Les Décisions • Dossier d’été
À l’approche de septembre, on pense souvent à reprendre le contrôle.
On regarde l’agenda : les rendez-vous qui arrivent , les choses à réserver, les habitudes à remettre en place, les mails à traiter, les inscriptions à faire, les projets à relancer, la maison à remettre en ordre, le corps à reprendre en main… La rentrée devient vite une immense surface d’organisation.
Et parfois, ça rassure.
Parce qu’un agenda donne l’impression que tout peut être repris par cases. On déplace, on prévoit, on anticipe, on découpe la vie en semaines visibles. On se dit qu’avec un peu plus de structure, un peu plus de discipline, un peu plus de clarté, les choses iront mieux.
Mais il y a une question que l’agenda ne pose jamais.
Est-ce que cette vie que je suis en train d’organiser me ressemble encore ?
C’est une question beaucoup plus lente. Beaucoup moins pratique. Et pourtant, avant la rentrée, c’est peut-être celle qui compte vraiment.
Un agenda peut montrer que tes semaines sont pleines. Il peut montrer où tu dois être, à quelle heure, avec qui, pour quoi faire. Il peut révéler les périodes chargées, les trous, les urgences, les engagements que tu as pris.
Mais il ne dit pas toujours dans quel état tu traverses ta propre vie.
Il ne montre pas ce qui te nourrit vraiment. Ce qui t’éteint doucement, ce que tu fais par choix et ce que tu continues par inertie. Il ne montre pas les moments où tu es présente, ni ceux où tu accomplis simplement ce qui est prévu. Il ne dit pas si ton quotidien a encore de la place pour le désir, la joie, le repos, l’amitié, le corps, la créativité, le sens.
C’est pour cela qu’un bilan de rentrée peut être trompeur quand il se limite à l’organisation.
On peut parfaitement réorganiser une vie qui ne va plus. Mieux planifier ce qui fatigue, clarifier ce qui étouffe. Optimiser ce qui éloigne de soi. On peut rendre très efficace une année qui, au fond, ne répond pas aux bonnes questions.
Et c’est peut-être l’un des grands pièges des femmes qui ont l’habitude de tenir beaucoup de choses : elles savent faire fonctionner leur vie, même lorsqu’elles ne savent plus très bien si elles l’habitent encore.
Elles savent ajuster.
Prévoir.
Répartir.
Prendre sur elles.
Trouver une solution.
Faire tenir l’ensemble.
Mais faire tenir une vie n’est pas la même chose que la vivre.
Quand on parle de bilan, on pense souvent aux résultats.
Ce qui a été fait, ce qui ne l’a pas été. Ce qui a avancé vs ce qui a échoué. Ce qu’il faudrait reprendre… On regarde la vie comme une série d’objectifs plus ou moins cochés, comme si l’essentiel était de savoir si l’on a été à la hauteur du plan prévu.
Mais une vie ne se résume pas à ce qu’elle produit.
Un vrai bilan de vie ne commence peut-être pas par qu’est-ce que j’ai réussi ? Il commence plutôt par des questions plus inconfortables : où est-ce que je me sens encore vivante ?
Où est-ce que je me sens absente ?
Qu’est-ce que je continue à porter alors que cela ne me correspond plus ?
Qu’est-ce que je protège par habitude, alors que je n’y crois plus vraiment ?
Ces questions changent tout, parce qu’elles déplacent le regard.
Elles ne demandent pas si tu as assez fait → elles demandent ce que ta vie te fait.
Elles ne cherchent pas à mesurer ta performance → elles cherchent à comprendre ton degré de présence.
Elles ne te demandent pas d’être plus efficace → elles t’invitent à regarder si ce que tu t’apprêtes à reprendre en septembre mérite vraiment d’être repris tel quel.
C’est un basculement important.
Le problème n’est pas toujours que ta rentrée manque d’organisation. Le problème, c’est parfois que tu t’apprêtes à organiser très sérieusement une vie que tu n’as pas pris le temps d’interroger.
