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Lettres de Libéralie · Aug 1, 2026

Le Cercle K2 n’est pas un Cadeau

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Stéphane Geyres · Lettres de Libéralie

Le jour même du centenaire de la naissance de Murray Rothbard (02/03/1926), une certaine Aurélie Luttrin1 croyait malin de publier un article au “Cercle K2” avec comme — long — titre : «Le libertarianisme radical : idéologie de la liberté absolue ou terreau d’un terrorisme systémique sans armes ?». Terroriste je suis, donc. Rien de moins.

On l’aura compris, Aurélie n’est qu’une autre représentante de la foule de ces personnes qui n’ont pas fait l’effort d’aller au bout de l’étude de la Liberté et de la doctrine libertarienne, et qui préfèrent encore vivre en esclaves plutôt que se réveiller. Il faut dire qu’elle avait déjà commis un article de la même veine un an plus tôt…2

Ce n’est pas grave, cela me donne une nouvelle occasion d’étudier les mauvais arguments et les confusions que cette dame manifeste, pour vous aider à les éviter. J’invite à cet égard Aurélie à lire Liberté Manifeste et Economie Manifeste, elle a bien besoin de revoir de fond en comble ses croyances en économie et en science politique.

Je ferai cette analyse critique en deux parties. Quelques citations me permettront d’illustrer concrètement combien elle est confuse sur ce que sont les libertariens, puis une seconde partie plus systématique résumera ses grandes erreurs en quatre points.

Quelques paragraphes pris dans la toute première page de son article suffiront à établir que notre Aurélie fait de gros mélanges qui lui font dire n’importe quoi. Il est clair qu’elle n’est pas sans quelques notions de libertarianisme, mais qui ne baignent pas dans un jeu de principes clairs et cohérents, ni de bases solides en économies.

J’adopterai un style de réponse plutôt télégraphique, cela ne mérite pas plus.

Le libertarianisme contemporain s’est profondément transformé. Adossé à l’essor des technologies numériques, à la concentration extrême du capital et à la privatisation progressive d’infrastructures essentielles ( données, information, santé, ressources naturelles) , il est devenu une idéologie de pouvoir. Ce libertarianisme décomplexé ne cherche plus à limiter l’État : il ambitionne de le rendre obsolète.

  • Non, le libertarianisme ne s’est pas “transformé”. Un livre comme “La Liberté par le Marché” reste tout aussi pertinent qu’il y a 55 ans. La doctrine reste la même.

  • Elle a un problème avec la “concentration du capital”, cette dame ? On croirait lire une marxiste. Le capitalisme serait libertarien et serait le Mal ? Elle confond, comme beaucoup, avec le capitalisme de connivence, qui n’est pas capitaliste. Et le vrai capitalisme, celui des PME, n’a jamais été un organe de pouvoir politique.

  • Une “idéologie de pouvoir” ? Cette affirmation seule suffirait à ruiner toute sa thèse. Non Madame, les libertariens ne veulent pas le pouvoir, puisqu’ils veulent sa disparition pure et simple. C’est le principe même de l’anarcho-capitalisme.

  • “Chercher à limiter l’état” ? Les choses se clarifient, vous prenez les minarchistes pour des libertariens — mais il est vrai que tant de “libertarians” aux USA font la confusion qu’on peut presque vous excuser. Mais non, le libertarien est anarchiste.

Dès lors, une question s’impose. Lorsqu’un courant de pensée, sans recourir aux armes, produit des effets durables d’asphyxie économique, de fragmentation sociale, de dépossession politique et de destruction environnementale ; lorsqu’il normalise la hiérarchisation des vies humaines selon leur utilité économique et érige la liberté absolue du capital en principe supérieur à toute autre considération, peut-on encore le penser comme une simple philosophie de la liberté ? Ou faut-il, au contraire, interroger le libertarianisme radical comme le terreau d’un terrorisme systémique sans armes, dont la violence s’exerce non par l’attentat, mais par la désagrégation méthodique des sociétés ?

  • “Asphyxie économique” ? Deuxième fois que votre culture économique se révèle défaillante. Il n’y a et il ne peut y avoir qu’une seule et unique source d’asphyxie économique : c’est l’interventionnisme, la fiscalité et le protectionnisme de l’état.

  • “Destruction environnementale” ? Je vous encourage vraiment à découvrir cette vidéo où nous expliquons que les seuls véritables écologistes sont les libertariens. Car ils sont les seuls à poser le défi réel de l’écologie et à y répondre pleinement.

  • “Utilité économique” ? Vous prenez donc les libertariens pour des utilitaristes ? Pour des primates qui ne jurent que par l’efficacité économique ? Cela confirme que vous n’avez pas perçu que le libertarien est jusnaturaliste, il s’attache au Droit.

