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Rémi Lauer · Mar 25, 2026

L'IA & le freelancing en 2026

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Rémi Lauer · Rémi Lauer

De tous les articles que j’ai publiés, mon édition “L’IA et le freelancing” est celle qui m’a valu le plus de retours positifs (publics et privés) :

Cependant, depuis Mai 2025 (10 mois !), on peut dire qu’il s’en est passé, des choses sur le marché de l’IA et du freelancing.

Alors il est temps de mettre à jour l’analyse.

Pour cela, j’ai reconstruit l’analyse à froid, avec la donnée 2026 :

  1. Est-ce que l’IA détruit le marché des freelances ?

  2. Existe-t-il des opportunités à saisir (et lesquelles) ?

Toujours sans alarmisme, ni promesse sur la comète.
Juste en nous basant sur les faits et données disponibles aujourd’hui.
Voici la synthèse que j’aurais aimé lire sur l’IA & le freelancing en 2026.

En 2025, l’IA avait redéfini les règles dans tous les secteurs :

  • Premiers signaux : Cursor, un logiciel IA pour les développeurs, devenait l’entreprise la plus rapide à avoir atteint 100M d’ARR (CA annuel récurrent), en seulement 12 mois.

  • Confirmation de tendance : 78% des CEO déclaraient que l’IA est la priorité stratégique de leur entreprise (étude Dataiku & Harris Poll, et d’autres alignées avec ces chiffres).

Et depuis, non seulement la tendance s’est confirmée.
Mais surtout, la dynamique s’est amplifiée.

Ce que l’on a mesuré depuis :

  • Le symbole de marché : Cursor a atteint 1,2 milliard fin 2025 (x12 !), et vient de dépasser les 2 milliards de dollars (encore x2 en 3 mois). Ce sont des records, de loin, qui cristallisent une tendance profonde.

  • Les taux d’adoption sont hors normes : aux US, 47,6% des entreprises utilisent désormais un fournisseur d’IA payant (Ramp AI Index, février 2026). Anthropic (Claude) est passé de 1 entreprise sur 25 à 1 sur 4 en un an.

Pour mettre ces chiffres en perspective :

  • Il a fallu ~20 ans au PC pour équiper 50% des foyers américains et ~6 ans au smartphone.

  • Il a fallu ~15 ans au SaaS pour devenir le standard des entreprises.

  • En face, l’IA générative payante a atteint ~48% des entreprises US en 3 ans.

Aucune technologie dans l’histoire récente n’a eu un taux d’adoption aussi rapide en contexte professionnel.

Alors la question est : quel impact de cette dynamique, aujourd’hui, sur les freelances ?

Début 2025, on voyait les tendances suivantes :

  1. D’un point de vue macro, l’IA ne “détruisait” pas le marché : les plateformes de freelances battaient leurs records de croissance avec des +20% annuels.

  2. En revanche, elle détruisait certains métiers : -20% à -30% de demandes mesurées sur les secteurs de l’écriture, du développement logiciel et du design (on parle d’un vrai crash à l’échelle d’un marché).

  3. Cette “destruction” était compensée par 2 phénomènes :

    1. Certaines catégories ne fluctuaient pas : gestion des données, production vidéo, assistance virtuelle n’avaient pas subi de déclin significatif.

    2. La demande pour des services liés à l’IA tirait la croissance (60% de la croissance de certaines plateformes comme Fiverr).

En 2026, le constat est beaucoup moins nuancé :

  1. Effet de destruction créatrice : hors IA, le marché du service semble flat (ou en décroissance). Mais la demande pour des services IA compense, voire crée de la valeur additionnelle.

  2. Polarisation du marché : des écarts significatifs s’installent entre les profils expérimentés vs juniors, et ceux qui utilisent l’IA vs ceux qui attendent.

2 faits notables :

  1. L’externalisation reste un sujet pour les entreprises : 77% des dirigeants affirment que l’IA augmente leur besoin en talents spécialisés et fractionnels plutôt qu’en CDI traditionnels (Upwork, décembre 2025).

  2. La maîtrise de l’IA continue d’offrir un premium : les freelances spécialisés IA continuent de facturer un taux horaire 44% plus élevé que les autres (Upwork, données 2024-2025 confirmées).

