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Palingénésie Digest · Jul 16, 2026

Der Untergang

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Le Palingénésiste · Palingénésie Digest

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a été pendant plusieurs décennies un havre de stabilité économique et politique en Europe. En l’an 2026, ce n’est plus guère le cas, ni sur le plan politique, ni même sur le plan économique. L’Allemagne, soutient Filip Michiels dans le dernier numéro du magazine trimestriel Doorbraak, est devenue l’un des cas les plus préoccupants d’Europe. Il s’en explique.

Le sondage politique réalisé par le grand quotidien allemand Die Welt à la fin du mois d’avril s’est révélé dramatique pour les partis politiques allemands traditionnels. Le parti de droite radicale AfD a obtenu 27 % des préférences, soit 5 % de plus que le parti de centre-droit CDU/CSU au pouvoir. Le chancelier Friedrich Merz, qui n’occupe le poste que depuis un an, n’échappe pas à la désaffection du public : environ 15 % à peine des Allemands s’en estiment encore satisfaits.

Il n’en va pas autrement à la gauche du paysage politique : l’autre parti de la coalition au pouvoir, le SPD, le parti social-démocrate (centre-gauche), est tombé à environ 12 % des intentions de vote. Il est opportun de rappeler qu’en 1998, lorsque Gerhard Schröder, tombé entre-temps en disgrâce en raison de ses relations avec la Russie, accéda pour la première fois à la chancellerie, le SPD ralliait encore 40 % des suffrages. Et, en 2013, deux ans avant le fatidique « Wir schaffen das », l’Union chrétienne-démocrate d’Angela Merkel attirait encore 41 % des électeurs allemands.

Le professeur Dirk Rochtus, un spécialiste de la politique internationale et de l’histoire allemande à l’université de Leuven (KUL) en Belgique, en convient : des décennies durant, ces deux partis et les libéraux du FDP ont dominé la scène politique allemande, avant que ne s’y ajoutent les Verts, puis Die Linke (en guise d’héritage de l’ancienne République démocratique d’Allemagne communiste) et, enfin, l’AfD. Ce parti a eu initialement le vent en poupe à la suite de la grande crise migratoire de 2015, mais, estime Filip Michiels, dès lors qu’il obtient 27 % des préférences de vote (et 40 % dans certains Länder - Etats fédérés), il paraît difficile de lui coller l’étiquette de parti purement anti-migration.

En effet, le parti est également eurosceptique et prend position sur un ensemble d’autres problématiques qui tiennent à coeur aux Allemands et suscitent chez eux l’insatisfaction et l’inquiétude. Pensez, avance le professeur Rochtus, à un sentiment d’insécurité publique croissante, au malaise économique et à la guerre en Ukraine. Les partis traditionnels et de gauche radicale ont tout intérêt à ranger l’AfD à l’extrême droite, mais cela paraît à Rochtus trop hâtif. Il y a bien sûr des figures polarisantes à la Björn Höcke qui n’hésitent pas à se montrer intransigeantes, mais il y en a d’autres bien moins radicales qui du coup se trouvent bien moins sous les feux de la rampe.

Quoi qu’il en soit, que l’on en dise ou l’on en pense, la migration – et plus encore la re-migration – reste un sujet particulièrement sensible en Allemagne et tout membre de l’AfD constitue à cet égard une cible facile. Rochtus est d’avis que si l’AfD est un parti de droite radicale il ne peut cependant pas être qualifié d’extrême droite, même si les points de vue qu’il défend n’ont pas l’heur de plaire à l’establishment politique. L’AfD, assure-t-il, ne forme pas le projet de démanteler la démocratie parlementaire et de la remplacer par une sorte de « Führerstaat », comme le prétendent ceux qui s’échinent à rappeler à ce sujet comment Hitler accéda au pouvoir dans les années 1930.

Il peut paraître paradoxal que ce soit précisément dans les Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est que l’AfD soit la plus populaire. Cette question prend une acuité particulière en vue des élections de septembre prochain dans le Land de Saxe-Anhalt où les sondages accordent 41 % des intentions de vote à l’AfD, laquelle laisse la concurrence loin derrière elle. Die Linke, l’autre parti radical, se situerait à 12 %. Cela signifie que la formation d’une coalition afin d’exercer le pouvoir dans ce Land sans l’AfD risque de s’apparenter à la quadrature du cercle. La question subsidiaire est de savoir si le Brandmauer - l’équivalent allemand du « cordon sanitaire » - ne va pas tomber. Die Linke a d’ores et déjà tendu la main à la CDU et proposé de se joindre à une coalition anti-AfD, mais l’Union chrétienne-démocrate n’est guère enthousiaste.

La raison première de la déliquescence des partis allemands traditionnels et de la montée en flèche de l’AfD reste, selon Rochtus, la crise migratoire. L’ex-chancelière Angela Merkel y a joué un rôle déterminant. Peu avant d’être nommé chancelier en mai de l’an dernier, Merz, qui fut son adversaire au sein de la CDU, semblait disposé à suivre une politique plus stricte en la matière. Après que l’AfD lui eut promis son appui et que par la suite il eut formé une coalition fédérale avec le SPD, Merz fit marche arrière, ce qui eut pour effet de le décrédibiliser et de renforcer le soutien de l’AfD auprès de la population allemande.

L’instabilité politique vers laquelle se précipite l’Allemagne pourrait n’être qu’une péripétie si elle ne se doublait pas d’une grave crise économique. En témoigne en particulier le déclin sévère de son industrie automobile, autrefois si puissante. Son parangon, Volkswagen, a annoncé qu’il fermerait des usines et réduirait ses effectifs de 50.000 personnes d’ici 2030, mais il se dit déjà que c’en seront le double. Non seulement ce déclin industriel touche des milliers de sous-traitants de l’automobile mais en outre il ne se limite pas à ce secteur. La sortie du nucléaire et la guerre en Ukraine n’y sont pas pour peu.

Les causes en sont toutefois plus profondes : ces dix dernières années, le secteur public s’est enflé 2,5 fois plus vite que le secteur privé n’a grandi en Allemagne. L’accent mis sur la réglementation et la durabilité n’a pas favorisé l’esprit d’entreprise et l’innovation. Bien qu’un Etat fédéral, l’Allemagne reste fortement centralisée et « l’Europe » en a rajouté une couche. Et, ça n’a jamais été la bureaucratie ni l’idéologie qui ont sauvé un pays. La Chine post-maoïste, qui se trouve désormais à la pointe dans nombre de secteurs industriels, en a apporté la preuve.

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