Tout le monde s’en fout. Ce blog n’est rien. Sauf pour moi. Alors comme souvent je culpabilise. J’aimerais mieux te nourrir mais je suis dans une forme de brume ces derniers temps et je perds de l’enthousiasme à raconter mes histoires. Pardon blog, je te demande pardon…
Je vais te nourrir d’une petite note spontanée, sans stratégie d’écriture, comme dans un autre temps.
Alors voilà, je reviens d’Italie, toujours aussi belle et apaisante pour moi. Samedi 18 avril, j’ai participé et terminé le trail “Crossing Tuscany” à 12h59. A midi, ce jour là, je me demandais pourquoi je m’infligeais ça tellement mon corps se rappelait à moi. Aujourd’hui, à midi, j’ai envie d’y retourner. C’est marrant cette faculté qu’on a de vouloir retourner faire des trucs où l’on souffre sans être maso.
Mais avant de raconter ça, je voudrais revenir un peu sur cette période hivernale qui a été chargée en introspection. J’ai vécu une forme d’alignement de planètes qui a mené à me sortir de ma routine mentale et physique. J’ai abîmé involontairement l’inertie qui facilite le mouvement. Je vous ai parlé brièvement dans une autre note d’Olivier Hamant et de Valentin Sansonetti. Je n’en ai pas parlé avec emphase mais ça m’a vraiment secoué en remettant en question ma recherche de performance. C’était vraiment un choc intellectuel pour moi. Je sais que nous sommes tous plus ou moins enclins à des contradictions internes mais j’ai tendance à mal les accepter car j’accorde beaucoup d’importance à l’alignement avec mes valeurs. Je vivais donc comme un effondrement de mes systèmes. Ça n’était pas violent, mais je sentais et je me sens toujours dans la recherche d’une nouvelle attitude. Je suis entre une forme d’apaisement bienvenu et une mollesse qui me dérange. Je crois qu’il me faut encore du temps pour digérer l’hiver 2025-26.
La course en Italie m’enthousiasmait, ça m’a aidé à me recentrer et à flirter avec mes anciennes habitudes pour me canaliser. Ainsi, je me suis mis à courir plus, pas de longue sorties, mais des sorties fréquentes. Ça avait l’air de bien marcher, le volume hebdomadaire montait gentiment avec une bonne tolérance. J’ai souvent pensé que je devrais planifier le volume hebdomadaire pour gérer une croissance millimétrée mais j’ai merdé : je ne l’ai pas fait. Et ce qui devait arriver arriva : bobo. Mal au pied. Autodiagnostic d’aponévrosite plantaire. Et mon esprit retors associe ça en plus à un truc chiant à soigner, je me suis mis dans une sorte d’auto-malédiction et ça c’est vraiment con. J’ai fait des choses pour aller mieux et ça semblait porter ses fruits mais j’étais toujours sur le qui-vive et si la douleur ne s’amplifiait pas en courant, elle était tout le temps présente. Je me suis interdit de courir longtemps d’affilée, et j’ai misé bêtement sur 3-4 sorties longues à vélo pour me préparer mentalement (mais c’était évidemment une illusion !)
