et passe la seconde avec l’internet 2.0, le démarrage des réseaux sociaux. La semaine on prolonge sur les réseaux les rencontres du week-end. Twitter débarque, les blogs sont là. Nous sommes à la fin des années 2000 et je passe beaucoup beaucoup de temps sur Twitter et à flooder les commentaires des blogs qui me plaisent. J’adore papoter en ligne, et tout ça mène parfois à de très belles rencontres. Discuter entre passionnés a toujours été un gros pourvoyeur de dopamine chez moi et là je suis servi !
Covid. Le stress ambiant est palpable. Les réseaux sociaux deviennent infréquentables tant l’agressivité est omniprésente. Je diminue mon usage. Toutes ces mauvaises émotions remuées trop facilement sans objet réel, palpable, devant moi sont mauvaises pour ma santé. Je suis accroc, mais je diminue ma consommation.
Twitter devient X et on n’a plus la parole sans coche bleu et on devient carrément invisible si on fréquente peu le réseau. Il n’y a donc plus de discussion. On trolle un individu random dont on ne sait même plus si c’est un bot.
Le blogging se meurt. Je rencontre des soucis de spoofing avec mon nom de domaine nfkb0.com, je ferme mon blog et je me lance sur Substack. Je préférais l’indépendance mais je ne veux pas mettre les mains dans le cambouis. Substack est très largement anglophone. C’est un peu difficile de se faire une place. Les copains viennent me lire quand même et j’y suis sensible mais il n’y a pas l’engagement des années 2010 sur Twitter ou les blogs Wordpress. J’écris moins souvent, j’essaye de mieux construire mes posts. Je cède quand même à l’utilisation des IA pour générer des images d’illustrations moisies car il parait qu’on clique toujours plus facilement sur un machin avec une image. C’est pas terrible.
Et enfin, comme vous le savez, l’IA s’impose partout, AGI nous mange tout cru et l’humanité disparaît. Je ne suis donc qu’une onde de pensée téléchargée dans le passé pour raconter mon histoire nostalgique.
Quand les LLM ont été utilisés à tour de bras, l’AI slop a déferlé partout. Production de contenu destinée à ne pas être lue, juste publier avoir l’illusion d’une existence numérique. Nourrir l’algo, bla bla bla… l’allorythme nous nique bien la cervelle… Les humains se sont rapidement lassés. Des bots se répondaient sur Reddit et dans les commentaires des sites d’actualité. On ne pouvait plus vraiment espérer interagir avec un humain par le truchement des ordinateurs. Les ordinateurs manipulaient les humains. (← ceci est une tournure typique de l’écriture de LLM qui met en abîme le fait qu’ils nous formattent dans notre façon d’écrire puisque j’écris spontanément comme eux désormais.)
Voilà mon petit rant du jour. Il est né entre les “devoirs maison fait avec Chat GPT” un peu nullos demandés à ma fille et mon fil Substack qui glorifiait un mecs aux idées cheloues qui a eu une croissance énorme sur les réseaux sociaux en utilisant les LLM ad nauseam. Suis-je jaloux d’un type qui a réussit là où je n’arrive plus à créer le peu de liens que j’espérais ? Suis-je fautif de ne pas avoir écrit de bons trucs et mon entreprise se voit rayée de la carte confirmant Hayek, l’économie autrichienne et la naturalisation foireuse du darwinisme social de Spencer ? (si vous avez compris cette phrase tordue qui n’a que pour but de faire du name dropping, je vous félicite). En pratique l’âme de Rémi voulait juste un petit endroit pour se plaindre de l’abus des LLM et poster une image de Player One avec une pub Espace 3. A+
UPDATE deux jours plus tard, je sors de mes sentiers battus et merci Arnaud Pessey pour son billet
qui redonne envie d’explorer et farfouiller !

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