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Chicorée latte · Jul 25, 2026

Ce qui reste de nos étés d'enfance

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Pauline L'Ananas blonde · Chicorée latte

Nous sommes jeudi matin. Il doit être aux alentours de huit heures et demie. Je viens de finir ma séance de sport et je savoure ma chicorée en silence. Fait exceptionnel : Raphaël dort encore. Il faut dire qu’il s’est couché tard hier soir. Mon cousin et ses enfants sont venus dîner et il a voulu veiller « avec les grands ». Privilège des vacances d’été.

Je n’avais pas revu mon cousin depuis trois ans. Comme une bonne partie de ma famille paternelle, ils vivent en Normandie. Ce qui rend les opportunités de se voir assez fugaces.

Cela me semblait plus simple quand nous étions enfants. Nos pères nous réunissaient souvent pour Noël ou pour les vacances d’été.

Nous étions ravis de nous revoir. Il est difficile de résumer nos vies sur quelques heures d’une soirée. Alors comme à chaque fois, nous aimons faire un petit tour dans le passé et évoquer nos souvenirs d’étés partagés.

Lorsque nous étions enfants, nous avions une grande tante qui vivait à Saint-Raphaël. Elle nous adorait et nous prenait régulièrement en vacances. Là-bas, c’était le paradis : piscine, plage et télé à volonté !

Pourtant hier soir, je me suis aperçue que nous n’en avions pas forcément les mêmes souvenirs. « Tu te souviens quand elle nous réservait des transats sur la plage privée de La Tortue avec boissons et goûters ? On descendait ensemble, on se baignait, on goûtait puis on remontait chez elle, c’était la belle vie ! »

Je me souvenais en effet que notre Tatie B. était riche et qu’elle aimait nous en faire profiter. Mais j’avais beau creuser ma mémoire, je ne me rappelais pas de cette histoire de plage privée et de goûters.

Mes souvenirs à moi sont tout autres : l’éclipse solaire de 2003 dans le jardin, les feux d’artifice que l’on voyait de sa terrasse, les promenades digestives du soir sur le port (qui finissaient souvent en glace vanille sur un cornet), « Fort Boyard », les pommes de terre qu’elle épluchait tous les dimanches matins pour les faire dorer dans la Vegetaline (deux fois, toujours) puis qu’elle servait avec de la mayonnaise car « c’est pas tous les jours dimanche », jouer à s’enterrer dans le sable, le beurre qu’elle m’avait appris à mettre avec mon fromage, mes cahiers de vacances sur la toile cirée, la cassette vidéo de la comédie musicale « Le Bossu de Notre-Dame » en boucle, les haricots verts que l’on équeutait ensemble, « Sous le soleil », les parties de Nintendo 64 avec mon cousin, faire des bombes dans la piscine, son pain de poisson que je lui réclamais à chaque fois, « La carte au trésor », l’ennui pendant les parties du club de Scrabble dont elle était présidente, plonger la tête la première dans les vagues, La tribu de Dana, le soin que je mettais à choisir ma robe lorsqu’elle nous emmenait au restaurant.

Il a poursuivi avec d’autres histoires et je me suis presque excusée de ne pas m’en rappeler non plus. Sans doute parce qu’ayant quatre ans de moins que lui, j’en avais onze quand lui en avait déjà quinze.

J’y repense encore au moment où je vous écris. Le petit matin est souvent propice aux divagations de l’esprit. Et il me semble que la réponse ne vient pas de notre âge mais de nos émotions. Nous nous souvenons de ce qui a le plus créé d’émotions en nous. Pour lui, cette anecdote de la plage privée complètement improbable, le franc-parler de notre Tatie B. qui le faisait hurler de rire et le kiff des grasses matinées à n’en plus finir. Pour moi, les bonheurs gustatifs, la joie de passer mes journées dans l’eau et le plaisir d’avoir un accès illimité aux programmes télé. Oui c’est bien cela. C’est ce que nous ressentons qui fait que nous nous en souvenons.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec ma propre parentalité. Je dis souvent à mon fils de profiter de son enfance car c’est la plus belle partie de la vie. « Pourquoi crois-tu que les adultes passent leur temps à se la remémorer ? ».

Je trouve cela reposant de me dire que je n’ai pas besoin d’en faire des tonnes, de dépenser de l’argent, d’acheter des choses inutiles pour l’inviter à se créer de beaux souvenirs. Car les beaux souvenirs sont finalement des moments simples, joyeux, et surtout partagés avec d’autres personnes qui nous ont offert leur temps et leur attention.

Pauline

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