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La Bouscule · May 1, 2024

Adopter un regard critique sur les récits qui façonnent nos vies et nos sociétés.

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Justine Durochat · La Bouscule

Hello à toutes et à tous ! 👋

Nous nous retrouvons pour la 9ème édition de cette newsletter pour vous partager mes aventures et mes réflexions sur des thématiques qui me passionnent :

L’humain | Le changement | Le vivant

Si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez me suivre sur LinkedIn et sur Instagram

Je voyage un an en Europe et en Asie, explorer les dynamiques de transformation qui accompagnent l’humain dans une transition profonde vers une société consciente et vivante.

  • Quelques news (📍Actuellement au Danemark)

  • Thème du mois : Les narratifs sociétaux qui nous façonnent

  1. Les récits collectifs : Des histoires dont nous sommes les acteurs et actrices

  2. Un regard critique : Une posture indispensable à adopter de nos jours

  3. Imagination et réalité : Un duo gagnant pour bâtir des récits différents

  • Instant Slow #10

C’est parti ! 👇

J’ai l’impression de vous avoir envoyé des nouvelles depuis pas si longtemps, pourtant le temps passe vite et ça fait déjà un mois.

  • J’ai passé plus de deux semaines à Berlin et c’était surprenant sur plusieurs aspects.

    Surprenant par rapport à un nouveau rythme que j’ai trouvé. Surprenant par les découvertes et les expositions passionnantes que j’ai faites. Surprenant par les rencontres et les moments partagés. Surprenant par la culture et l’atmosphère qui rend Berlin unique.

  • J’ai participé à l’évènement EYE Berlin, regroupant plus de 1500 jeunes d’Europe et hors-Europe. Ces deux jours tournaient autour du sujet des élections européennes, mais aussi, des sujets de la démocratie, de l’engagement, du climat et j’en passe.

  • J’ai pris la route en direction du Danemark. Sur le chemin, nous avons pris le ferry et devinez quoi ? J’ai vu mon premier dauphin sauvage ! Ça m’a suffi pour être émerveillée durant tout le chemin.

Qui n’a pas déjà été embarqué par une histoire que l’on nous racontait avec entrain ?

Les histoires - un terme qui nous ramène souvent à notre enfance. Ces soirs avant de nous couher avec maman ou papa, ces moments hors du temps pendant lesquels nous ne faisons qu’un avec le livre que nous avons entre nos mains.

Les histoires baignent notre enfance. Toutefois, elles ne se limitent pas à cette période de vie. Bien au contraire. Au-delà de nous faire voyager ponctuellement dans d’autres univers, elles créent également l’univers dans lequel nous vivons. Elles créent notre réalité.

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, leur pouvoir est immense. Nous, petits êtres-humains, nous faisons partie d’une histoire bien plus grande que nous et bien particulière. Une histoire partagée. Une histoire choisie. Une histoire à double sens, qui nous façonne en profondeur et que nous façonnons à notre tour en la rendant réelle.

Cependant, cette histoire est bien plus complexe que celles que nous connaissons dans les livres. Elle est bien différente. C’est pourquoi le terme approprié n’est pas histoire, mais “récit” ou bien “narrative” en anglais.

Avatar, Sex Education, Dune, Casa de Papel… Quatre exemples de récits qui, en une fraction de seconde, nous projettent dans des univers à la fois différents et similaires sur certains aspects. Quatre exemples de récits qui influencent notre vision de la société de manière indirecte, qui influencent notre réalité.

Les histoires font partie de nos vies depuis toujours, qu’elles soient intimes ou bien partagées, qu’elles soient réelles ou bien fictives.

Une histoire est la description d’évènements imaginaires ou réels. Cette définition la différencie donc de celle du “récit” - ce phénomène qui régit nos sociétés depuis des milliers d’années. En effet, un récit relève du choix et non seulement de la description. Il peut donc exister plusieurs récits pour une même histoire.

Un récit correspond au COMMENT nous choisissons de raconter une histoire.

Les récits collectifs nous permettent de créer des fondations communes au sein d’une même communauté. Ils nous donnent les clés pour une identité partagée. Ils sont le fruit d’une vision qui porte des individus et un groupe vers l’avenir. Les récits font appel à l’imagination et aux rêves. Ils intègrent naturellement des croyances et des positionnements. Ils façonnent notre vision du monde, nos comportements, nos relations…

Les récits ont le pouvoir de fédérer grâce à :

  • Une technique de storytelling à travers laquelle les auteurs vont décrire des évènements, des expériences ou des détails selon leur point de vue.