Alors que les plateformes battaient leurs records de croissance l’année dernière, cette année, le marché hors IA s’est ralenti, voire contracté :

  • Upwork : CA qui a battu son record (787,8M$), mais la croissance est très modeste (+2,4%). 53% de la croissance est générée par la catégorie des services liés à l’IA (cette catégorie ayant doublé en annuel), tandis que 11 des 12 catégories majeures ont reculé. [1][2]

  • Freelance.com : CA de 1 052,6M€, mais seulement +0,3% de croissance, et surtout une croissance organique qui recule de -3%. [3]

  • Fiverr : maintient 10% de croissance, notamment parce qu’ils continuent leur stratégie de “montée en gamme de missions” et grappillent des parts de marché à Upwork, mais surtout parce qu’ils adressent spécifiquement les demandes IA (la marketplace “classique” est en déclin (-2% YoY au Q2), et toute la croissance du CA vient des services IA et des services premium annexes). [4][5]

Conclusion : paradoxalement, l’IA est l’unique facteur de croissance du marché en freelance. On est exactement dans la destruction créatrice de Schumpeter.

Précision (rassurante) :

  • En freelance, ma stratégie n’a jamais été de suivre aveuglément une tendance macro : nous sommes une goutte d’eau dans un océan.

  • En revanche, le véritable enjeu est de trouver un positionnement unique qui permet d’exister, peu importent les conditions macros.

  • Une bonne analogie pour adhérer à ce concept : même si le marché de la presse a été ravagé sur les dernières décennies, certains acteurs uniques (ex : Mediapart) (1) ont non seulement émergé (de 0 à 22M+ de CA), mais surtout (2) développé des marges inatteignables pour les autres (10 à 20% d’EBITDA dans un secteur où la rentabilité est rare).

Maintenant, la question qui se pose est : quels sont les métiers les plus touchés, quels sont les secteurs résilients, et que faire ?

Les secteurs les plus touchés sont ceux que nous avions identifiés l’année dernière :

  1. Les métiers de l’écriture

  2. La production de code

Sur l’écriture : On parlait de -30% de demandes en 2025, et ces -30% ont été reconfirmés en 2026. Sur 2 années consécutives, cela signifie que le marché a (déjà) été divisé par 2 par rapport à son niveau de 2024. [6]

Sur la tech (développeurs et code), il faut être plus granulaire :

  • Les postes de développement junior sont les plus affectés : la part des projets entry-level sur Upwork est tombée sous les 9%, contre 15% un an plus tôt. [6]

  • En face, les développeurs seniors restent recherchés : sur TrueUp (qui scanne les offres des grandes entreprises tech), plus de la moitié des postes ouverts sont désormais au-dessus du niveau senior, et il s’agissait de la catégorie avec la plus forte demande. [7]

  • Plus spécifiquement, la part des recrutements IA/ML dans le marché tech serait passée de 10% à 50% entre 2023 et 2025, et les freelances de ce secteur factureraient un premium de 50% par rapport aux autres. [8][9]

Ma prédiction :

  • L’ensemble des secteurs vont suivre la même dynamique que la tech : ce secteur a été le premier touché parce que ce sont les tâches les plus “digitales” et les plus faciles à confier à un outil.

  • Mais la logique de substitution (la tâche est bien définie, digitale, basée sur un livrable) s’applique à d’autres secteurs.

  • Ce n’est qu’une question de temps et d’adoption des outils, qui sont désormais matures.

