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La tête dans le cul · Jul 20, 2026

Qu'est-ce le TOC du couple ?

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Myriam Daguzan Bernier · La tête dans le cul

Vous avez probablement déjà entendu parler du TOC (trouble obsessif compulsif). Mais le TOC du couple, ça vous dit quelque chose ? Si ce n’est pas le cas, c’est normal : on en parle encore trop peu et, moi-même, comme sexologue, je n’ai découvert ce trouble qu’en cours de pratique clinique. Pourtant, il mérite d’être plus fréquemment abordé.

Je vous propose donc de plonger dans ce sujet encore trop méconnu.

Bonne lecture ! 🙂

Et, si ça vous dit, j’ai aussi écrit quelques textes chez Urbania et JALF récemment :

Comme l’indique son nom, le TOC ou trouble obsessif compulsif est un enjeu de santé mentale qui se classe parmi les troubles anxieux dans le DSM-5. Il comprend deux éléments distincts : 1) l’obsession et 2) la compulsion. Le premier se présente sous forme de pensées envahissantes et récurrentes, tandis que le second est lié à des comportements répétés qui servent à apaiser les pensées. Dans le cadre d’un TOC, une personne peut avoir envie de répéter un geste de vérification, comme examiner les boutons du poêle plusieurs fois, pour calmer son anxiété face à un éventuel incendie.

Là où le TOC du couple diffère du TOC général, c’est que le comportement obsessif compulsif porte sur la relation en cours ou sur la ou le partenaire. Une personne pourra, par exemple, remettre en question ses sentiments pour l’autre, même si elle se sait amoureuse et dans une relation saine. Ou, encore, toujours chercher à repérer les défauts de sa ou son partenaire.

Les obsessions porteront sur la compatibilité du couple (ex. : est-ce vraiment la personne pour moi ?), sur la fidélité (ex. : est-ce qu’il ou elle me trompe ?) ou encore sur l’attraction (ex. : suis-je assez attirant ou attirante pour mon ou ma partenaire ?). Quant aux compulsions, elles serviront à atténuer les éléments que l’on vient de nommer et passeront par des vérifications, des comparaisons, un besoin d’être rassuré.e, mais à outrance. Et ce n’est souvent jamais assez.

Le TOC du couple diffère de questionnements ou de doutes qui peuvent survenir dans un couple de façon normale et saine. Ici, il y a de la souffrance, de l’anxiété et un sentiment d’urgence qui vont bien au-delà de la simple remise en question.

Comment savoir si on souffre du TOC du couple ? Est-ce qu’il y a une façon de départager celui-ci des doutes et pensées récurrentes raisonnables au sein d’une configuration relationnelle ? Ce n’est pas toujours facile, car les manifestations du TOC du couple peuvent s’apparenter à des questionnements légitimes sur la relation et la ou le partenaire.

C’est pourquoi il faut analyser ce qui se passe avec attention. Je reprends ici les questions du site OCDandme.com qui aident beaucoup à y voir plus clair :

  • Qu’est-ce qui active l’anxiété ? Est-ce en réponse à un événement précis ou est-ce que cela arrive plutôt de façon impromptue ?

  • Est-ce que des moments de la journée sont gaspillés parce que des pensées intrusives monopolisent toute l’attention, ou s’agit-il simplement de réflexions passagères ?

  • Qu’est-ce que ces pensées amènent comme émotion : de la tristesse ou de la panique ?

  • Est-ce que le réconfort apporté par la ou le partenaire fonctionne et offre un réel apaisement, ou bien est-ce que ça ne fait que calmer temporairement l’anxiété ?

  • Les enjeux rencontrés sont-ils liés spécifiquement à cette relation ou est-ce qu’il y a un pattern qui revient dans toutes les relations ?

  • Les problématiques sont-elles associées à des enjeux réels du couple ou s’agit-il plutôt de malaises qui émergent même au cœur d’une relation qui va bien ?

  • Est-ce que les doutes ressentis mènent à des stratégies concrètes pour les régler (ex. : conversation de fond avec la ou le partenaire) ? Est-ce que cela mène plutôt à des comportements obsessifs pour se rassurer (ex. : demander continuellement à sa ou son partenaire des preuves d’amour), mais la stratégie ne fonctionne jamais réellement ?