Et cette différence peut tout changer. Parce que l’on peut avoir besoin d’un planning. Mais on peut aussi avoir besoin d’honnêteté.
La roue de la vie peut être utile, à condition de ne pas la transformer en bulletin de notes.
L’idée n’est pas de te mettre une mauvaise note en couple, en travail, en corps, en finances, en amitié, en famille, en énergie, en plaisir, en spiritualité, en santé mentale ou en rapport au temps. L’idée n’est pas non plus de regarder ta vie comme un tableau à corriger.
L’intérêt de cet outil de coaching, c’est plutôt de voir où quelque chose est vivant, et où quelque chose s’est éloigné.
Dans certains domaines, tout peut sembler fonctionner extérieurement, mais te laisser intérieurement vide. Dans d’autres, il peut y avoir du désordre, mais aussi de la vérité, de l’élan, de la présence. Il y a des endroits de ta vie qui demandent peut-être moins d’effort que tu ne le crois. Et d’autres qui continuent à prendre énormément de place parce que tu n’as jamais vraiment osé reconnaître qu’ils n’étaient plus alignés.
Faire ce bilan demande une forme de délicatesse.
Parce que l’objectif n’est pas de regarder ta vie comme une juge. C’est de la regarder comme quelqu’un qui voudrait enfin comprendre où elle s’est perdue, où elle s’est adaptée, où elle s’est oubliée, et où elle respire encore.
Tu peux regarder ton travail et te demander : est-ce que je m’y reconnais encore, ou est-ce que je tiens un rôle qui ne me ressemble plus tout à fait ?
Tu peux regarder tes relations et te demander : qui me permet d’être plus vraie, et auprès de qui est-ce que je deviens plus petite, plus prudente, plus absente ?
Tu peux regarder ton corps et ton énergie, non pour décider comment les contrôler davantage, mais pour entendre ce qu’ils essaient peut-être de te dire depuis des mois.
Tu peux regarder ton rapport au temps et te demander : est-ce que mes journées contiennent encore quelque chose qui m’appartient vraiment ?
Tu peux regarder tes désirs, même ceux qui semblent irréalistes, mal rangés, pas encore formulables. Parce qu’ils racontent souvent quelque chose d’important : non pas forcément ce que tu dois faire immédiatement, mais la direction vers laquelle une partie de toi recommence à regarder.
C’est à ça que peut servir un bilan de vie avant la rentrée.
Non pas à reprendre ta vie en main comme un projet à optimiser, mais à comprendre ce qui, dans cette vie, mérite d’être poursuivi, ajusté, protégé, ou peut-être enfin laissé derrière.
Découvrir ce que ton agenda dit de toi
Cette semaine, tu n’as pas besoin de faire le bilan de toute ta vie en une seule fois.
Choisis un seul domaine.
Celui qui revient souvent, celui que tu évites, qui te serre un peu la gorge quand tu y penses. Celui où tu réponds encore “ça va”, alors qu’une partie de toi sait que ce n’est pas toute la vérité.
Regarde-le sans chercher immédiatement une solution.
Demande-toi simplement : qu’est-ce qui est encore juste ici, et qu’est-ce qui ne l’est plus ?
Tu peux écrire quelques lignes, t’appuyer sur le Cahier de vacances Ma Cohérence si tu veux un espace guidé pour poser ce bilan autrement, sans le transformer en plan d’action de rentrée.
Tu n’as pas besoin d’avoir une réponse parfaite.
Tu as seulement besoin de ne pas repartir trop vite dans l’organisation avant d’avoir écouté ce que ta vie essaie de te dire.
Découvrir le cahier de vacances
Une rentrée ne commence pas vraiment quand l’agenda se remplit. Elle commence quand tu décides de ne plus organiser automatiquement ce qui ne te ressemble plus.
Cette édition fait partie du dossier d’été “Et si cet été tu arrêtais de faire et que tu commençais à être ?” et de la rubrique Les Décisions.
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Tu lis Ma Cohérence — un média éditorial pour les femmes qui portent beaucoup… et qui veulent arrêter de disparaître dans ce rôle.
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