Hello à toutes et à tous ! 👋
Nous nous retrouvons pour la 13ème édition de cette newsletter, pour vous partager mes aventures et mes réflexions sur des thématiques qui me passionnent :
L’humain | Le changement | Les enjeux sociétaux
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Je voyage un an en Europe et en Asie, explorer les dynamiques de transformation qui accompagnent l’humain dans une transition profonde vers une société consciente et vivante.
Quelques news (📍Actuellement au Népal)
Thème du mois : Les cultures comme obstacle et levier de transformation
Un socle fondamental de nos sociétés
Un phénomène à double facette
Des cultures évolutives qui s’appuient sur leur héritage
Instant Slow #14
C’est parti ! 👇
Après une pause bien méritée aux côtés de ma chère sœur, je suis arrivée au Népal pour la dernière grande étape de mon exploration. Je sens que mes réflexions évoluent, que mon spectre de compréhension s’étend et que je façonne peu à peu ma place présente et future.
J’ai fait quelques rencontres qui sont peut-être des portes ouvertes pour rencontrer des personnes intéressantes et des projets locaux engagés
J’ai réalisé un superbe trek aux côtés de personnes fabuleuses et dans une nature à couper le souffle (qui, d’ailleurs, m’a rappelé au début nos Alpes françaises en plus majestueux encore)
Je continue mon périple népalais sur les routes qui lui sont si caractéristiques. Quelques jours dans une communauté locale m’attendent et je m’en réjouis d’avance.
Ce qui suit sont les prémices de réflexions qui seront approfondies progressivement. Je me suis donc dit que d’en écrire une newsletter pouvait être un premier pas pour initier cette recherche. J’espère que le sujet vous intéressera.
Belle lecture !
Je viens de rentrer juste avant la première goutte de pluie qui annonçait un déluge sur la ville de Katmandou. Depuis quelques jours, j’oscille à nouveau entre l’envie d’être sans me poser de questions et des questions qui surviennent malgré moi. Je suis prise dans un engrenage dont la sortie n’est pas indiquée clairement par un signe vert. Après presque un an de voyage à déconstruire et à explorer ce qui se cache derrière les dynamiques de transformation, un nouvel espace s’ouvre à travers ces questions ; des questions qui me prouvent que je n’ai jamais fini d’affiner, de douter et d’avancer à ce sujet.
Je prends conscience d’à quel point, ma compréhension du changement a évolué. En particulier, à quel point je l’intègre dans un spectre plus large qu’auparavant.
Nous sommes tellement dans la quête du changement, que parfois, nous en perdons le sens, moi y compris. Je critiquais la vision qui a construit notre société autour de la notion de progrès, et pourtant sur certains aspects, j’adoptais la même posture avec le changement. Pourquoi chercher constamment et volontairement à changer ? Changer est-il souhaitable ? Ou bien n’avons-nous même pas notre mot à dire et changer est inévitable ?
S’il y a bien une chose que j’ai comprise, c’est que changer ne signifie pas effacer. De temps en temps, nous l’oublions. Changer, c’est continuer de tirer le trait dessiné jusqu’alors. Car, si l’on perçoit le changement comme le dessin d’un nouveau trait qui part de là où nous plaçons le crayon, ce serait nous fourvoyer. Il est impossible de changer sans prendre en compte à la fois le trait tracé avant, autrement dit le passé ou l’héritage, et le point sur lequel nous redémarrons le trait, autrement dit le présent ou notre identité.
D’ailleurs, plusieurs personnes rencontrées définissent le changement comme d’aller d’un point A à un point B. Toutefois, il est important de rappeler que le point A est le résultat de ce qui le précède. Malgré l’espoir que j’avais de croire que le point A pouvait être une table rase, je me l’avoue aujourd’hui, ce n’est pas possible.
Une partie de moi portait en elle cette peur du poids du passé. Une peur qui influençait ma vision du changement. Le changement était alors une potentielle solution. Absolument changer, pour devenir la personne que je ne suis pas encore, pour tirer le trait sur des choses qui m’ont fait souffrir. Faire peau neuve en quelques sortes. Certes. Néanmoins, il est impossible de le faire sans faire face à ce passé, ces souffrances, ces désirs, ces choses que l’on ne souhaite pas voir une énième fois.
