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PLOUC POWER par Lumir Lapray · May 21, 2026

Hamilton Nolan : le syndicalisme, envers et contre tout

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Lumir Lapray · PLOUC POWER par Lumir Lapray

(pour honorer les régions / Etats dont je vous parle, je vous proposerai des artistes country issus de ces coins à écouter pour accompagner la lecture des articles de cette série ! On ne va pas mentir, New York n’est pas le repaire de ce genre musical, mais vous pouvez tout de même vous brancher sur Hal Ketchum - vraiment chouette - ou sur Connie Francis 💕)

Hamilton Nolan a grandi en Floride du Sud, il a été journaliste à Gawker, il couvre régulièrement les soubresauts du syndicalisme pour In These Times, écrit sur son propre site quand ca ne suffit pas... et un jour, il a décidé de ne plus seulement raconter les luttes, et de syndiquer son propre lieu de travail. Son livre, The Hammer : Power, Inequality, and the Struggle for the Soul of Labor (non traduit, désoléeee), est un tour d’horizon du mouvement syndical américain d’aujourd’hui : les grèves épiques, les bureaucraties poussiéreuses, les organisateurs brillants et les patrons corrompus. C’est une déclaration d’amour à un mouvement qui décline depuis 70 ans et qui, pourtant, porte en lui quelque chose que rien d’autre ne semble pouvoir remplacer.

Je le rencontre à New York, en avril dernier. Nous sommes installés dans un de ces petits cafés qui sert toute sorte de sandwichs et de cafés et je mets à peu près 5 minutes à choisir. Faut dire que les menus américains sont absurdes - ils font des kilomètres de long, mais ne proposent, en réalité, qu’une variété infinie d’assortiment de quelques éléments de base (bacon, oeuf, tomate, avocat… en gros). La veille, nous nous étions croisés au lancement de UNION NOW, une coalition de syndicats représentants toutes les branches, depuis les baristas de Starbucks aux livreurs Amazon, en passant par les concierges des grands hôtels New Yorkais et les éducateur.ices spécialisé.es de la Grosse Pomme. C’était fort, c’était beau, j’ai vu Bernie Sanders et Zohran Mamdani et écouté des jeunes diplômés, des immigrées latinos sans papiers, des profs à la retraite, des steward afro-américains et des mamans journalistes exiger la même chose : le droit de s’organiser pour défendre ses droits. Hamilton avait participé à l’organisation de cette journée.

Cela faisait loooongtemps que je voulais causer avec lui - j’avais lu son livre durant mon séjour à Wheeling, en Virginie Occidentale, et j’avais des tonnes de questions… Et un remerciement profond, celui de m’avoir fait découvrir Sara Nelson, présidente du syndicat des Hôtesses de l’air qui, je crois, sera une femme politique incontournable, un de ces jours 💘

Pour clarif : un “organisateur”, c’est un organisateur syndical - un organizer en Anglais. Son taff, c’est de se faire syndiquer les gens. Et de même, organiser les gens = les faire rejoindre un mouvement collectif, ici, les faire se syndiquer!

Pour commencer, très basiquement : pourquoi est-ce qu’on a besoin des syndicats ? Qu’est-ce qui justifie que ça existe encore aujourd’hui ?

Hamilton : Pour moi, les syndicats c’est comme rejoindre un gang (rires). Tu rejoins un gang parce que t’as besoin de protection, parce que t’as besoin que quelqu’un se batte pour toi. Les gens riches ont des avocats. Les gens normaux ont des syndicats. C’est quelqu’un qui va te défendre. Et dans un pays comme les États-Unis, vraiment impitoyable, où on te dit clairement que si tu galères c’est ton problème, ou il n’y a pas de régime de retraite ou d’assurance maladie, ca compte ! Tous les acquis sociaux universels que vous avez, en France, ils n’existent pas ici. Il se négocient boite par boite, employeur par employeur. C’est à ça qu’ils servent ! Mais au-delà du matériel, il y a quelque chose que les syndicats font que rien d’autre ne fait vraiment : c’est de la démocratie du quotidien. Tu votes dans les élections présidentielles et tu te sens complètement impuissant, parce que t’es pas riche et que ça ne change pas grand chose. (NB : depuis 2010 et la décision de la Cour Suprême “Citizens United”, il n’y a pas de limite dans les dépenses électorales - l’argent étant associé à la liberté d’expression, qui ne peut pas être encadrée aux Etats-Unis. Les derniers élections de 2020 ont couté 6,6 MILLIARDS d’euros - contre 83,5 millions d’euros en France en 2022… soit prêt de 80 fois plus. On peut donc considérer que les ultra-riches influencent largement les élections américaines. L’un des grands combats de Bernie Sanders est d’ailleurs de limiter ces dépenses électorales.) Dans un syndicat, tu peux participer. Ta voix compte vraiment. C’est une des rares institutions où ça, c’est réel.

