Ponts, immeubles, ports, centrales nucléaires, tunnels ou quais. Partout où le béton armé est présent, un ennemi silenci eux progresse.
À l’intérieur des structures, l’acier finit par rouiller sous l’effet du sel, du dioxyde de carbone et de l’humidité. Les fissures apparaissent. Le béton se dégrade. Dans les cas les plus graves, l’ouvrage peut devenir dangereux.
« La mission de BlueSpine, c’est de concevoir des technologies pour prévenir, diagnostiquer et traiter la corrosion de l’acier dans le béton armé explique David Garcia, CEO de l’entreprise. C’est vraiment le cancer des ouvrages, si on fait l’analogie médicale. »
L’histoire de BlueSpine débute à Reims fin 2023. Ingénieur en génie civil diplômé de l’INSA Toulouse puis docteur spécialisé dans les phénomènes de corrosion, David Garcia découvre au cours de ses recherches un domaine encore largement méconnu malgré son importance économique et son impact environnemental.
« Dans le monde, on enseigne davantage comment construire que comment traiter », observe-t-il.
De g. à dr : David Garcia et Simon Dehoro - crédit photo BlueSpine
Après avoir créé un bureau d’études spécialisé dans l’expertise des structures, il constate que les solutions existantes restent complexes à mettre en œuvre et peu démocratisées. Avec plusieurs associés issus de l’électronique, de l’informatique, des matériaux et du génie civil, il lance alors BlueSpine.
Aujourd’hui, l’entreprise compte 12 collaborateurs et 6 associés. Son ambition ? Rendre accessibles des technologies capables de prolonger considérablement la durée de vie des infrastructures.
Après une année 2024 consacrée au développement des produits, BlueSpine débute sa commercialisation en 2025.
Rapidement, les références s’accumulent.
Un stade en Belgique. Un entrepôt industriel en Allemagne. Un monument historique à Montpellier. Un parking dans la banlieue grenobloise. Un complexe thermal à Saint-Malo.
Crédit photo : BlueSpine
Autant de projets qui démontrent la diversité des applications possibles.
La technologie phare développée par l’entreprise repose sur la protection cathodique, un procédé électrochimique qui permet de stopper l’oxydation de l’acier à l’intérieur du béton et de prolonger durablement la vie des ouvrages.
crédit photo : BlueSpine
« L’avantage, c’est que ça permet de prolonger la durée de vie de l’ouvrage de plus de 50 ans », souligne David Garcia.
Pour accélérer son développement international, BlueSpine adopte une stratégie pragmatique. Plutôt que de s’implanter directement dans chaque pays, la société s’appuie sur des entreprises locales de travaux qu’elle forme à ses technologies et collabore avec de nombreux bureaux d’études spécialisés.
La méthode fonctionne déjà en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Italie ou encore aux Maldives.
Restait une question : quand et comment aborder le marché américain ?
Les États-Unis figuraient depuis longtemps dans les ambitions de l’entreprise.
Mais pas forcément aussi tôt.
La situation évolue lorsque BlueSpine devient lauréate du concours national i-Lab en 2025. Cette distinction ouvre la porte au programme NETVA-Start in America, porté par porté par le Service pour la Science et la Technologie de l’Ambassade de France aux Etats-Unis.
L’opportunité tombe au bon moment.
La technologie est validée et les premières références existent.
Et surtout, la Floride apparaît comme un terrain d’expérimentation particulièrement pertinent.
« Quand on se balade sur Miami Beach et qu’on voit tous ces immeubles en réparation, on se dit que c’est vraiment là qu’il faut aller », raconte David Garcia.
Entre le climat tropical, l’omniprésence du sel marin et un parc immobilier vieillissant, les conditions sont réunies pour accélérer les phénomènes de corrosion.
Crédit photo : BlueSpine
L’effondrement de la Champlain Towers South à Surfside (nord-est de Miami) en 2021 a également marqué les esprits (près de 100 morts) et renforcé les exigences de contrôle sur les bâtiments anciens.
Pour BlueSpine, le potentiel est évident.
« Les Américains ont ce côté retour sur investissement beaucoup plus ancré qu’en France et en Europe, analyse David Garcia. Il faut faire comprendre l’intérêt de traiter durablement plutôt que de réparer régulièrement. »
Créé en 2010 par le Service pour la Science et la Technologie de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, le programme NETVA-Start in America accompagne chaque année de jeunes entreprises innovantes françaises dans leur découverte du marché américain.
« L’objectif du programme est d’offrir à des start-up françaises en phase de démarrage une opportunité de faire une semaine d’immersion aux États-Unis dans l’un des écosystèmes d’innovation du réseau du Service Scientifique de l’Ambassade de France aux Etats-Unis », explique Chiara Pero , adjointe de Pascale Cohen, attachée scientifique pour l’Ambassade de France aux États-Unis et coordinatrice du programme.
À Miami, l’immersion de BlueSpine a été construite sur mesure.
Universités. Ports. Gestionnaires d’infrastructures. Acteurs économiques. Décideurs publics.
Pendant une semaine, l’équipe a enchaîné près de 30 rendez-vous afin de mesurer concrètement les opportunités de développement.
Parmi les rencontres marquantes figure celle avec la French Tech Miami.
David Garcia et son associé Simon Deharo ont été reçus par Corine Busson-Benhammou et Patricia Santoni, co-présidentes de la French Tech Miami, ainsi que par Bertrand Leroux, président des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCE) Floride et Caraïbes et membre du board de la French Tech Miami.
Photos : de g. à dr. Corine Busson-Benhammou, Bertrand Leroux, Simon Deharo et David Garcia et Chiara Pero - Crédit photo : NETVA
Bertrand Leroux et Patricia Santoni avaient par ailleurs été membres du jury NETVA-Start in America ayant sélectionné BlueSpine. Une occasion d’échanger plus encore.
Des échanges qui ont permis à l’entreprise de mieux comprendre les réalités du marché local, les spécificités réglementaires et les conditions d’une future implantation.
« Le but est vraiment de leur faire rencontrer des acteurs qui vont leur permettre de s’implanter dans l’écosystème », rappelle Chiara Pero.
Pour David Garcia, le bilan dépasse largement les attentes initiales.
« Je ne pensais pas qu’au bout de cette semaine-là, nous aurions une vision aussi claire du marché floridien. »
Loin d’être une simple mission de découverte, cette immersion a permis à BlueSpine d’identifier des pistes concrètes de développement, de nouer des contacts stratégiques et de commencer à envisager les prochaines étapes d’une présence américaine.
La société rémoise n’a pas encore pris sa décision finale.
Mais une chose est certaine : pour cette jeune pousse française spécialisée dans la préservation des infrastructures, Miami n’est plus seulement une destination.
C’est désormais une véritable option de développement.
Camille Colloch
Infos complémentaires :
https://us.diplomatie.gouv.fr/en/netva-start-america-2026-laureates
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