Il ne suffit pas de vouloir lâcher prise. Nous devons d'abord reconnaître qu'il s'agit de quelque chose de bien réel. Nous devons examiner en profondeur sa nature et son origine, car les idées naissent de sentiments, d'émotions et d'expériences passées, de choses que nous avons vues et entendues. (Thich Nhat Hanh)
Ce qui a déclenché cette nouvelle réflexion est le fait de vivre en plein cœur d’un des plus grands défis de transformation de nos sociétés : les cultures. Je vis dans ma chair à la fois leur beauté et leurs limites. Cette expérience me tourmentait. La question principale était : est-ce possible, voire souhaitable, de changer une culture ?
En me posant cette question, il existait des hypothèses sous-jacentes dont celle selon laquelle, notre monde actuel est le reflet d’une culture majoritaire qui a su façonner nos sociétés. Cependant, cette hypothèse m’a rapidement dérangée. Je sentais qu’elle limitait ma compréhension.
Et si je changeais de perspectives ? Et si la culture était justement, au contraire, un pilier sur lequel s’appuyer pour changer ?
Une culture se définit comme des habitudes et des comportements communs intégrés. Elle peut se traduire immatériellement comme les pensées et les croyances ou matériellement, comme les panneaux de circulation, les magasins, des comportements de masse… Le plus souvent, l’aspect immatériel d’une culture devient même inconscient, ce sont des règles non écrites mais intégrées.
Bien sûr, il n’existe pas qu’une seule culture à travers le monde, d’où l’expression de “choc des cultures”. Prenons l’exemple des transports. En France, pour prendre un bus, nous allons à l’arrêt de bus où celui-ci s’arrêtera. Au Népal, les bus font partie d’un grand brouhaha, avec le plus souvent l’absence d’indication de sa destination, voire même parfois, de son lieu de départ que l’on connaît au dernier moment en appelant le chauffeur. En général, une fois en route, le chauffeur cri à travers la fenêtre la destination de son bus. Si elle correspond avec la nôtre qui sommes sur le bord de la route alors, nous devons être réactif et faire signe comme quoi, nous souhaitons monter – parfois même sans que le bus s’arrête totalement.
D’autre part, les cultures s’appuient principalement sur les relations sociales qui vont pleinement participer à entretenir et ancrer les aspects qui lui sont propres. Plus nous côtoyons des personnes, plus nous développons une culture. Plus nous partons à la découverte d’autres cultures, plus nous éveillons notre conscience à des aspects intériorisés jamais questionnés jusqu’alors. Ainsi, nous façonnons ensuite, peu à peu notre propre culture teintée de nos expériences de vie, de notre passé, notre éducation, notre environnement... tout en rejoignant une culture partagée.
Leur rôle dans l’évolution du monde et de nos sociétés est clair. Elles nous relient. Elles sont même parfois un support plébiscité pour en faire une arme massive. Par exemple, la destruction des croyances, des rituels, des statuts, des symboles de la culture tibétaine a été un outil utilisé lors de l’invasion du Tibet par la Chine dans les années 50.
Depuis l’âge moderne, les cultures sont de plus en plus défiées par les changements de notre environnement qui s’accélèrent. La technologie, l’accès à l’information, l’évolution des droits en fonction des genres, le changement climatique…
Depuis mon arrivée en Asie, je ne peux m’empêcher d’être critique par rapport à un phénomène que j’observe en particulier ; la ruée des touristes « occidentaux » dans certains lieux de culte ou dans certaines cérémonies sacrées locales. Selon moi, cette tendance est le symptôme d’une évolution de notre culture occidentale vers la négation et le retrait d’une spiritualité qui pourtant nous connecte au lien fondamental entre être-vivants. Lorsque qu’un changement culturel implique une appropriation relative d’autres cultures, souvent déconnectée des origines, il est légitime d’émettre un doute.