Et cette promesse-là, elle se réalise dans les faits ?

Hamilton : Quand un syndicat fonctionne bien, oui. Mais beaucoup de syndicats sont des bureaucraties qui ont oublié pourquoi elles existent. Et là, les gens ressentent exactement la même impuissance que partout ailleurs… sauf qu’ils paient juste avec une cotisation en plus ! C’est pour ça que je fais une distinction entre les syndicats qui existent sur le papier et les syndicats qui ont une vie réelle. Un syndicat vivant, c’est un syndicat où les membres participent et sentent qu’ils participent. Pas juste qu’ils reçoivent un courrier une fois par an. La fondation de tout, c’est ça : est-ce que les membres ont le sentiment que le syndicat c’est eux — ou que c’est un truc en dehors d’eux, qui les dépasse ?

C’est quoi concrètement la différence entre les deux ?

Hamilton : Le meilleur exemple que je connaisse, c’est le syndicat des travailleurs de la restauration de Las Vegas — le Culinary Workers Union Local 226. Ils organisent les gens qui travaillent dans les hôtels et les casinos. Deux fois par an, ils ont des assemblées générales de tous les membres à l’échelle de la ville - on parle de milliers et de milliers de membres, donc la plupart n’ont pas de papiers. En dehors de ces deux temps forts, les organisateurs font un taff de fond exceptionnel : chaque pause qu’ils ont, ils les passent à la cantine ou à la machine à café. Ils ont une liste de toutes les personnes qu’ils veulent syndiquer et parlent à chacune de ces personnes, peu importe le temps que ca prend. Hors du lieu de travail, ils font des rondes pour toquer aux portes de toutes celles et ceux qui ont indiqué vouloir se syndiquer - et parce qu’ils sont tout le temps sur le terrain et qu’ils ont finit par les connaître, les gens ouvrent. Sinon, ils auraient trop peur que ca soit la police de l’immigration ! A chaque maison visitée, ils représentent les objectifs du syndicat, les campagnes en cours, les réunions à venir, etc. C’est énorme comme investissement. C’est vraiment du travail. Mais si le syndicat ne fait pas ça, les gens s’en détachent. Et quand les gens sont détachés, le syndicat ne sert plus à rien.

Hamilton Nolan et son livre, THE HAMMER

Toi, ton entrée dans le syndicalisme, elle s’est passée comment ? Tu étais journaliste, pas ouvrier dans une mine...

Hamilton : Pendant des années, j’ai écrit sur les syndicats. J’étais fasciné par ce mouvement. Et en même temps, je me disais que c’était pas vraiment pour nous : nos conditions étaient correctes, on avait des boulots sympas. Et puis la WGA — le syndicat des scénaristes — a décidé d’organiser les médias en ligne. C’était il y a une dizaine d’années, quand on croyait encore qu'’internet allait sauver le journalisme (rires). Un de leurs organisateurs m’a contacté et m’a dit : on veut essayer d’organiser Gawker (le média dans lequel il travaillait à l’époque), t’as des contacts ? Et moi j’ai fait un truc très simple : j’ai envoyé une invitation Facebook à une cinquantaine de collègues pour les inviter à une réunion informelle. Je ne savais pas du tout si les gens allaient se pointer !

Et ?