Comme l’indique un excellent texte sur le sujet sur psyche.co, le TOC du couple va faire ressurgir quatre éléments en particulier :

  1. l’énergie grandissante que demandent les remises en question;

  2. l’accent qui sera mis sur les petits détails agaçants et assez anodins en temps normal (ex. : la ou le partenaire qui fait du bruit en mangeant) plutôt que sur des enjeux d’importance (ex. : les buts communs à long terme);

  3. l’inconsistance des émotions ressenties (ex.: une minute, on ressent de l’amour pour le partenaire, celle d’après, c’est incertain);

  4. la présence de compulsions pour se rassurer (ex.: avoir besoin de validation constante et immédiate pour calmer l’anxiété).

Ces divers éléments peuvent vous permettre de distinguer un véritable problème dans la relation de couple de préoccupations liées à l’anxiété d’un des partenaires.

Plusieurs exemples ont déjà été offerts dans les sections précédentes, mais plus il y en a, plus c’est facile de comprendre à quel point ça peut être envahissant et souffrant et, surtout, comment cela peut s’immiscer dans différentes sphères de la vie du couple.

Sur la relation :

  • Remettre en question le couple à la moindre insatisfaction sans réussir à se raisonner sur le fait que la relation va bien dans son ensemble;

  • Vivre du FOMO face à d’autres relations possibles ou avoir peur d’avoir fait une erreur en se mettant en couple avec cette personne;

  • Scruter et analyser la relation pour y déceler le moindre problème, même s’il est de peu d’importance;

  • Se comparer aux autres relations alentour de soi.

Sur la ou le partenaire :

  • Analyser et scruter les moindres faits et gestes de la ou du partenaire afin de pouvoir lui reprocher quelque chose;

  • Mettre constamment l’accent sur ce qui dérange de la ou du partenaire plutôt que sur ses bons côtés;

  • Tester sa ou son partenaire pour vérifier si ses réactions correspondent aux attentes (personnelles ou sociales);

  • Repasser dans sa tête des moments précis pour y analyser les actions ou paroles de son ou sa partenaire, ou au contraire celles qu’il ou elle aurait pu dire ou faire, pour ensuite les lui reprocher.

On peut aisément imaginer à quel point ça peut devenir épuisant pour la personne qui vit ce TOC, d’être constamment dans cette boucle de questionnements et d’inquiétudes. Mais c’est aussi difficile pour la ou le partenaire. Et, sans surprise, les impacts de ce trouble sont majeurs pour la relation et les personnes impliquées. Conflits fréquents, évitement, fuite, culpabilité, mal être, peur, incompréhension et sentiment d’impuissance peuvent contribuer à fragiliser le couple.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a des choses à faire et à mettre en place pour en sortir (voir section 5). Mais avant, il faut savoir ce qui crée le TOC du couple.

Plusieurs éléments peuvent contribuer à la présence de ce trouble anxieux. Du côté de Medical News Today, on explique qu’il n’y a pas de réponse précise pour le moment, mais qu’il y aurait des facteurs communs comme la génétique ou l’état psychologique, par exemple si la personne a vécu du stress, une dépression ou de l’anxiété, ce qui peut renforcer le trouble.

Dans une étude de 2016, réalisée entre autres par Guy Doron, souvent cité comme spécialiste du TOC du couple, on indique que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte dans le développement de ce TOC. Cet enjeu est associé à « une détresse personnelle et dyadique importante », mais aussi à d’autres symptômes, comme « une affectivité négative,[…] une faible estime de soi, […] une faible satisfaction relationnelle, […] des troubles de l’attachement et […] une altération de la fonction sexuelle ».

Différentes approches thérapeutiques sont recommandées dans le cas du TOC du couple. La Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est souvent citée, plus particulièrement la Thérapie de l’exposition et prévention de la réponse (EPR) qui se fait dans le cadre d’une psychothérapie (et non en relation d’aide) ou la Thérapie de l’acceptation et de l’engagement (ACT).

