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La Bouscule · Aug 7, 2024

La patience : un paradoxe vertueux.

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Justine Durochat · La Bouscule

Hello à toutes et à tous ! 👋

Nous nous retrouvons pour la 12ème édition de cette newsletter (autrement dit, son premier anniversaire !! 🎉 ), pour vous partager mes aventures et mes réflexions sur des thématiques qui me passionnent :

L’humain | Le changement | Les enjeux sociétaux

Si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez me suivre sur LinkedIn et sur Instagram

Je voyage un an en Europe et en Asie, explorer les dynamiques de transformation qui accompagnent l’humain dans une transition profonde vers une société consciente et vivante.

  • Quelques news (📍Actuellement au Vietnam)

  • Thème du mois : La patience : un paradoxe vertueux.

  1. Un contre-pouvoir au sein de nos sociétés

  2. Une dynamique risquée face à l’urgence des enjeux sociétaux actuels ?

  3. Une question d’équilibre et de complémentarité en faveur de transformations structurelles

  • Instant Slow #13

C’est parti ! 👇

Depuis la dernière newsletter, j’ai découvert le Cambodge et suis arrivée au Vietnam avec un accueil qui m’a chamboulé physiquement et émotionnellement. Toutefois, me revoilà sur pieds à l’heure où je vous écris.

  • J’ai découvert un pays, une culture et des personnes passionnantes au Cambodge.

  • Je suis de plus en plus touchée par l’histoire et l’impact des guerres dans certains pays d’Asie du Sud-Est. Les dynamiques de colonisation se ressentent encore ici et ont forgé des cultures.

  • Je m’habitue de plus en plus au mode de vie et à la culture d’Asie du Sud-Est. D’autant que traverser la Thaïlande, le Cambodge et maintenant le Vietnam, me permet d’aiguiser mon regard et m’intégrer plus facilement au sein des cultures locales.

  • J’ai réalisé une immersion au sein d’une ONG au Vietnam : The Peaceful Bamboo Family dédiée à l’accompagnement des personnes avec un handicap mental. Une très belle journée passée à leurs côtés, marquée par une si belle humanité.

Depuis le début de cette newsletter il y a un an, je trouve peu à peu mon style d’écriture et surtout, l’élan qui me permet d’y prendre du plaisir. L’expérience en est une des sources. Au-delà de façonner nos réflexions, elle donne du relief à nos partages. Alors, pour cette newsletter anniversaire, j’ai souhaité continuer d’écrire en écho à mes aventures, en abordant le thème de la patience dans les dynamiques de transformation.

J’espère qu’elle vous plaira. Bonne lecture !

Depuis petite, la patience n’a jamais été un de mes points forts. Tout devait se faire vite. Je devais avoir une réponse à mes questions rapidement, je devais agir rapidement pour résoudre un problème ou suite à une décision qui venait d’être prise. Ça faisait partie de moi. L’espace temps flottant entre un stimulus et une action était soit absent, soit très désagréable pour moi à traverser. Concrètement, cette attitude pouvait certes, parfois être perçue comme de la perspicacité et de la proactivité, mais aussi, comme de l’impatience.

Oui, certaines choses ont besoin de temps. C’est parfois ce temps qui leur donne même leur valeur, telle que le vin. Alors, face à ce défi, je me questionne de temps en temps de manière plus philosophique à ce propos : La patience n’est-elle pas paradoxale face à l’urgence des enjeux d’aujourd’hui ? Est-ce une force à développer ou bien un frein ? Pouvons-nous vraiment la développer ou bien est-elle innée ?

Récemment, quelques problèmes de santé ont fait émerger, une nouvelle fois, ce sujet de la patience dans mon quotidien. À vrai dire, cette fois-ci, la patience n’était plus une question de choix, mais une obligation, un besoin. Cette expérience m’a mené à élargir ma compréhension de cette notion dans la cadre des transformations de nos sociétés.

Dans quelle mesure la patience s’avère-t-elle constructive de nos jours ?

La première chose que j’ai reconnue en la patience a été le pouvoir qu’elle détenait face à la quête du '“toujours plus”, caractéristique de nos sociétés. Tout va toujours plus vite. Edgar Morin parle d’ailleurs “d’état d’accélération généralisé”. Nous avons placé la vitesse comme une valeur ultime de réussite. Nous sommes rentrés dans l’ère de “l’immédiateté devenue norme”. Directement liée aux sujets de productivité, d’optimisation, d’efficacité, de rentabilité et de plaisirs instantanés, la vitesse nous fait oublier à quel point la patience ouvre les portes à une valeur bien différente.

Incarner la patience nous donne des clés pour embrasser la beauté d’un processus qui avance étape par étape. Par exemple, le temps nécessaire entre la plantation d’une graine jusqu’à la récolte du fruit, puis de sa préparation pour le déguster, lui donne toute sa dimension. L’observation de son évolution et le soin apporté tout au long, lui donne une valeur inestimable. Dans cet exemple, l’humain fait pleinement partie d’un processus à parts égales avec d’autres éléments contributeurs. Nous avons mis de côté notre besoin de contrôle absolu. Nous avons mis de côté la volonté de domination caractéristique du patriarcat. Et cela change tout.

La patience nous reconnecte à une beauté dont nous avons perdu le goût. Plus largement, elle nous invite à redéfinir les critères qui nous permettent de valoriser les expériences que nous vivons, voire tout simplement, de les vivre pleinement.