  • Une histoire structurée, porteuse de sens qui rassemble des évènements, des émotions et des faits d’une manière cohérente.

En effet, les ingrédients fondamentaux d’un récit se comptent sur les doigts d’une main :

  1. La sélection : Isoler certains éléments significatifs d’une histoire

  2. L’attente sociale : Adapter le récit aux prédispositions de l’audience visée

  3. L’intégration de schémas connus : Assimiler l’inconnu au connu et retirer les éléments trop éloignés

  4. La diffusion : Suivre la structure traditionnelle du storytelling pour pouvoir être diffusé largement

(Source : Workshop Narrative Change Academy)

D’autre part, au-delà d’incarner une certaine perspective ou objectif, un récit n’est pas nécessairement vrai et éternellement adapté à la réalité présente.

Ces limites fondamentales mettent ainsi en lumière, à quel point les récits ont un pouvoir immense de création et de cohésion, mais également de destruction et de séparation. Telles deux faces d’une même pièce.

Aujourd’hui, les récits collectifs qui régissent notre société capitaliste ne sont plus adaptés aux conditions que nous connaissons. Ces récits sont basés sur des valeurs qui ont sûrement permis le “progrès” à une certaine période, mais qui conduisent aujourd’hui aux maux de notre siècle. Basés sur l’exploitation de la nature, la compétition, ou encore la peur, ces récits sont porteurs de division, de crises, d’inaction et d’inégalités grandissantes.

En général, nous avons la profonde impression d’être impuissants face aux enjeux tant climatiques que sociaux. Nous avons la sensation d’être pris dans une boucle sans fin, dans un cercle vicieux qui nous mène à notre perte.

Toutefois, dès que l’on fait un pas de côté, nous nous rendons compte que nous essayons coute que coute de rester cohérents avec les récits dans lesquels nous évoluons depuis des années. Un récit qui raconte une histoire avec un certain point de vue, certaines croyances et partis pris. C’est à la fois, une triste nouvelle et une information plus qu’enthousiasmante. Cela signifie que nous ne sommes pas emprisonné dans une cage dont on ne peut sortir et qui touche le fond, mais que nous pouvons décider de créer d’autres récits porteurs de sens et incarnant des valeurs fortes comme la joie et la coopération.

Dans leur structure, les récits intégrent des schémas. Des schémas, qui, lorsqu’ils ne sont pas conscientisés, se reproduisent à travers le temps. Par exemple, celui de la violence ou de la technologie comme solutions presqu’uniques à l’évolution de l’humanité, ou celui des relations longues, exclusives et hétérosexuelles comme seules possibilités à l’épanouissement amoureux.

Si nous souhaitons en co-créer de nouveaux récits, il est donc indispensable, dans un premier temps, de les rendre visibles en mettant des mots dessus. Ensuite, il nous sera plus facile de les questionner pour en comprendre les tenants et aboutissants.

Souvent, nous savons ce que nous ne voulons pas, mais pas ce que nous voulons.

Une fois l’esprit critique aiguisé pour reconnaitre les schémas et les croyances sur lesquelles nos récits sociétaux actuels sont bâtis, le défi se trouve dans la co-création de récits alternatifs. D’autant qu’avant de devenir un récit collectif, un récit émerge à une toute petite échelle et fait progressivement tache d’encre.

Alors, par où commencer ?

Selon la Narrative Change Academy, commencer à créer un récit passe par :

  • Reconnaitre les préoccupations légitimes de l’audience visée

  • Bâtir, dès le début, la création sur des valeurs partagées, positives et fédératrices

  • Se concentrer sur l’émotion et surtout sur des histoires vraies basées sur l’expérience

Je crois profondémment dans le pouvoir du storytelling qui provient d’expériences vécues. - Alice Priori

  • Mener le travail avec des messages positifs, orientés-solution et cohérents

  • Écouter, poser des questions ouvertes avec la seule intention de mieux comprendre et non de convaincre.

Lancer une dynamique de création de récits est déjà un acte d’engagement fort.

En effet, par la posture de questionnement et de co-création, nous devenons alors acteur et actrice actifs du présent et de l’avenir. Au delà du fait que cela demande du temps, de l’énergie, de la créativité, du dialogue… nous prenons position en changeant notre approche et notre perception de la société.

“The five Shifts of the Hope-Based Approach” synthétise clairement le changement d’approche nécessaire pour bâtir et incarner de nouveaux récits pour une société juste et intégrée au vivant. Cette grille de lecture est très utile pour transformer un récit mainstream en un récit positif et engageant au service d’une société que nous souhaitons créer.