L’EPR va permettre à la personne de s’exposer progressivement à des situations qui font émerger les peurs et les réactions anxieuses (obsessions) afin qu’elle puisse éviter les réactions habituelles (compulsions), et cela, avec l’accompagnement de la ou du thérapeute.

L’ACT va donner à la personne l’occasion de travailler à accepter les situations et pensées difficiles, à se détacher de celles-ci (défusion cognitive) pour ne pas aller vers les comportements habituels compulsifs et plutôt prendre un pas de recul et voir les pensées pour ce qu’elles sont : de simples réflexions, pas des actions. Elle permet de revenir à une clarification de son ressenti et de ses valeurs fondamentales en prônant l’importance du « ici et maintenant ».

Ce qui rejoint aussi le recours à la pleine conscience. Non seulement elle est efficace pour gérer l’anxiété, mais elle permet aussi de revenir à soi et apprendre à mieux se réguler et, idéalement, arriver à mieux contrôler le cycle du TOC pour le freiner avant de se lancer dans la spirale habituelle qui reproduit une réponse inadaptée à la situation.

Un ouvrage hyper connu et accessible sur l’ACT est celui-ci, du médecin et psychothérapeute Russ Harris :

Sinon, la communication avec sa, son ou ses partenaires demeure aussi une étape importante. Prendre le temps d’expliquer ce qu’on ressent et nommer ses questionnements face au TOC du couple peut aider l’autre à mieux comprendre ce qui se passe et participer activement à trouver des solutions.

Et, bien sûr, consulter peut apporter beaucoup à la personne qui consulte, car on peut déjà, dans un premier temps, réduire la culpabilité ressentie en mettant le doigt sur l’enjeu du TOC du couple et, ensuite, comprendre son fonctionnement et mettre en place des stratégies afin d’en réduire les effets.

Finalement, travailler à défaire les mythes entourant le couple va grandement contribuer à enlever du stress face aux attentes sociales et aux idéaux relationnels qui ne sont souvent pas très réalistes. Comme ceci, par exemple :

FAUX ! Même si un couple est en bonne santé, on peut se questionner sur la relation et se demander si elle nous convient toujours. C’est un processus sain et normal.

PAS NÉCESSAIREMENT. Une relation, ça change avec le temps et… nous aussi! Des éléments sont peut-être à ajuster, des choses qui convenaient avant ne conviennent peut-être plus actuellement, des événements de vie bousculent peut-être un peu (et parfois beaucoup!) le couple. Se remettre en question ne veut pas automatiquement dire que l’amour n’y est plus; c’est avant tout le signe qu’il y a probablement des ajustements à faire, des discussions à avoir. Le temps pour un petit bilan ? Pourquoi pas !

EH BEN, NON. Les relations amoureuses, c’est complexe. Cette idée du fameux « the one and only » est problématique sous plusieurs aspects. D’abord, elle met une pression énorme à trouver LA personne parfaite pour nous, alors que ça n’existe pas vraiment. Aussi, parce que différentes personnes peuvent nous convenir dans la vie. Et même si on sent qu’on a trouvé LA perle rare, une relation, ça se travaille et ça s’entretient ! Si on pense qu’une fois la relation trouvée, tout est réglé pour la vie, ouch, la réalité sera dure à avaler !

Si vous croyez être en face d’un TOC du couple, soit personnellement ou via votre partenaire, parlez-en et allez chercher de l’aide. C’est une situation peu évidente pour tout le monde, mais il y a des choses à mettre en place et ça peut s’améliorer. Dans un monde idéal, tout le monde aurait accès à des soins en santé mentale, et je vous dirais de consulter. Mais sachant les coûts et les délais actuels, je vous mets aussi ce programme d’autosoins de TCC Montréal avec la thérapie ACT. Le site offre aussi plusieurs autres guides et capsules vidéos pour vous aider à cheminer à travers divers enjeux, comme l’anxiété, les troubles alimentaires ou le trouble de stress post-traumatique, par exemple.

En espérant que cette infolettre vous aura permis d’en apprendre plus sur ce sujet.

On se revoit au début du mois d’août avec l’infodouce.

À bientôt ! 🙂

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Read the original on latetedanslecul.substack.com

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