Hamilton : Quarante personnes sont venues. On s’est assis autour d’une grande table, et on a posé deux questions très simples : qu’est-ce que vous aimez dans ce boulot ? Qu’est-ce que vous n’aimez pas ? Et ce qui se passe dans ces moments-là, c’est fascinant — tu commences à entendre les gens répéter les mêmes choses, indépendamment les uns des autres. Il y a toujours trois ou quatre problèmes communs qui émergent. C’est là que tu réalises que t’es pas seul, que tes soucis du quotidien ne sont pas ton échec perso, mais une condition partagée. Le lendemain, on a informé notre patron qu’on allait créer un syndicat, et quelques semaines de conversations et de réunions plus tard, on a voté à 80-85% pour le faire !

C’est quoi la partie la plus difficile dans tout ça ?

Hamilton : Les discussions entre collègues. Chez nous, c’était que des journalistes… probablement les pires gens à organiser au monde, tout le monde veut donner sa putain d’opinion (rires). Ca partait en débats sans fins, qui étaient parfois inutiles et permettaient surtout aux gars de montrer leur éloquence… Mais à la fin, quand les gens votent, ils votent souvent pour créer le collectif, parce qu’au fond tout le monde comprend que c’est dans leur intérêt. Ce que j’ai appris de cette expérience, c’est qu’organiser des gens, ça ne se fait pas en lisant des livres. Ca se fait en ayant des centaines de conversations. Une par une. T’es obligé de parler à tout le monde, de comprendre ce qui les retient, de répondre à leurs questions. C’est l’opposé de ce qu’on fait en tant que journaliste — où t’écris ce que tu penses et les gens n’ont qu’à lire. Là, t’as plus le choix : faut s’engager avec les gens, même les plus chiants, parce qu’au final, ils partagent les mêmes conditions de taff que toi.

En France, on a un vrai problème de recrutement syndical — et je crois que la raison est un peu contre-intuitive. On a une sécu, une retraite, du chômage... l’intérêt matériel immédiat est moins évident. Comment on convainc quelqu’un de rejoindre un syndicat quand l’État lui offre déjà des protections de base ?

Hamilton : C’est intéressant, parce que de l’extérieur on pourrait penser que c’est un problème de riche. Mais je comprends le paradoxe. Ce que vous avez en France, c’est des gens qui ont des choses concrètes - des protections - mais qui n’ont pas le sentiment de les avoir obtenues. Elles tombent du ciel. L’État les donne. Et donc les gens ne se sentent pas puissants : ils se sentent bénéficiaires. Ce qui est très différent. Quand des athlètes américains sont venus aux JO de Paris et ont réalisé qu’ils pouvaient avoir du doliprane gratuit, ils étaient choqués. Chez vous, les gens ne sont même plus choqués dans l’autre sens : c’est normal, c’est acquis. Et ce qui est acquis ne se défend pas, parce qu’on ne le perçoit plus comme quelque chose de conquis. Ce que vous n’avez plus, c’est l’expérience collective d’avoir gagné quelque chose ensemble. Et c’est ça qui crée le sentiment de puissance. Pas les acquis en eux-mêmes, mais l’acte de les arracher.

Et pourtant on est quand même en train de tout perdre à petit feu...

Hamilton : Exactement. Et c’est ça qui est dangereux. Vous avez tout délégué à l’État, et maintenant quand l’État se rétracte, parce que des néolibéraux ont pris le pouvoir et décidé que l’État devait faire des profits, vous n’avez plus les réflexes, les structures, les habitudes collectives pour résister. La solidarité, ça s’atrophie si on ne s’en sert pas : c’est un muscle ! Et pendant ce temps, l’extrême droite arrive avec une explication simple : c’est la faute des immigrés, c’est la faute de l’État, c’est la faute des élites. Et les gens qui se sentent impuissants, abandonnés, pas entendus… ils entendent ça, et ça résonne. Ce n’est pas parce qu’ils sont idiots. C’est parce que personne d’autre ne les a organisés et ne les a aidés à développer une autre vision du monde où les méchants sont les milliardaires et leurs alliés politiques.

