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Mon Pas de Côté · May 18, 2026

Atelier du lundi · Le coût de "rester"

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Ondine, Psychologue · Mon Pas de Côté

Bienvenue dans l’Atelier du lundi,

La semaine dernière, je vous proposais d’observer votre boussole intérieure (disponible ici => Atelier du lundi #1).

Certain.e.s d’entre vous m’ont écrit pour me partager ce que l’exercice avait fait remonter. Une phrase est revenue plusieurs fois, sous des formes différentes :

“J’ai vu où elle pointait.
Et c’est ça qui me fait peur.”

C’est précisément à cet endroit que j’aimerais m’arrêter aujourd’hui.

Prendre en considération sa boussole intérieure ne signifie pas forcément agir tout de suite. En effet, la première question à se poser est la suivante :

Y a-t-il un caractère d’urgence à bouger ?

La réponse est souvent non. En revanche, c’est tout de même un signal à prendre en compte : il devient nécessaire de mettre du mouvement quelque part, à l’intérieur ou à l’extérieur.

Quand on envisage un changement, une reconversion, une séparation, un déménagement, une vie plus alignée, on liste souvent les mêmes choses :

  • Le risque de se tromper

  • Le regard des autres

  • L’argent

  • La logistique

  • Les enfants

  • Le confort ou la sécurité que l’on perdrait

On pèse le pour et le contre. On réfléchit longuement.

Et le plus souvent, on finit par ne pas bouger. Car cela nous épuise rien que d’y penser.

En revanche, une question que l’on se pose rarement est la suivante :

Qu’est-ce que cela me coûte de rester ?


Pas le “je vais finir aigri.e à 70 ans” qu’on agite parfois pour se faire peur, mais le coût réel, quotidien, mesurable, de ne pas faire ce mouvement.

Il s’agit du prélèvement silencieux qui se fait sur des aspects de notre vie devenus tellement discrets que nous les avons presque oubliés.

Crédit photo : Ondine Peyron-de Saint André · NYC 2019

Le sociologue Zygmunt Bauman parlait de “vie liquide” pour décrire notre époque : un monde où les formes stables se défont vite, où les repères bougent, où les trajectoires ne sont plus linéaires, où rien ne reste longtemps figé.

Dans un tel monde, ne pas bouger n’est pas neutre. Cela peut être un acte de rébellion face à ce bruit ambiant ou bien un signal de l’épuisement d’être sans arrêt en train de courir après… mais après quoi finalement ?

Notre cerveau perçoit la perte plus intensément que le gain équivalent.

Bouger, c’est perdre quelque chose de connu.

“On sait ce que l’on perd, on ne sait pas ce que l’on va trouver.”

Les chercheurs en sciences comportementales ont nommé ce mécanisme : le biais du statu quo (Samuelson & Zeckhauser, 1988). Face à une décision, notre cerveau accorde au fait de rester une prime que rien ne justifie, sinon qu'il est déjà là. Le statu quo n'est pas vécu comme un choix, il est vécu comme l'absence de choix.

Et c'est précisément cette illusion que l'exercice qui suit vient déranger : transformer un non-choix en choix conscient. Non pas pour vous pousser à bouger, mais pour vous rendre l'accès à la décision.

Et ce n'est pas qu'une affaire intérieure : le statu quo est aussi récompensé de l'extérieur, par les conjoints qui préfèrent qu'on ne change pas, par les employeurs qui valorisent la fidélité, par les familles qui se sont organisées autour de votre fonction, par les normes qui font qu'une femme qui part dérange plus qu'un homme qui s'installe.

Vous ne portez pas seulement votre propre poids.

Avant de faire les comptes, nommons la croyance qui les maintient invisibles.

Quand j’écoute en consultation ce qui empêche réellement les individus de regarder le prix de leur statu quo, je retrouve souvent la même déclaration, formulée de mille manières :

“La vie a un coût.
Pour avoir ma place, je dois payer ma part.
C’est comme ça.”

C’est un système de fonctionnement intégré parfois très tôt, parfois même la parole.

En Analyse Transactionnelle, on parle d’injonctions. Ces interdits silencieux reçus dans l’enfance peuvent prendre des formes différentes selon les familles, mais sonnent souvent ainsi :
”N’aies pas d’importance.”
”Ne pense pas.”
”Mérite ta place.”
”Ne grandis pas.”
”Ne dérange pas.”
”Ne sois pas “trop”.”

L’Enfant que vous avez été a parfaitement entendu ces messages.

Il les a intégrés parce qu’à l’époque, il n’avait pas vraiment le choix.

“Si je veux être aimé.e, je dois mériter ma place et faire des efforts.”
”Si je veux être en sécurité, je me tais et je fais plaisir.”
”Si je ne veux pas me retrouver seul.e, je reste et je suis fort.e.”

Ce sont des exemples non exhaustifs, évidemment.

C’était adaptatif à l’environnement à ce moment-là.

C’est précisément ce qui a permis à cet Enfant de traverser ce qu’il avait à traverser, et d’arriver jusqu’à vous, aujourd’hui.

Mais cet Enfant est devenu l’Adulte qui lit cette lettre aujourd’hui.

Et le contexte, l’environnement a changé.

=>Vous n’êtes plus en danger si vous arrêtez de faire plaisir.

=> Vous ne serez pas abandonné.e ou ne finirez pas seul.e si vous vivez votre propre vie.

=> Vous n’avez plus à mériter votre place dans le monde.

Ce que vous appelez parfois “hésitation” est souvent une loyauté invisible.

Une loyauté envers une ancienne manière de survivre. Un ancien système de fonctionnement interne qui n’a certainement plus lieu d’être.

Une sorte de loyauté envers un “contrat” que vous n’avez pas choisi consciemment mais que vous continuez peut-être de renouveler.

L’exercice qui suit n’est donc pas une simple “fiche comptable”.

C’est une occasion d’aller voir ce système et de peut-être, en sortir de façon définitive.

Je vous invite à prendre une feuille de papier. Le papier oblige à ralentir. Il empêche de supprimer trop vite, de reformuler pour faire joli et aussi, il permet de se couper de toutes les applications hyper utiles de notre quotidien.

Tracez cinq blocs, ou cinq paragraphes.

Chacun correspond à un “compte” sur lequel quelque chose est prélevé en ce moment, dans cette vie que vous menez et qui vous fait douter.

L’idée n’est pas d’être exhaustif.ve, mais d’écrire ce qui vient en premier, de façon automatique.

Avant de commencer, je vous invite à aller chercher une boisson, à la déposer devant vous à côté de votre carnet et de vos stylos, de couper toute source de distraction, vous pouvez même allumer une bougie si cela vous inspire. Et puis, je vous propose de bien installer vos pieds au sol, de prendre conscience de votre corps dans son ensemble depuis vos orteils jusqu’au sommet de votre crâne, de prendre quelques respirations profondes et de prendre contact avec vos cinq sens : observez votre environnement, respirez les odeurs, sentez la température et la texture de vos vêtements, écoutez le bruit autour de vous et buvez une gorgée de votre boisson.

Maintenant, vous êtes prêt.e, c’est parti !

Read the original on monpasdecote.substack.com

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