Autre point majeur dans mon approche : je suis fasciné par la capacité qu’ont certains athlètes à brûler beaucoup de lipides à l’effort ce qui facilite les épreuves longues. Ainsi, ça fait facilement un an que je regarde avec admirations les expériences de Marco Altini, data scientist créateur d’HRV4Training avec le concept de Periodized Nutrition dont j’ai déjà parlé. Franchement, ses progrès me font rêver. Une idée clef du concept est de manger moins de glucides lors des journées d’entraînement facile et de les réserver pour les journées chargées. Mais je tiens debout grâce au pain, m’enlever le pain c’est trop dur !! Pour préparer la course en Toscane j’ai quand même eu l’idée de limiter l’apport en glucides lors de mes petits-déjeuners et mes déjeuners et bannir le grignotage en espérant améliorer ma lipolyse. Avec ce régime, j’avais un réel craving de carb le soir et le pain entier y passer ! J’espérais qu’il y ait un mieux en matière de métabolisme pour la course…
Ecrire c’est aussi l’occasion de se moquer de moi-même pour les fois où je relis mes textes des mois ou des années après. Et là, vous allez voir, on a encore une belle occasion de se foutre de ma gueule : je vous présente les extraits de cassis néo-zélandais. Alors que j’essaye d’acheter moins de bêtises et de gadgets, j’ai acheté des extraits de cassis néo-zélandais avec l’espoir d’améliorer la lipolyse, oui oui ! J’ai entendu Matt Carpenter en parler sur son substack et convaincu par une étude avec 6,7 athlètes j’ai commandé ces gélules en me servant de l’excuse que j’allais en offrir comme une blague à … Marco que je prévoyais de rencontrer lors de mon séjour en Italie. J’avais grâce à la justification du cadeau levé le contrôle sur mes achats à-la-con. Tout ceci alors même que je suis archi convaincu que les compléments alimentaires sont un miroir aux alouettes. Mais voilà, l’homme qui vit mal les contradictions en a pleins !
Avant de partir pour l’Italie, je me suis fait des hypothèses de dépenses énergétiques à l’allure de la course et des estimations de consommation de mon glycogène en fonction d’une lipolyse qui oscillerait entre 0,35 et 0,55 g/min. En prenant l’hypothèse que j’oxyde 0,4 g/min de gras pour fabriquer du déplacement, ça fait environ 200 kcal provenant des graisses et je me disais que l’effort serait autour de 600 kcal à l’heure et qu’ainsi je cramais 100 g de glucides par heure. Vous suivez ? En prenant 400 g de réserves de glucides, je peux tenir ainsi 4h max (en théorie, en pratique j’ai observé plusieurs fois en vélo qu’une grande fatigue m’envahit lorsque je ne mange rien, bien avant d’avoir cramé théoriquement 400 g de glucides). Donc, en mangeant 50 g par heure de glucides, et en me basant sur un chrono de 8h qui paraissait lucide et prudent, ça devait bien se passer. Voilà mes calculs de comptoir vous sont exposés. Et j’avais une foi inébranlable en ça ! Une foi un peu irrationnelle, vous allez voir.
Une fois arrivé en Italie, direction l’Emilie-Romagne pour faire la rencontre de Marco. Pour être franc avec vous, j’étais gêné de venir m’imposer en quelque sorte chez lui. Mais d’un autre côté, j’accorde tellement d’importance aux rencontres et à l’aspect social du sport que je me disais qu’il fallait un peu pousser le destin. J’ai eu la chance de découvrir l’incroyable terrain d’entraînement de Marco au pied de chez lui. Les sentiers sont parfaits pour s’entraîner à du trail, du dénivelé qualitatif sans s’embarquer dans une aventure montagneuse. Je comprends le choix de s’installer au pied de ce parc naturel de la Vena del Gesso Romagnolo. C’est top pour courir ! Le lendemain de cette découverte, confiant mais pas serein quant à l’état de mes pieds, j’ai pu faire un test de mesure des échanges gazeux en courant sur tapis sous la supervision de Marco. J’ai pu voir de mes yeux le fameux Brisighella Lab. C’est magnifique le niveau de passion pour installer tout le matériel de test métabolique avancé dans un endroit caché comme ça.