D’autre part, la patience favorise une compréhension systémique des problématiques ou des situations que nous rencontrons. En effet, nous ne sommes pas en réaction instinctive, mais dans l’ouverture vers ce que cela provoque à court et moyen terme. Grâce à une posture patiente, nous pouvons davantage faire appel à notre esprit critique pour aborder ce que nous vivons avec conscience et prise de recul. Une des définitions données de la patience par le Larousse est la suivante : “ Aptitude à ne pas s’énerver des difficultés, à supporter les défaillances, les erreurs…”. La patience compléterait donc, le droit à l’erreur, si bénéfique dans le cadre de changements.

Avec du temps et de la patience, on vient à bout de tout.

Cependant, la patience peut-elle être un frein, en se liant d’amitié avec un espoir, en réalité vain ? N’y a-t-il pas des risques à être “trop” patient ? Face à l’urgence, n’est-ce pas paradoxal de faire appel à la patience ?

Lorsque l’on fait preuve de sincérité avec soi-même par rapport à ce que nous vivons actuellement, la patience parait une réponse intéressante. Néanmoins, l’urgence revient vite frapper à notre porte et créer un doute profond sur sa capacité de transformation. Attendre, ne serait-il pas l’incarnation d’un négationnisme de l’urgence des enjeux sociétaux ?

Telle une pièce, la patience a également deux faces avec ses avantages et ses limites. En effet, la patience peut devenir un argument qui se fourvoie. Un argument qui cache au fond une inertie sociale profonde. Elle peut incarner une excuse en faveur de la prolongation du statu quo, pour éviter de faire face à une dure réalité.

“Savoir attendre avec calme.”

L’attente, malgré le calme associé, pourrait s’assimiler à une inaction choisie, sous prétexte de patience. Le besoin indéniable de transformations pourrait donc être contraire à la vertu de la patience. Par le frein qu’elle incarnerait, elle limiterait la mise en place d’un réel momentum positif fluide et répandu. En étant patient, nous favoriserions une situation de confort et retarderions toujours plus, le réel passage à l’action et le passage à une étape, sûrement plus inconfortable et incertaine, mais pourtant nécessaire.

Personnellement, pendant longtemps, la patience m’a fait peur, car je ne souhaitais pas l’utiliser comme excuse à une absence d’action et de prise de position. Ce n’était pas juste et honnête, tant envers moi-même qu’envers les autres. C’était trop facile. Toutefois, plus j’ouvre mon spectre de compréhension, plus je me rends compte que la construction d’un autre rapport au temps, dont la patience fait partie, est essentielle si l’on souhaite mener des transformations profondes.

Cependant, cette fois-ci, ce rapport au temps est plus complexe qu’une simple dualité entre la rapidité et la lenteur ou bien entre le court et le long terme. Selon moi, ce rapport au temps relèverait du développement d’une capacité à embrasser plusieurs temporalités en parallèle.

Dans cette optique, la patience serait-elle nécessaire, mais pas suffisante ?

La modernité, ce n’est pas d’aller plus vite, mais d’avancer avec plus de sagesse -Luca Giunti

Plus j’avance dans la réflexion, plus je me rends compte d’une chose : l’exactitude ou non de la définition attribuée à une attitude, influence directement ses effets.

Ainsi, la patience démultiplie son pouvoir lorsqu’elle est alliée à d’autres valeurs et comportements.

La première valeur est donc celle de l’honnêteté. Ce duo s’illustre par la question suivante : la patience est-elle un élément favorisant une transformation ou n’est-elle qu’une excuse qui cache des peurs de changer ?

Dans la même lignée, la patience facilite le dialogue et la coopération. Lorsque l’on accepte que tout problème ne peut pas être résolu en un claquement de doigt et que cela demande du temps, l’état d’esprit appliqué à sa résolution se transforme. Nous sommes alors, davantage en mesure de prendre le temps pour dialoguer, écouter une diversité d’avis, coopérer, au lieu de voir comme seule solution, celle d’avancer, seul.e. La patience s’ajoute donc, à des compétences de vivre-ensemble et de dialogue, en faveur de processus plus inclusifs.

La patience se place comme indispensable dans un monde aux ressources limitées et avec un besoin profond de transformations. Si l’on souhaite créer et entretenir des dynamiques vertueuses et à contre-temps du paradgime actuel, je pense que la patience est essentielle pour faire émerger de nouvelles façon de penser et d’agir. Elle contribue directement à les intégrer dans nos quotidiens et à en faire de nouveaux aspects culturels.

En définitive, nous choisissons au service de quoi et sous quelle forme la patience peut prendre forme et être cultivée ; d’une résistance incarnée à une composante essentielle d’un panel de compétences et de valeurs au service d’actions résilientes et critiques.

La patience est un moyen clair de contrer la dynamique de “colonisation du temps humain (…) par le temps économique”, expliquée par Geneviève Azam. Se réapproprier le temps face à la domination d’un temps décrit par cette économiste comme un “temps vide, sans racine, sans société, sans histoire”.

Le tout pourrait donc, trouver sa source dans la construction d’”un rapport patient et fertile au temps”, complété par des valeurs et des compétences comme l’esprit critique, l’écoute, l’amour, le dialogue, la sincérité ou encore, l’humilité.

Le temps pris par le travail, la consommation… est du temps pris à l’espace où l’on peut s’aimer - Victoire Tuaillon

Qu’est-ce qui vous aide à cultiver la patience dans votre quotidien ?

Si rien ne vous vient à l’esprit, alors réflechissez à quelque chose qui pourrait vous aider à vous réapproprier votre temps.

On se retrouve début octobre pour une nouvelle édition (car une petite pause s’impose en septembre). D’ici là, prenez soin de vous 🤗

Justine 🙋

J’espère que cette édition vous a plu.

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