  1. Identifier un sujet de société qui vous touche particulièrement ;

  2. Répondez aux questions inscrites dans chaque case de la première colonne à propos de ce sujet ;

  3. Ensuite, transformez vos réponses de la première colonne, en vous posant les questions inscrites dans la seconde colonne ;

  4. Une nouvelle vision et un récit enthousiasmant commence à se dessiner …

Le rêve se cultive. Rêver ne signifie pas être utopiste et Bisounours. Bien au contraire, c’est l’incarnation d’une confiance et d’une volonté d’avancer. Cela s’applique encore plus, lorsque l’on parle de récits. En effet, pour qu’un récit puisse émerger au sein d’un groupe pour être diffusé par la suite, il y a un art du récit à respecter, à rendre vivant et à teinter de votre empreinte. Cet art commence par le rêve, pour ensuite créer un duo avec la réalité.

Un récit doit être à la fois émotionnellement engageant et compréhensible.

La mise en pratique peut se faire soit en parallèle du travail de co-construction, soit sous un format d’itérations courtes, soit les deux en même temps. Car oui, nous sommes les bâtisseurs et bâtisseuses de ces récits. C’est en expérimentant des modes de vie alternatifs, en rendant concret des rêves, que nous pouvons avancer dans notre réflexion et diffuser d’autres manières de percevoir notre société et de vivre en son sein.

En rendant palpable des récits alternatifs, l’inspiration devient concrète et inspire réellement. Par exemple, lors des sessions de Q&A de plusieurs interventions auprès d’étudiants, Barack Obama alternait entre une question posée par une femme et une posée par un homme. Il ne dérogeait jamais à la règle. Si après la question d’un homme, il n’y avait pas une femme qui lever la main pour enchainer, il attendait jusqu’à ce qu’une femme prenne la parole. Nous pouvons penser ce que nous voulons à propos de cette pratique. Toutefois, à travers cette posture concrète, Barack Obama incarnait une valeur forte en lien avec ses convictions : la valeur d’égalité homme-femme en créant un espace d’expression égalitaire.

En incarnant un autre récit dans notre quotidien, nous permettons à autrui d’observer que des visions différentes sont possibles dans la réalité. C’est comme observer quelqu’un faire marcher une machine qui distribue des tickets de bus après y être passé vous-même, sans succès. Vous constastez que c’est possible, puis essayer de nouveau.

L’inspiration fonctionne de la même manière. Écouter, dialoguer et observer sucite à la fois l’intéret, mais aussi l’espoir et la confiance qu’une alternative est possible.

Un récit est donc engageant lorsqu’il est émotionnel, équilibré entre vision et réalité, compréhensible et personnalisé. Pour couronner le tout, une attention particulière est essentielle : garder un lien avec le récit “mainstream” en intégrant certains schémas de celui-ci au sein du récit alternatif, pour avancer pas à pas et progressivement s’orienter vers ce nouveau récit.

La radicalité d’aujourd’hui est la nuance. - David Diaz.

Hertmut Rosa, philosophe moderne allemand, a justement mis en lumière ce changement radical de perception de l’avenir qui a eu lieu en une cinquantaine d’année. A l’époque, les parents espéraient pour leurs enfants aient une vie meilleure que la leur. Aujourd’hui, berçés par un monde complexe qui connait des problématiques sociétales structurelles et qui s’accroche à un récit basé sur la peur, les parents espèrent que leurs enfants arrivent à garder à minima la même situation qu’ils ont réussi à atteindre. C’est un symtôme flagrant qui illustre cette perte de perspectives et d’espoir.

Il nous appartient donc, d’oser rêver et d’oser nous demander ce que l’on veut vraiment pour notre avenir. À quoi ressemble la société dans laquelle nous souhaitons vivre, pour nous et les générations futures ? C’est en sachant vers où nous souhaitons aller, que nous sommes en mesure de marcher, un pas après l’autre, sur le chemin qui nous y amène, avec enthousiasme et espoir.

Cette posture et cet engagement s’appliquent à la fois à l’échelle individuelle de notre vie, à l’échelle d’une communauté ou encore, à l’échelle transverse de notre société. Nous avons indiscutablement, besoin de cette joie et de cet espoir pour construire une nouvel ère enthousiasmante, juste et intégrée au vivant.

Alors, allons-y ! Osons rêver et incarner une autre société !

Quels seraient les trois éléments fondateurs de votre récit de société ?

On se retrouve début juin pour une édition qui sera teintée de mon arrivée en Thaïlande. D’ici là, prenez soin de vous 🤗

Justine 🙋

J’espère que cette édition vous a plu.

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