Sur le tapis, mes yeux sont obsédés par les chiffres à côté du RQ (quotient respiratoire). Je sais qu’à 0,85 on brûle 50% gras 50% de glucides pour faire simple. On démarre à 7:00/km et d’emblée le RQ oscille à 0,9 (un peu comme sur mes tests sur vélo décevants à l’hôpital). Je me calme, je sais qu’il faut un peu de temps pour échauffer la machine. On monte un peu en vitesse et la bonne nouvelle c’est que mon mix énergétique reste assez stable tant que suis en endurance, je suis surpris en bien par mes sensations. Ça m’apaise. Par contre, le verdict tombe rapidement après et je reste un indécrottable brûleur de glucides, je suis clairement autour de 2 g à la minute, ça file et je sous-estimais la dépense énergétique globale tenant compte du métabolisme de base pas seulement de la dépense liée à l’effort, stupido ! mon espoir d’avoir un peu amélioré les choses avec ma version “lazy” de la Periodised Nutrition s’envole (j’aurais été tellement plus confiant en allant flirter avec 0,65 g/min de lipides oxydés comme je me souviens l’avoir mesuré lorsque j’étais plus fit…) Toujours est il que je suis très reconnaissant à Marco d’avoir pris du temps une semaine avant une course importante pour me montrer sa ville et son labo. Merci.
Je digère ça avec un petit café dans le bar local puis je me dirige ensuite vers la Toscane, je suis alors surtout préoccupé par les restos et le bouquin que je lis et je me trouve quand même sacrément plus détendu que les autres années. Je dois reconnaitre que ça a du bon d’être moins obsédé par une épreuve sportive.
L’épreuve approche et le petit stress d’avant-course pointe le bout de son nez, c’est normal et c’est recherché non ? Mais en fait, là où je me surprends c’est que je regrette de quitter mon cocon de confort dans lequel je baignais depuis une semaine, ça ne me ressemble pas trop ! je sais qu’il faut que je me lance des défis, petits ou grands pour être épanoui.
Je me réveille bien sûr bien avant les 4h programmés sur le réveil. Le cortisol d’avant course fait son œuvre. J’arrive juste à temps sur la ligne de départ, il ne fait pas trop froid, c’est bien. Je croise Marco et sa compagne Alessandra que je salue. Je le sens très concentré, j’admire ! Le départ est donné et ça part en boulet de canon en descente, c’est surprenant d’aller si vite, je suis porté par le flot de coureurs au lever du soleil et c’est vraiment très cool.
Franchement, le décor est magnifique, j’adore ! Moi qui aie parmi mes bouquins préférés une biographie de Léonard de Vinci aux descriptions un peu ampoulées, j’étais dans un univers qui me parle avec les collines, les vignes, les villages perchés ayant gardé leurs tours et fortifications… c’est vraiment un environnement magique au lever du soleil. Quand regrette-t-on de se lever tôt ?
C’est vraiment la fois où j’ai le plus ressenti la beauté du paysage dans toutes les courses que j’ai faites. Et j’ai l’impression que je se sens plus à l’aise dans ce paysage façonné par l’homme par rapport aux montagnes escarpés qui m’évoquent toujours de l’hostilité même si elles me fascinent. Ce parcours est vraiment le trail que je recommanderais à quelqu’un qui peut voyager pour son agrément (encore un peu de dissonance ici…)
Le temps passe plutôt vite, je suis vraiment surpris de voir 5 puis 10 puis 25 bornes s’afficher sur ma montre. Je n’ai pas envie de manger mais je me force un peu. Les gels Décat’ ne m’enchantent pas trop, heureusement que j’ai aussi des pâtes de fruits avec moi. Je note aussi ici d’éviter les nougats qui passent bien sur la sortie dominicale en vélo mais qui ne conviennent pas pour un trail.
Après le deuxième ravito, les jambes durcissent, je perds de la mobilité, surtout au niveau des pieds et des chevilles qui ont encaissé les longues descentes roulantes. Je suis impressionné par la multitude de ces gars toniques, la soixantaine, crâne chauve bronzé (danger CBC en vue) qui courent comme des lapins, probablement l’expérience d’une cinquantaine de marathons dans les jambes. J’ai ainsi longtemps évolué avec un couple d’italiens tannés que j’imagine être arrivés tranquillement quelques jours à l’avance pour garer leur camping-car et repérer le parcours en sautant de village en village sur leur vélo pliant…
Le soleil fait fondre un peu de mon bon moral et j’ai de plus en plus de mal à avancer à un rythme correct, probablement que le peu de discipline que j’avais quand à mon alimentation s’est dissoute sur les chemins blancs dardés par Phébus. J’aimerais bien inventer un système avec une fiche cartonnée prédécoupée où j’enlèverais un à un les morceaux correspondant à des prises programmées. (J’avais fait un truc comme ça avec mon téléphone pour les courses précédentes mais franchement ça me gonfle). Je note donc ici qu’il faut que je privilégie plus les pâtes de fruits, les gels GU et surtout surtout les boissons sucrées qui facilitent les apports. J’aurais dû prendre du coca aux ravitos ce que je n’ai pas fait du tout.