En dehors de ces catégories, voici les dynamiques que l’on observe et qui permettent de se situer :

La gestion de projet et les opérations (assistance virtuelle, opérations business) : demande stable. L’assistance virtuelle reste d’ailleurs dans le top des compétences les plus recherchées sur Upwork. [10]

Le contenu court et/ou créatif :

  • Sur Fiverr : +66% pour la production de contenu TikTok et +24% pour Instagram, +15% pour les éditeurs de contenu courts. [11]

  • Le montage vidéo complexe est la catégorie qui a le plus progressé après le lancement de ChatGPT (+39%) : il semble que les outils IA accélèrent le travail des monteurs au lieu de les remplacer. [12]

Le design et l’illustration “premium” : demande stable sur Upwork, ce qui contredit le narratif que “le design est mort à cause de l’IA”. Upwork notait que le logo design et l’illustration restaient parmi les compétences les plus demandées en 2025. Avec une nuance importante : les clients veulent des designers qui savent aussi utiliser l’IA. [10]

L’édition et la publication de livres :

  • Je vous partage cette catégorie car c’est une nuance intéressante pour les métiers de l’écriture (se focaliser sur les formats à niveau d’exigence élevé)

  • Croissance sur Fiverr : book publishing +38%, book editing +24%, book design +15%. C’est du travail de production, mais qui demande un niveau d’exigence qualitative et de jugement éditorial que l’IA ne peut pas capter. [11]

Note : même ces catégories résilientes croissent beaucoup moins vite que l’IA. Sur Upwork, les compétences non-IA les plus recherchées progressent de +23% en glissement annuel, contre +109% pour les compétences explicitement liées à l’IA (ratio d’écart de 5). [10]

En 2025, je décrivais 3 opportunités pour naviguer le marché actuel :

  1. Fonctionnement personnel : Utiliser l’IA pour augmenter son levier personnel

  2. Écosystème d’offres : ajouter des services IA spécialisés sur son métier

  3. Émergence de la catégorie des “intégrateurs IA” : se spécialiser sur ces solutions.

En 2026, non seulement ces opportunités sont toujours valides, mais elles sont devenues une obligation, pour 3 raisons :

  1. Les écarts de productivité entre individus sont en train d’exploser.

  2. La technologie est (déjà) mature : il faut l’utiliser.

  3. L’IA devient un vecteur de valeur (et pas uniquement de productivité).

Il y a quelques semaines, le CEO d’Uber expliquait qu’au sein de leurs équipes techs, le top 1% de leurs ingénieurs sont devenus 10 à 30 fois plus productifs que ce qu’ils ne l’étaient il y a 2 ans.

En revanche, c’est au niveau de l’organisation globale (la moyenne) que l’impact de l’IA est encore difficile à mesurer.

Autrement dit :

  • Certains profils ont déjà fait x30 sur leur capacité de production

  • Mais la moyenne est en train de prendre du retard

Ma thèse, c’est qu’il va se produire exactement la même chose dans tous les métiers de service :

  • Explosion du levier : certains profils seront 3x, 5x, voire 20x plus productifs que les autres.

  • Mais polarisation entre profils : la moyenne du marché restera à la traîne.

On vit une époque inédite :

  • Il est impossible de prédire si un individu passe 1 ou 20 heures sur une tâche.

  • Ce qui va créer des écarts de taux horaires significatifs entre prestataires.

Ce qui signifie que :

  • Ceux qui ont des systèmes IA créent des avantages massifs.

  • Ceux qui attendent risquent de subir leur marché.

À plus long terme, il est probable que cette anomalie de marché se corrige :

  1. Les acheteurs (les clients) vont intégrer que le coût marginal du service est proche de zéro

  2. Comme dans le SaaS, il faudra construire des avantages concurrentiels profonds pour conserver du “pouvoir de pricing” (probablement liés à la donnée et aux infrastructures propriétaires)

Il faut avoir en tête que les écarts de productivité sont déjà mesurables :

  • Sur les 20 derniers jours, je suis passé en mode expérimentation : je me suis dit que j’allais construire le système complet pour optimiser la production de ce que je faisais manuellement sur des projets historiques.

  • Puisque je partais de zéro, il m’a fallu une 30aine d’heures pour construire un système qui me permet de déléguer à l’IA la majorité des tâches requises.

  • Résultat : en une demi-journée, je me suis amusé à (re) produire une de mes missions de l’année dernière. En 3 heures, j’ai sorti ce qui m’avait pris 20 heures à l’époque.

Mais la barrière à l’installation est en train de tomber :

  1. Grâce à la méthode : je dirais aujourd’hui que je pourrais le reconstruire de zéro en 10 heures (effet initial d’apprentissage)

  2. Grâce aux outils : entre-temps, Anthropic avance dans ses systèmes et facilite encore + l’implémentation

  3. Grâce aux templates : la majorité des templates/frameworks du système sont copier-collables, ce qui signifie que si je les conservais, l’installation ne prendrait que quelques heures.

