Il est 8h54, nous sommes jeudi. Mon père et mon fils sont partis promener le chien. J’ai enfilé un débardeur et un short au saut du lit. Depuis notre arrivée dimanche, j’ai très vite renoncé à me maquiller. Je n’en ai aucune envie et c’est bien plus facile pour remettre de la crème solaire.
À défaut de chicorée, je déguste mon deuxième café de la matinée. Je suis dans le jardin. La pluie n’est pas loin et la fraîcheur qu’il en résulte est délicieuse.
Hier soir, nous sommes allés voir une pièce de théâtre au festival off d’Avignon. J’adore le théâtre et j’adore ce festival. Cela fait plus de 10 ans que je n’y étais pas retournée et pourtant il a lieu tous les étés à quelques kilomètres de chez moi. J’aime passer mes journées à alterner terrasses et strapontins, à voir la ville qui bouillonne et les gens parler entre eux dans la rue.
La pièce que nous avons vue hier s’intitule « de 7 à 77 ans », une jolie comédie portée par deux personnages : un petit-fils menant une vie de bohème à Paris et suspendu à son smartphone, et un grand-père veuf depuis déjà quelques années. La suite, on la connaît. Denis demande à Franck de se passer de son téléphone, ce mur qui se dresse entre eux à chaque notification, pendant dix jours.
Au début le jeune homme fait de la résistance, répétant régulièrement : « on se fait chier ». Notamment, dans le tableau de la randonnée où le grand-père lui annonce qu’ils vont rester l’après-midi entier à contempler la vue. Face à cet énième « on se fait chier », Denis lui répond quelque chose comme : « vous voulez toujours occuper le temps mais le temps, ça se déguste ».
J’ai tout de suite pensé à ce film avec Jean Reno où un grand-père accueille ses petits-enfants l’été. Je n’ai pas vu le film (qui est Avis de mistral de Rose Bosch) mais je me souviens très bien d’une réplique de Jean Reno dans la bande-annonce : « moi je veux voir le temps passer, je veux voir défiler ma journée ».
C’est ainsi que je me demande : faut-il être vieux pour vivre au présent ?
Je pense à mon propre papa qui après une vie effrénée et deux burn-outs, a enfin trouvé une retraite paisible à la campagne. Il a renoncé à la voiture, préférant faire la majeure partie de ses trajets du quotidien à vélo. Il a troqué la télévision contre des podcasts et de la musique classique. Il se lève et se couche en même temps que le soleil. Lorsqu’il part se promener, son seul but est de trouver un joli coin à dessiner. Il aime déguster le temps et voir passer ses journées. Il se sent ainsi « proche de la vérité » comme le disait son propre père avant lui.
Je n’ai jamais su si cette citation venait de Pierre Foulon ou d’un écrivain connu.
Hier, pendant la pièce, nous n’avons pu nous empêcher de penser au duo qu’il forme, lui et son propre petit-fils.
Mon fils est bien trop petit pour vivre à Paris ou avoir un smartphone. Pourtant à cinq ans, il a finalement une vision du temps bien plus proche de celle de mon père que nous autres, adultes actifs.
À cinq ans, les enfants ne se projettent pas. À cinq ans, ils vivent au présent. À cinq ans, ils ne comprennent pas pourquoi on les presse le matin à finir vite vite leur petit déjeuner et « mais tu n’as pas encore mis tes chaussures ? ». À cinq ans, on sait s’ennuyer. Même si on n’aime pas cela.
À l’âge adulte, on rêve de s’ennuyer tout en fuyant l’ennui avec nos téléphones.
Je ne pense donc pas qu’il faille être vieux pour savoir (et aimer) vivre au présent. Je pense au contraire que c’est quelque chose d’inné que l’on perd, puis que l’on passe toute sa vie d’adulte à vouloir retrouver.
Je vous souhaite un doux week-end, conjugué au présent.
Pauline
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