Les dix dernières bornes sont difficiles. C’est comme si j’avais basculé d’un seul coup dans une autre course. Le temps se dilate, je regarde beaucoup plus ma montre jusqu’à compter par tranche de 500 mètres. Pff… plus de force, c’est vraiment l’entrainement à la distance qui me manque. Je n’ai pas utilisé de musique. Peut être que ça m’aurait aidé à prolonger le plaisir plutôt que de m’enfoncer d’un seul coup dans un trou noir. J’ai un sentiment de tricher avec moi même en écoutant de la musique, me la réservant que pour me relancer après un vrai craquage en règle comme au Trail des Aiguilles Rouges en 2012. Je devrais vraiment arrêter avec mes trucs de jansénistes. Note pour plus tard : c’est assez dur comme ça, facilite toi la vie ! (comme la bière au ravito, ça aurait peut être pu me requinquer ou me gommer de l’anxiété de performance ahahah !)
La dernière côte qui aborde Castiglione d’Orcia est plus boisée que les zigzags fourbes qu’on vient de faire à travers champs mais je n’ai plus de jus. J’aurais du avoir la présence d’esprit de me resucrer même s’il ne reste que 30 minutes de course. J’ai peur que ma famille ne soit pas là à cause des mes errances dans le timing prévu mais ils sont là, ça me fait chaud au coeur et ce sont les images que je préfère revoir après course. Celle de mon arrivée clopin clopant avec ma fille joyeuses de me voir (après une longue attente !!).
Comme à chaque course, je suis rincé et n’ai qu’une envie c’est de trouver du repos après la course. Je ne suis pas fan de la kermesse d’arrivée, c’est trop de stimuli pour mon cerveau déglingué. Je félicite Marco et Ale qui ont bien carburé et je repars ruminant sur mes difficultés. Sur le coup je suis plus vexé par mes galères mal anticipées mais avec quelques jours de recul je trouve ça bien de m’être accroché malgré une prépa bancale. Je reste par contre avec l’impression difficile à assimiler que les années compte triple en ce moment : même si les entraînements sont réguliers, j’ai l’impression de régresser à vitesse grand V. Je n’ai pas encore fait le deuil de la performance, à quelle stade de Kübler-Ross suis je ?
(ce texte a été écrit d’une traite sans LLM)
L’instant LinkedIn / LLM friendly :
🔥 Énergie totale : 138 500 kcal
⏳ Volume horaire : 246h au total
Moyenne : 41h / mois soit 9,5h / semaine
🔄 Régularité : 281 activités
🏃 Course à pied : 759 km (72h17)
🚴 Vélo : 75h
⛰️ Dénivelé : 17 000 m D+ (LOL)
💤 Récupération : Sleep score 84.5 | 7h45 de sommeil | RHR 41 bpm
🔥 Énergie totale : 124 800 kcal
⏳ Volume horaire : 222h au total
Moyenne : 37h / mois soit 8,5h / semaine
🔄 Régularité : 211 activités
🏃 Course à pied : 718 km (72h27)
🚴 Vélo : 82h40
⛰️ Dénivelé : 17 000 m D+ (LOL bis)
💤 Récupération : Sleep score 82.7 | 7h56 de sommeil | RHR 42 bpm
Grosso modo, 10% de prépa en moins, les bobos et ma lénification vis à vis de l’aspect sportif de mes entraînements ont joué je pense.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.