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MoneyRadar · Aug 18, 2026

Le Coup de poker de Nvidia

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MoneyRadar · MoneyRadar

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    Ceci est une collaboration commerciale. L’investissement dans les métaux précieux comporte des risques de fluctuation des cours et de perte en capital.

Au programme cette semaine :

  • 📚 Le récap des marchés financiers et crypto

  • 📊 Analyse de Amkor Technology (AMKR)

  • 🎁 Le coup de poker de Nvidia

  • 📺 La vidéo de la semaine

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Les performances passées ne garantissent pas les performances futures. Investir comporte des risques, notamment de perte partielle voire totale du capital investi.

Wall Street navigue en ordre dispersé. Le S&P 500 grappille +0,36% sur la semaine à 7 785 points, le Nasdaq avance de +0,14% à 26 729 points, le Dow Jones recule de -0,56% à 53 732 points. L'inflation de juillet ressort à +3,4% sur un an, les ventes au détail chutent de -0,6% et le moral des ménages tombe à 51 points.

Le CAC 40 recule de -0,66% à 8 580 points, plombé par le luxe après des ventes au détail chinoises décevantes (+0,6% contre +1,5% attendu). Le DAX cède près de -0,9% sur la semaine à 26 339 points, tout juste sous son record historique, pendant que l'Euro Stoxx 50 recule de -0,19% à 6 527 points, à quelques encablures de son pic historique.

Le Nikkei repasse les 69 000 points (+506 points), 5e séance de hausse d'affilée, porté par l'IA et les semi-conducteurs, malgré un PIB japonais décevant (+1,1% annualisé). En Chine, le PIB ralentit à +4,3% sur un an : l'industrie tient (+5,3%) mais la consommation patine (+1,0%) et l'immobilier plonge (-18%).

L'or grimpe à 4 385 $ l'once (+0,99% sur la semaine). Le Brent gagne près de 1% à 89,20 $ le baril, les tensions autour du détroit d'Ormuz relançant les craintes sur l'offre.

Le Bitcoin recule de -3,1% à 63 413 $, l'Ethereum cède -1,8% à 1 895 $. Les analystes restent divisés sur la fin du marché baissier.

  • 19 août : publication des minutes de la Fed (FOMC)

  • 20 août : compte-rendu de la dernière réunion de politique monétaire de la BCE

  • 21 août : indices PMI flash en zone euro, en France, en Allemagne et aux États-Unis

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📦 Amkor est le numéro deux mondial de l’assemblage et du test de semi-conducteurs, un maillon discret mais essentiel de toute la chaîne des puces IA.

📈 Au T2, l’entreprise vient d’afficher un chiffre d’affaires record et un doublement de sa marge opérationnelle.

🎯 La note de l’action est repassée de “Conserver” à “Achat”, avec un objectif de cours de 72 $, le marché ayant sanctionné le titre au-delà du raisonnable.

Amkor Technology est l'un des plus grands sous-traitants mondiaux dans l'assemblage et le test de semi-conducteurs, ce que l'industrie appelle un "OSAT". Concrètement, l'entreprise découpe, encapsule, interconnecte et teste les puces conçues par d'autres : des géants fabless comme Qualcomm, ou plus largement tous les fabricants qui préfèrent externaliser cette étape critique et coûteuse de la production. Fondée en 1968 à Philadelphie, la société a depuis installé son siège à Tempe, en Arizona, et emploie environ 31 000 personnes sur des sites dans huit pays, dont la Corée du Sud, Taïwan, le Japon, la Chine, le Portugal et les Philippines. En 2022, elle affichait un chiffre d'affaires de 7,1 milliards de dollars, ce qui en fait le numéro deux mondial du secteur derrière le taïwanais ASE Technology. Amkor mise désormais sur le "packaging avancé", la technique qui permet d'empiler plusieurs puces ensemble et qui est devenue essentielle pour les processeurs IA les plus puissants.

Une usine de 2 milliards de dollars est en construction en Arizona en partenariat avec TSMC.

Le dernier trimestre a marqué un vrai tournant. Amkor a enregistré un chiffre d’affaires record de 1,90 milliard de dollars, avec une marge brute étendue à 16,8%. La marge opérationnelle, ce qui reste une fois toutes les charges payées, a doublé pour atteindre 10,5%, signe que l’entreprise commence enfin à faire fructifier ses investissements passés. La suite s’annonce du même acabit, pour le trimestre en cours, la direction table sur une marge brute entre 18,5% et 19,5% et un bénéfice par action entre 0,72 $ et 0,82 $. La dynamique de marges ne serait donc pas un feu de paille, mais bien une tendance qui se prolonge.

Deux bémols cependant. La trésorerie disponible reste négative et la dette continue de grimper. Deux points de vigilance à garder en tête, même si l’entreprise mise sur ses partenariats stratégiques dans le packaging avancé pour soutenir sa croissance.