Tu parles beaucoup dans ton livre de l’importance de l’identité syndicale — du fait d’être membre avant tout. C’est quoi la différence entre un syndicat où les gens se sentent membres, et un syndicat où ils ont juste leur carte ?

Hamilton : La différence, c’est la question : est-ce que t’es Teamster (syndicats des chauffeurs routiers, dont la majorité des membres ont voté Trump en 2020) d’abord, ou est-ce que t’es quelqu’un qui vote Trump et qui est aussi dans les Teamsters ? Parce que si l’appartenance syndicale est LA partie centrale de ton identité, elle change ta vision de la politique. Tu vois le monde différemment. Tu sais ce que c’est de se battre collectivement. Tu sais que le patron n’est pas ton ami. Mais si être dans le syndicat c’est juste un détail administratif de ta vie — une ligne sur un formulaire — alors quand la guerre culturelle arrive, elle gagne facilement. Le problème avec les Teamsters en 2020, c’est que pour beaucoup de leurs membres, être Teamster pesait moins lourd dans leur identité que les guerres culturelles. Et ça, c’est pas une fatalité. C’est le résultat d’années de syndicat qui n’a pas investi dans ses membres.

Comment on reconstruit ça ?

Hamilton : Par l’engagement. Pas par des formations, pas par des cours de conscience de classe : par l’action. Tu mets les gens dans une situation où ils doivent se battre ensemble, et l’identité syndicale se construit dans le combat. Le boulot politique d’un syndicat, c’est d’aider les gens à identifier qui est leur ennemi. Pas les immigrés. Pas l’État abstrait. Le patron. Les riches qui ont acheté le gouvernement. Et si tu parles assez longtemps à quelqu’un qui dit que son ennemi c’est le gouvernement, tu peux souvent le mener à comprendre que c’est en réalité les riches qui ont acheté le gouvernement. Son sénateur, par exemple : il travaille pour qui ? Pour les donateurs qui l’ont mis là. Ce n’est pas une leçon théorique. C’est : essaie d’avoir une augmentation, et observe ce qui se passe.

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La solidarité syndicale, ça réduit vraiment le racisme, le sexisme ? Ou c’est un voeu pieux ?

Hamilton : C’est pas un bouton magique. Mais globalement, oui. Les préjugés prospèrent quand les gens ne sont pas obligés de coopérer. Quand tu vas dans des écoles différentes, des quartiers différents, que t’as jamais d’amis qui ne te ressemblent pas — les stéréotypes et les peurs restent intacts. L’Amérique est une société profondément ségréguée. Racialement, économiquement, culturellement. Les syndicats sont une des rares institutions qui peuvent forcer ces traversées. Et si tu te retrouves dans un syndicat avec des gens de toutes parts, et que tu dois trouver des consensus avec eux, te battre à leurs côtés pour quelque chose qui vous concerne tous, hé bien, ça te change.

J’ai été à la grève de Warrior Met Coal en Alabama, la plus longue grève récente aux États-Unis, ça a duré des années dans des mines de charbon en Alabama rural (superbe article sur ce qu’il s’est passé par la grande journaliste Kim Kelly, que j’interview bientôt ici héhé). Après un an de grève, il y a eu un grand événement. Moi qui viens de Floride du Sud, j’avais grandi avec une image de l’Alabama rural comme un coin super ségrégué... et ce rassemblement était la chose la plus mixte que j’aie jamais vue dans ma vie en dehors d’un concert. Noir, blanc, tout le monde ensemble, contre un fonds de private equity qui les écrasait tous. Ce type de solidarité n’existe pas ailleurs. Il n’y a pas d’autre contexte où ça se produit naturellement.

Mineur de fond en grève, September, 2022, in Brookwood, Alabama

Et ça change les votes ?

Hamilton : Ça peut changer les gens profondément. C’est comme quand un républicain a un fils gay et réalise que les gays ne sont peut-être pas mauvais après tout. Si tu grandis dans l’Alabama rural avec un racisme qui remonte à des générations, et que soudain tu n’es pas juste à côté de personnes noires, mais tu es dans un combat avec elles, contre un ennemi commun qui vous botte le cul à tous les deux, ça te change. Pas forcément pour toujours. Pas forcément complètement. Mais quelque chose se déplace. Et c’est ça que les syndicats peuvent faire, et que rien d’autre ne peut faire à leur place.

