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Le journal d'une prof de yoga · May 29, 2026

Le yoga est-il vraiment sans performance ?

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Laurie Yoga · Le journal d'une prof de yoga

Coucou 🌿

C’est Laurie.

J’espère que tu vas bien depuis début mai. Oui, avec ce mois de mai en mode gruyère, quelques newsletters ont sauté au passage ! Mais ça y est, je suis de retour.

Depuis avril, j’ai entamé ma huitième année d’enseignement. Et pour être honnête, ces deux dernières années, j’ai entamé un travaille de dé-construction de ma posture de prof. Aujourd’hui, j’ai envie de mettre les pieds dans le plat et de te parler d’un gros mot : la performance.

Si on posait la question “Est-ce-que le yoga est de la performance ?” dans un examen de formation de profs, ça ferait un carton 😅.

Je n’ai pas envie de tomber dans les : “Bouh, la performance c’est le mal !” ou à l’inverse “Pas de grand écart, pas de yoga”. Ce serait tomber dans les débats stériles d’Instagram: Yoga moderne vs traditionnel, on dit namaste? ou OM?... flemme! 🙃

Pour moi, tout dépend de ta définition du mot :

  • Si la performance, c’est l’effort et la discipline que tu mets à t’engager chaque jour sur ton tapis, dans ta présence, sans rien attendre en retour... Franchement, par les temps qui courent, c’est une sacrée performance !

  • Mais, si la performance, c’est cocher une case, atteindre un résultat, un alignement géométrique parfait, une esthétique, une posture et courir après #LaMeilleureVersionDeSoiMême... Là, on est à des kilomètres du yoga. Ou du moins du discours philosophique qu’on nous apprend et que l’on diffuse.

    Je te rappel la Bhagavad Gita (une traduction):

    Bhagavad Gita 2.48

    « Établi dans le yoga, accomplis l’action,
    abandonnant l’attachement,
    demeurant égal dans succès et échec.
    Cette équanimité est appelée yoga. »

Vraiment ? 😅

On répète tous à nos élèves qu’il n’y a pas de compétition en yoga, que ce n’est pas un sport. Pourtant, qu’est-ce qu’on projette en coulisses ?

On propose des stages de “perfectionnement”. On montre nos asanas les plus esthétiques sur Insta. On ajuste (ou plutôt, on corrige 😅) les élèves pour faire rentrer leur corps unique dans un moule idéal. On crée des séquences impressionnantes, pas toujours adaptées à notre public. On propose des pratiques par niveau de pratique physique. Sans oublier, l’Inde qui a voulu inscrire le yoga comme discipline pour les JO de 2036 (ok c’est surtout politique…).

Résultat ? On collectionne les postures avancées comme des Pokémon. Et sans s’en rendre compte, beaucoup de profs ont intégré l’idée que pour être crédible, il fallait des capacités physiques d’athlète (pour les JO de yoga justement 🤣).

Moi la première! Malgré tout mon discours pourtant anti-perf/compétition, j’ai cru pendant des années, que pour être crédible en tant que prof il fallait que je réussisse à pratiquer des postures physiquement difficiles. 🤦‍♀️

Je pensais que si je ne tenais pas mon bakasana (le corbeau) au milieu de la pièce, je n’avais pas le droit de l’enseigner. Un jour un prof m’a même dit: “Ce n’est pas normal d’enseigner le yoga et de ne pas réussir bakasana” 😢. Il s’est excusé le jour même, après s’être rendu compte de la bêtise de son discours. Mais violent pour ma confiance et mon estime.

Et non parfois ce n’est pas juste une question de pratiquer plus ❌

Combien de futurs profs n’osent pas s’inscrire en Teacher Training parce qu’ils ont peur de leur “niveau” ? “Je ne sais pas faire d’inversion, je peux venir quand même ?” Mais oui, bien sûr que tu peux, bichette !

Et ça, c’est ce qu’on ressent en tant que prof! Alors imagine tes élèves. Certains n’ont pas bougés leur corps depuis le lycée. La plupart passent leur vie dans un métier, où ils doivent performer. Rappel toi ce qui t’a amené au yoga.

Je trouve qu’il y a quand même de quoi se remettre en question. Tu ne trouves pas?

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Pratiquer des postures avancées n’est pas le problème. Souvent on confond difficulté et performance. Pour moi c’est surtout une question de mindset. On peut chercher le challenge et l’effort pour de super bonnes raisons : progresser, gagner en régularité, révéler des ressources cachées, se transformer. Sortir de sa zone de confort et chercher l’inconfort fait parti du yoga.

Le piège, c’est quand la performance devient toxique. Quand elle nous blesse, nous déconnecte de nos sensations, et nous fait sortir du cours en nous trouvant “nuls”, “pas capable”. Quand elle devient l’expression de notre égo. Pour montrer qu’on sait faire. qu’on y arrive nous aussi. Pendant des années, j’ai enseigné et pratiqué dans cette quête de résultat, de manière totalement inconsciente. Pensant que je pratiquais en écoutant mon corps, en le poussant dans des postures 🤣 😇 Alors si tu te reconnais là-dedans, ne te blâme pas. C’est normal : on baigne dans une société du résultat, et on nous a souvent appris à enseigner comme ça (coucou Ashtanga vinyasa 😘). On pourrait aussi parler du patriarcat dans le yoga, mais ça, ça mérite une newsletter entière !

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut s’en libérer. Cultiver Aparigraha. Et ça change complètement notre manière de travailler avec nos élèves. C’est exactement ce qu’on va voir dans la prochaine newsletter : comment on passe d’un yoga esthétique/de performance à un enseignement vivant et non performatif détaché du résultat.

D’ici là, dis-moi : toi aussi tu as déjà eu l’impression de devoir “réussir” ta posture pour te sentir légitime ?

Prends soin de toi,

Laurie 🙏

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Read the original on laurieyoga.substack.com

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