Personnellement, je suis très excité par ce qui est en train de se produire.

NB : Si cela vous intéresse, j’ai prévu une édition dans laquelle je documente justement ce système ;).

Jusqu’ici, on passait 10% de notre temps à réfléchir, et 90% à produire.

Aujourd’hui, on se dirige vers un monde dans lequel on passe 50% de son temps à concevoir, 30% à superviser, et 20% seulement à produire dans les détails.

C’est une transformation profonde et identitaire.

Selon moi, l’erreur à ne pas commettre serait de rester focalisé sur “Comment je mets l’IA dans ce que je faisais avant” (évidemment nécessaire).

Au lieu de “Comment j’utilise la technologie pour augmenter la valeur” (le levier de long terme).

La séquence que j’adopte est la suivante :

  1. Prioriser ce qui libère du temps (maintenant)

  2. Réallouer ce temps sur ce qui crée de la valeur

Évidemment, il y a énormément de concepts que j’ai envie d’aborder ici...
Mais ce sera l’objet d’éditions futures.

Tous secteurs confondus, l’IA est LE sujet numéro 1 sur lequel travailler aujourd’hui car :

  1. Les taux d’adoption 2025-2026 ont (déjà) créé des transformations de marchés supérieures à ce qu’on anticipait il y a 1 an

  2. L’ensemble des secteurs se transforment (et pas seulement le freelancing)

  3. La prestation de service vit un avant/après :

    1. Destruction créatrice : le marché se renouvelle sur la demande.

    2. Polarisation entre prestataires : certains émergent quand d’autres subissent.

    3. Opportunités significatives : c’est le moment de prendre le train.

Durant les prochaines semaines, je vais partager davantage de contenus sur :

  1. Les systèmes IA que je conçois justement pour répondre à ces transformations.

  2. Comment créer de la valeur, et pas uniquement de la productivité.

À très vite,
Rémi

Sources utilisées :

[1] Upwork, résultats annuels 2025 (CA 787,8M, +2,4%) : [investors.upwork.com](https://investors.upwork.com/news-releases/news-release-details/upwork-reports-fourth-quarter-and-full-year-2025-financial)

[2] Upwork, résultats Q3 2025 (GSV IA +53% YoY, 53% de la croissance GSV tirée par l’IA) : [investors.upwork.com](https://investors.upwork.com/news-releases/news-release-details/upwork-reports-third-quarter-2025-financial-results)

[3] Freelance.com, CA annuel 2025 (1 052,6M€, +0,3%, organique -3%) : [abcbourse.com](https://www.abcbourse.com/marches/freelancecom-depasse-le-milliard-d-euros-de-chiffre-d-affaires-en-2025_689904)

[4] Fiverr, résultats annuels 2025 (CA 430,9M, +10,1%, acheteurs actifs -13,6%) : investors.fiverr.com

[5] Fiverr, résultats Q2 2025 (marketplace -2% YoY, croissance tirée par les services IA et premium) : sec.gov

[6] Vollna Upwork Market Report 2025 (écriture -32% YoY, entry-level sous 9%) + Mediabistro compilation : mediabistro.com

[7] Pragmatic Engineer / TrueUp (plus de 50% des postes ouverts au-dessus du niveau senior) : newsletter.pragmaticengineer.com

[8] FinalRound AI (part des postes IA/ML passée de 10% à 50% du marché tech) : finalroundai.com

[9] Index.dev (premium de 40-60% pour les spécialistes IA/ML, seniors à 2-3x les juniors) : index.dev

[10] Upwork, In-Demand Skills 2026 (compétences non-IA +23% vs IA +109%, full stack / VA / graphic design stables) : investors.upwork.com

[11] Fiverr, Business Trends Index automne 2025 (TikTok +66%, social media +33%, book publishing +38%) : fiverr.com

[12] Winvesta / compilation données plateformes (montage vidéo +39% post-ChatGPT) : winvesta.in

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