Cet article vous est offert
Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous
Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement
Tribune
Samuel Bonvoisin
Ingénieur agronome
Charlène Descollonges
Ingénieure hydrologue
Simon Ricard
Ingénieur hydrologue
Face aux sécheresses intensifiées par le changement climatique, trois spécialistes de l’eau appellent, dans une tribune au « Monde », à renforcer la résilience hydrique en développant des pratiques agroécologiques et en stockant l’eau de pluie dans les nappes phréatiques et la végétation.
Publié le 19 août 2026 à 06h30, modifié le 19 août 2026 à 09h47 Temps de Lecture 3 min.
Article réservé aux abonnés
L’année 2026 est marquée par des extrêmes hydriques, crues majeures survenues en hiver et sécheresse de l’été, qui dépasse désormais le record de 2022. En passant d’un extrême à un autre en seulement quelques mois, la situation pose la question du stockage de l’eau pour l’agriculture : pourquoi ne pas prélever et stocker une partie des excédents de l’hiver afin d’irriguer quand elle vient à manquer l’été ? Si l’idée semble relever du bon sens, des confusions subsistent et peuvent conduire, de manière contre-intuitive, à une aggravation des pénuries.
En quête d’exemple transposable à la France, le monde agricole se tourne vers le modèle espagnol. Depuis 1950, l’Espagne a abondamment investi dans la construction de réservoirs artificiels, réutilisant les eaux usées traitées et dessalant l’eau de mer. En dépit de ces lourds investissements, la sécheresse historique ayant touché la péninsule Ibérique entre 2021 et 2024 a provoqué une chute du niveau d’eau dans ces réservoirs artificiels. Face à un taux de remplissage critique (inférieur à 16 %), les autorités ont dû prendre des mesures de restrictions drastiques, entraînant des pertes agricoles considérables. Mais cette « catastrophe naturelle » et les impacts économiques qui lui sont associés sont-ils uniquement imputables au manque de pluie ?
D’après une étude parue en mai dans Nature, l’Espagne figure parmi les régions du monde où le stockage artificiel destiné à l’irrigation ne protège pas nécessairement d’une pénurie d’eau – il peut même l’aggraver. Les scientifiques appellent cela l’« effet réservoir » ou le « paradoxe du développement sûr », lorsque « le renforcement des mesures de sécurité entraîne, paradoxalement, une aggravation des dégâts en cas de pénurie ».
Cette étude révèle que les grands réservoirs destinés à l’irrigation sont les plus à risque parce que les sécheresses compromettent leur alimentation et que, en confortant l’« offre », ils soutiennent une forte demande en eau. Avec des sécheresses qui s’intensifient sous l’effet du changement climatique et une demande croissante pour l’irrigation, les scientifiques soulèvent une question cruciale : ces réservoirs resteront-ils viables s’ils deviennent de plus en plus vulnérables ?
Il vous reste 66.27% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.