La note sur le titre est récemment repassée de “Conserver” à “Achat”, avec un objectif de cours de 72 $.

L’effet de levier opérationnel (l’idée que la rentabilité s’améliore plus vite que le chiffre d’affaires une fois qu’une certaine taille est atteinte) n’est plus une simple hypothèse, mais une réalité chiffrée, confirmée par les prévisions du trimestre suivant.

Le titre a aussi davantage reculé que ne le justifiaient les fondamentaux du dossier, ce qui laisserait un potentiel de rattrapage vers l’objectif de 72 $. Cela dit, la trésorerie négative et la dette croissante restent à surveiller et il faut noter que les partenariats dans le packaging avancé sont un pari sur l’avenir, pas une garantie.

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Un lundi d’août, Nvidia a fait une annonce qui aurait dû faire bondir son action.

Au lieu de ça, le titre a chuté de près de 4%.

L’entreprise venait pourtant de dévoiler l’un des montages financiers les plus ambitieux jamais tentés dans la tech : un accord avec six des plus grands gestionnaires d’actifs de la planète (parmi lesquels BlackRock, KKR, Blackstone et Goldman Sachs) pour réunir 500 milliards de dollars destinés à financer la construction de data centers et l’achat de puces IA.

Le même jour, la chambre de compensation CME annonçait le lancement, dès octobre, de contrats à terme sur la puissance de calcul Nvidia, comme s’il s’agissait de pétrole ou de blé. Deux annonces, un seul objectif : convaincre Wall Street que posséder un GPU Nvidia, c’est posséder un actif financier solide. Le problème, c’est que cette conviction repose sur un point que personne ne veut trop regarder en face : les puces, elles, vieillissent et perdent de la valeur.

Ce financement à 500 milliards est une prouesse d’ingénierie financière.

Sur le papier, le mécanisme est simple : les gestionnaires d’actifs prêtent de l’argent aux clients de Nvidia (hyperscalers, “neoclouds”, start-ups d’IA) pour qu’ils achètent davantage de data centers et de puces. Mais dans le détail, presque rien n’est fixé. Il ne s’agit à ce stade que de simples lettres d’intention, pas de contrats signés, et Nvidia a déjà un précédent en la matière : un accord similaire annoncé en fanfare avec OpenAI avait fini, six mois plus tard, par se transformer en un montage radicalement différent de celui présenté au départ.

Ce qui inquiète surtout les investisseurs, c’est la mécanique de fond. Nvidia prête, indirectement, de l’argent à ses propres clients pour qu’ils lui achètent des puces. La main gauche paie la main droite. Jensen Huang a beau assurer que ce financement fait appel à un “capital institutionnel indépendant” et que “la demande est réelle”, il ne dit à aucun moment que ce circuit n’est pas circulaire. Et pour cause, car Nvidia devrait fournir une forme de garantie sur une partie de ces 500 milliards. Les indices évoquent une couverture d’environ 25% face au risque de dépréciation. Autrement dit, une bonne partie de cette somme astronomique est, dans les faits, une dette que Nvidia porte elle-même, sans qu’elle apparaisse comme telle à son bilan, un beau tour de magie.

La deuxième trouvaille de notre cher Jensen, ce sont les “contrats à terme sur le calcul”. Pour mieux comprendre il faut aller jeter un coup d’oeil du côté de la Bourse de Commerce de Chicago (la place mondiale d’échange de matières premières), et de la CME, la société qui gère les marchés à termes sur cette bourse, et de leur histoire respective.

Au printemps 1875, quelque part au fin fond du Kansas, un fermier a un problème qui n’a rien à voir avec la météo ou les criquets. Il sait cultiver le blé, mais il ignore ce que sa récolte vaudra en septembre. Or la différence entre un bon prix et un mauvais, c’est la différence entre rembourser son emprunt de semences et mettre la clé sous la porte.

Il se rend donc en ville et conclut un accord avec l’acheteur de céréales.

À la récolte, il livrera son blé au prix d’aujourd’hui.

Une poignée de main suffit. En septembre, deux scénarios sont possibles. Si les prix ont grimpé, le fermier livre au prix convenu et regarde ses voisins vendre plus cher, ce qui pique. Si les prix ont chuté, il livre au même prix et regarde ses voisins essuyer la perte, ce qui, cette fois, ne pique pas du tout.

Dans les deux cas, il connaissait son chiffre depuis le printemps. Il a semé, emprunté et embauché sur la base d’un fait, et non d’un pari. C’est toute l’idée des marchés à terme. Tout ce qui a suivi, les chambres de compensation, les bureaux de swaps, les indices de règlement, n’est jamais que la plomberie construite autour de cette poignée de main. On renonce à un gain exceptionnel en échange d’une certitude, et on le fait volontairement, parce que le métier, c’est de cultiver du blé, pas de deviner son prix.