À l’inverse, certains comportements culturels soudent les personnes entre elles, de génération en génération. Une force communautaire émerge alors, pour avancer ensemble, connectés avec des valeurs partagées. Par exemple, à mon arrivée à Katmandou, un groupe népalais de mon auberge de jeunesse interpelle une des femmes qui y travaille en s’exclamant « Didi ! ». Naturellement et avec ma perspective culturelle, je me dis que ce doit être son prénom. Dans mon journal, je note même « Didi » lorsque j’écris à propos de ma rencontre avec cette femme d’une résilience impressionante. Puis, avec le temps, je me rends compte que beaucoup de femmes népalaises s’appellent « Didi ». Ce n’est donc pas un prénom. Dans la culture népalaise, ce “surnom” est utilisé lorsque l’on s’adresse à une femme, en général plus âgée que nous, comme marque de respect. J’ai été impressionnée par l’effet que cela peut avoir sur le lien qui se créé entre deux personnes, le plus souvent inconnues l’une de l’autre. Un lien de respect et une connexion naturelle se tissent, grâce à seulement quatre lettres.
Ainsi, une culture peut être un obstacle mais aussi, une grande force de soutien.
De l’utilisation intensive du plastique en Asie à des pratiques sacrées qui maintiennent un lien fort au vivant, en passant par la transmission d’un savoir-faire ancestrale de tissage de génération en génération ou bien, de l’interdiction pour une femme de dormir dans la maison familiale lors de sa période menstruelle, j’oscille entre les exemples qui démontrent la complexité des cultures.
Aujourd’hui, les cultures sont bousculées. Elles prennent pleinement part au chaos de notre monde. D’autant qu’elles se transforment parfois sans même vraiment s’en apercevoir. L’usage intensive du plastique en Asie en est un exemple. Les comportements du passé de jeter les déchets dans les rues sont restés alors que ces déchets se sont transformés d’une feuille de bananier à un emballage plastique.
Entre appropriation, dénaturation, immobilisme, dogmatisme… les cultures constituent un des plus grands obstacles pour les dynamiques de transformation nécessaires aujourd’hui.
Entre rituels, temps long, soin du lien communautaire, sens… les cultures s’avèrent des forces vives de durabilité d’un changement et de sa profondeur.
Ainsi, un des enjeux majeurs se trouvent dans l’importance de façonner des cultures évolutives en s’appuyant sur notre héritage et les forces déjà en présence, tout en éveillant notre conscience à toutes les nuances qui les constituent, dont ses parts d’ombres.
Dans un premier temps, comme l’explique très bien Damon Centola, en cas de changement social fort, changer créé nécessairement une désorientation générale.
Le changement requiert un remplacement de ce qui est familier et naturel par quelque chose de nouveau et d’étranger. (Damon Centola)
Ainsi, si l’on souhaite façonner une culture en accord avec les enjeux présents et futurs, une culture qui évolue avec son temps, il est nécessaire de faire monter en conscience la nécessité d’une étape déstabilisante lors d’une transformation forte.
Ensuite, viennent certaines dynamiques à adopter, telles que :
Cultiver un esprit critique au quotidien, nourrit entre autres, par une ouverture d’esprit.
Adopter une sincérité radicale qui, grâce à des allers-retours entre le monde et sa culture, celle-ci s’aligne au mieux avec ses besoins et les enjeux présents.
Donner du sens aux comportements et rituels en place, le questionner et s’y connecter comme une boussole.
Entretenir un rapport au temps long qui permet, grâce à une rigueur, une intégration progressive de nouvelles habitudes, qui peuvent constituer de précieux ancrages et rituels par la suite.
Se rappeler qu’en incarnant le changement à travers des comportements vertueux, chacun.e constitue une source d’inspiration et d’amplification d’un changement culturel.
Un des phénomènes sous-jacent s’appelle l’”apprentissage social”. Il est basé sur le fait que nos vécus respectifs sont “un tissu de récits, personnels ou empruntés à d’autres à partir desquels nous guidons notre action.” (Thierry Picq & Mickaël Romzy)
Ainsi, “une culture ne s’apprend pas, elle s’imprégne en nous” (Hugo Paul).
Si vous pouviez réinventer notre culture actuelle, quel serait un des aspects (comportements, croyances…) que vous changeriez ?
On se retrouve début novembre pour une nouvelle édition. D’ici là, prenez soin de vous 🤗
Justine 🙋
J’espère que cette édition vous a plu.
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