Sur le “terreau d’un terrorisme”, je me dois de développer un peu. Quelque part, elle a bien compris, à raison, que les libertariens aspirent à la disparition de l’état. Mais il y a deux gros bémols, qu’elle ne sait ou ne veut voir. 1) Jamais un libertarien ne sera un “terroriste”, car jamais il ne saurait prendre la route de la violence pour arriver à ses fins. “La fin justifie les moyens”, c’est la logique du socialiste ou de l’étatiste, pas d’un libertarien plaçant le Droit naturel au-dessus de tout. 2) Le libertarien veut ne pas / ne plus lui-même être soumis à l’état, sans pour autant imposer cette ambition à qui ne la veut pas. Le libertarien exige le droit de sécession pour lui, pas pour Aurélie Luttrin.

Le libertarianisme radical ne relève plus aujourd’hui d’un débat d’idées. Il s’est constitué en discours de pouvoir explicite, porté par des acteurs disposant de moyens économiques, technologiques et médiatiques suffisants pour infléchir durablement les décisions publiques et les rapports de force internationaux. Ce basculement marque une rupture historique : ce qui se présentait naguère comme une critique marginale de l’État s’affirme désormais comme un projet structuré de substitution au politique.

  • “Débat d’idées” ? Les libertariens ne se sont jamais placés dans le débat, car le principe de Liberté ne saurait souffrir de compromis. La Liberté s’explique, s’exige, on peut en faire la promotion, mais elle ne peut être modérée par le débat.

  • “Discours de pouvoir” ? Dites vous bien, chère Aurélie, que si vous voyez un discours de pouvoir, c’est qu’il ne s’agit pas — ou ne s’agit plus — de libertariens qui le tiennent. Un exemple ? Curtis Yarvin, le prophète des Lumières Sombres, ou les “néoréactionnaires” en général — plusieurs textes sur ce sujet sont sur le site.

  • “Infléchir les décisions publiques” ? Certainement pas. Un libertarien est pour le “laissez faire”, donc il ne cherchera pas à vous imposer quoi que ce soit par la politique — pourvu que vous lui accordiez le droit légitime de sortir du système.

Cette mutation s’incarne d’abord dans l’écosystème technologique mondial. Des figures telles qu’Elon Musk ou Peter Thiel ne se contentent plus de contester la régulation démocratique ; elles en récusent la légitimité même. L’État y est décrit comme un vestige inefficace, le droit public comme une entrave à l’innovation, la souveraineté comme une fiction obsolète…

  • C’est bien ce que je dis. Consultez l’article ci-dessous pour vous en convaincre, Elon Musk n’est pas un libertarien. C’est un vague libéral, tout au plus. Quant à Peter Thiel, avec Palantir, il s’est placé du côté le plus obscur qui puisse être…

Ce discours a trouvé des relais politiques directs. Les orientations portées par Donald Trump et J.D. Vance ne relèvent pas d’un populisme erratique, mais d’une traduction politique cohérente de cette matrice idéologique.

  • Chère Aurélie, le simple fait que vous puissiez, dans votre esprit, imaginer qu’un politicien aussi néfaste qu’un Donald Trump, par ailleurs pédophile patenté, puisse être vu comme un libertarien démontre la confusion dans votre esprit.

Le terrorisme sans armes : quand le marché devient une force de destruction systémique

Il s’agit d’un sous-titre de son article, préparatoire à sa conclusion. Nous avons là un petit chef d’œuvre de confusion marxiste, du même ordre que la croyance en un horrible “patron” qui “exploiterait” ses employés. Aurélie Luttrin ne fait là que confirmer le vide de sa pensée économique, manifestement issue du Code du Travail.

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Mais venons en à l’analyse thématique en quatre points.

Distorsion Conceptuelle de la Violence
  1. Aurélie Luttrin : Elle use et abuse du terme «terrorisme», tout en admettant que le libertarianisme ne relève pas de la qualification pénale de “violence armée”. Pourtant, elle ose évoquer une «violence systémique non armée» pour qualifier les effets du marché, qui sont dans le champ de l’économique, par nature non violent.

  2. Contradiction : La doctrine libertarienne repose sur le Principe de Non-Agression, qui proscrit strictement l’initiative de la force physique ou de la contrainte contre la propriété d’autrui. Il ne peut pas y avoir de soutien à la violence, en Libéralie.

  3. En clair : Ce qu’elle met sous le terme — pourtant fort — de «violence» (effets économiques, concurrence, déstabilisation d’institutions) n’est que de l’économique, càd relève de l’exercice légitime de la liberté de contracter et du libre commerce. Un simple échange ne peut relever du “terrorisme sans armes”.

Égalité Ontologique contre Hiérarchisation Économique
  1. Aurélie Luttrin : Elle affirme que le libertarianisme transforme les êtres humains en «êtres superflus» et «hiérarchise les vies selon leur utilité économique».

  2. Contradiction : C’est une grande confusion entre la chose économique et la chose du pouvoir. Le droit naturel, au cœur de la pensée des libertariens, est universel et n’est en rien lié à la rentabilité économique ou autre résultat économique. C’est confondre les inégalités de fait avec l’inégalité de droit et la légitimité.

  3. En clair : Contrairement à l’accusation d’eugénisme latent qu’elle émet, tout libertarien soutiendra que même un individu démuni reste propriétaire de son corps et souverain dans ses négociations avec autrui, qu’importe sa richesse.

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Read the original on liberalie.substack.com

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