Un siècle plus tard, les compagnies aériennes ont compris la même chose à propos du kérosène. Le carburant représentait le tiers de leurs coûts d’exploitation et fluctuait au gré de chaque réunion de l’OPEP, ce qui rendait la tarification d’un billet aussi fiable que de la divination. Les transporteurs qui ont appris à verrouiller leurs prix à l’avance n’ont pas battu le marché tous les ans. Southwest Airlines avait ainsi sécurisé son carburant autour de 51 $ le baril en 2008, pendant que ses concurrents payaient le prix spot alors que le pétrole grimpait jusqu’à 147 $. La leçon n’était pas que Southwest savait prédire le pétrole, personne ne le peut, mais qu’elle avait décidé, des années plus tôt, qu’elle préférait exploiter une compagnie aérienne plutôt que parier sur le cours du brut.

Gardez ce fermier et cette compagnie aérienne en tête, parce que c’est exactement ce que Nvidia veut faire, ces fameux “contrats à terme sur le calcul”.

L’idée est de transformer la puissance de calcul d’un GPU en une matière première standardisée et échangeable, à l’image du pétrole, de l’or du blé ou de l’électricité. Le premier contrat portera sur les H100, des puces de Nvidia, et représentera un mois de location de cette puce.

Sauf qu’une matière première digne de ce nom doit remplir une condition de base, un marché suffisamment large et divers pour qu’aucun acteur ne puisse à lui seul fixer les prix.

C’est le cas pour le pétrole, car même les pays de l’OPEP ne contrôlent pas la totalité de l’offre mondiale. Pour le calcul IA, il n’existe qu’un seul fournisseur qui compte vraiment.

C’est Nvidia qui fixe le prix de ses puces, Nvidia qui décide du rythme auquel de nouveaux modèles arrivent sur le marché, et donc Nvidia qui, in fine, dessine la courbe des prix à terme de son propre produit. Une matière première dont le vendeur contrôle à la fois l’offre et le prix n’est plus vraiment une matière première, c’est un monopole qui a revêtu les habits d’un marché libre.

C’est là que les deux annonces se rejoignent, et c’est là que réside le vrai pari. Pour que 500 milliards de dollars de dette tiennent la route, il faut des garanties. Et depuis toujours, les prêteurs répètent la même chose aux “neoclouds” qui viennent frapper à leur porte, un GPU ne vaut rien comme garantie, parce qu’il se déprécie vite.

Une puce achetée aujourd’hui vaut nettement moins dans trois ans, remplacée par un modèle plus rapide et plus économe. En qualifiant ses puces d’”actif investissable” et en poussant Wall Street à les coter comme une matière première, Nvidia tente précisément de renverser cette perception, et faire passer un objet technologique qui se déprécie pour une réserve de valeur qui s’échange et se couvre comme de l’or noir.

Jensen Huang a d’ailleurs un argument à faire valoir sur ce point, grâce aux mises à jour logicielles, un GPU plus ancien produit aujourd’hui davantage de résultats qu’il y a un an. Mais cela ralentit la dépréciation, cela ne l’annule pas. Et l’histoire regorge de précédents qui devraient inciter à la prudence : à la fin des années 1990, l’équipementier télécoms Lucent avait rassuré ses actionnaires en affirmant financer lui-même la demande de ses clients pour écouler son carnet de commandes, jusqu’à ce que ces clients fassent faillite et que le fameux carnet de commandes ne vaille plus rien. À la même époque, Enron avait tenté de transformer la bande passante internet en matière première échangeable, un pari qui s’est effondré dès que l’offre a explosé et que les prix se sont écroulés.

Rien de tout cela ne signifie que l’IA est vouée à s’effondrer, ni que Nvidia raconte n’importe quoi. La demande de calcul est bien réelle, et l’entreprise a une vraie longueur d’avance technologique que ses concurrents n’ont pas réussi à entamer.

Mais que se passe-t-il le jour où l’offre de calcul dépasse la demande, où les hyperscalers ont épuisé leur capacité d’endettement, et où ces garanties de rachat, ces “backstops”, tombent toutes en même temps que les marges de Nvidia se contractent ?

Dans ce scénario, ce ne sont plus seulement les actionnaires de Nvidia qui encaissent le choc, mais aussi les six gestionnaires d’actifs qui viennent d’engager leur crédibilité, et le capital de leurs propres clients, sur cette promesse.

Une matière première qui a besoin d’un marché à terme pour exister en tant que telle, c’est une matière première qui manquait jusque-là de la confiance spontanée des prêteurs. Le jour où le calcul IA se comportera vraiment comme du pétrole ou de l’or, c’est-à-dire un actif que n’importe quel prêteur accepte sans discuter comme garantie, personne n’aura plus besoin de le rappeler dans un communiqué de presse.

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