La Virginie-Occidentale était un État démocrate quand les mineurs étaient syndiqués. Et maintenant que les mines ont fermé et les syndicats, disparus, c’est l’un des États les plus trumpistes du pays. Comment tu expliques ça ?

Hamilton : C’est une corrélation directe. Quand la Virginie-Occidentale était très syndiquée et que les United Mine Workers étaient puissants, c’était un État démocrate. Ça ne voulait pas dire que c’était pas rural, pas religieux. C’était tout ça. Mais être membre des United Mine Workers, c’était une partie centrale de l’identité des gens : c’était plus important que le reste. Ils étaient dans des combats permanents contre les compagnies charbonnières (j’en parlais ici) et le Parti démocrate était le seul parti qui les soutenait un peu dans ces bagarres syndicales. Donc forcément, ils votaient pour eux ! Et c’est vrai pour la Pennsylvanie, pour l’Ohio, pour tous ces États qui ont basculé depuis Reagan. Ce n’est pas que ces gens sont devenus des fascistes. C’est que leur ancrage syndical a disparu, et avec lui la structure qui leur donnait une lecture de classe du monde.

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Et quand les mines ont fermé, le mouvement n’a pas suivi les gens vers les nouveaux emplois.

Hamilton : C’est l’erreur historique monumentale. Si on avait eu un mouvement syndical avec une vision large, on aurait dit : les emplois industriels partent, faut organiser le Dollar General (équivalent de Lidl), les Walmart, les fast-foods, et proposer un syndicat aux gens, là où ils sont. On ne l’a jamais fait. Alors les gens qui restent, ils votent pour des fascistes - pas parce qu’ils sont devenus des fascistes, mais parce qu’ils cherchent où est le pouvoir, et que le syndicat n’en a plus. Les gens vont là où ils perçoivent le pouvoir. Si demain le fascisme paraît puissant et le mouvement syndical paraît faible, et bien tu sais chez qui aller chercher un abri.

On entend beaucoup parler de “retour en force du syndicalisme” depuis quelques années. Tu y crois vraiment, ou on se raconte des histoires pour se sentir mieux ?

Hamilton : Honnêtement, analytiquement, il n’y a pas vraiment de raison d’être optimiste. La densité syndicale est passée de 1 travailleur sur 3 dans les années 50 à moins de 1 sur 10 aujourd’hui, et on est passé sous ce seuil pour la première fois depuis un siècle… l’an dernier. Soixante-dix ans de déclin continu. Je voudrais que le mouvement syndical soit plus honnête avec lui-même sur l’ampleur du désastre. Quand j’entends “oh hier il y a eu une victoire formidable !”… ouais, c’est bien, il faut le dire, il faut célébrer. Mais en vue d’ensemble, c’est 70 ans de recul. Et je pense qu’on se rend parfois un mauvais service en s’auto-congratulant trop fort, parce que ça masque l’urgence.

Et pourtant tu continues à couvrir ça, à t’engager. Pourquoi ?

Hamilton : Parce qu’il y a toujours, dans le mouvement, des gens qui comprennent tout ça et qui se battent quand même pour reconstruire. Est-ce que de mon vivant le mouvement a réussi à vraiment monter en puissance ? Non. Pas encore. Mais je dois croire qu’on peut y arriver, un jour. Ou alors pourquoi faire quoi que ce soit ? Il y a un noyau de gens qui savent exactement ce que le mouvement syndical pourrait être, qui ont une vision, et qui travaillent. C’est pas rien. Et dans le contexte actuel — avec Trump, avec l’IA qui va détruire des millions d’emplois, avec des milliardaires qui mettent littéralement des centaines de milliards de dollars dans des projets politiques — la question de la puissance collective des travailleurs n’a jamais été aussi urgente. Alors ouais. On continue.

Hamilton Nolan est journaliste à In These Times et auteur de The Hammer : Power, Inequality, and the Struggle for the Soul of Labor. Il vit à Brooklyn, New York

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