✍️ Anna Jégo, présidente de Komune
Il y a quelques jours, on a commencé à vous parler d’un projet un peu fou : créer une plateforme gratuite pour la présidentielle de 2027. Un outil pour comparer les candidat·es, mais pas comme on le fait d’habitude. Pas juste avec leurs promesses, ce qu’ils racontent sur les plateaux télé ou les clashs. Un outil pour les comparer à partir de leurs programmes, mais aussi de leurs votes passés, de leurs actes, de leurs contradictions, de leurs sources, et de ce que leurs propositions changeraient vraiment dans nos vies.
Et là, il s’est passé quelque chose qu’on n’avait pas anticipé à ce point : vous vous êtes emparé·es du projet.
Nos publications sur le comparateur ont dépassé les 2 millions de vues. Des centaines de personnes ont répondu à nos formulaires. Plus de 500 personnes soutiennent maintenant Komune financièrement chaque mois. Et près de 100 personnes nous ont déjà proposé leur aide pour construire l’outil : des journalistes, des chercheur·ses, des développeur·ses, des designers, des juristes, des data analysts, des expert·es de sujets précis, des étudiant·es, des personnes directement concernées par les politiques dont on parle... Des gens qui veulent relire, vérifier, tester, coder, sourcer, organiser, diffuser.
À un moment, on s'est regardées et on s'est dit : ok, ce n'est plus juste une idée lancée : c'est un projet collectif qui démarre.
En 2027, on va entendre parler de la présidentielle tous les jours. Des sondages, des polémiques, des débats télé, des déclarations sorties de leur contexte, des duels entre personnalités, des analyses de stratégie. Des « qui monte », « qui baisse », « qui a gagné le débat », « qui a clashé qui ». Et au milieu de tout ce bruit, il faudra choisir.
Mais choisir à partir de quoi ?
Parce que quand on veut vraiment comprendre ce que propose un·e candidat·e, ça devient vite un travail énorme. Il faut retrouver son programme, regarder ce qu’il ou elle a déjà voté, comprendre ce qu’il ou elle a fait au pouvoir, repérer les contradictions, vérifier les sources, lire les bilans, retrouver les déclarations passées. Il faut distinguer ce qui est une vraie mesure, ce qui est une récupération, ce qui est flou, ce qui est impossible à financer, ce qui a déjà été tenté.
Et tout ça est éparpillé partout : sur les sites de campagne, dans les archives de l’Assemblée, dans les rapports publics, dans les médias, dans les interviews, dans les bilans de ministères, dans des PDF de 80 pages que personne n’a le temps de lire.
Alors on décroche. Pas parce qu’on s’en fiche, mais parce que tout est rendu illisible, il faut presque devenir enquêteur·ice à plein temps. Et c’est exactement ça qu’on veut changer.
Vos réponses au formulaire sont très claires : vous ne demandez pas un outil qui pense à votre place, mais un outil qui vous aide à reprendre la main.
La majorité d’entre vous veulent voir les contradictions et comparer les candidat·es par sujet. Pas programme contre programme, pas personnalité contre personnalité. Par sujet : logement, santé, écologie, école, discriminations, services publics, droits des femmes, droits LGBT+, Outre-mer, ruralité…
Parce qu’au fond, ce qui nous intéresse, c’est ce qu’un programme change dans la vie. Qu’est-ce que ça change si je suis locataire ? Si je vis à la campagne ou en Outre-mer ? Si je suis en situation de handicap ? Un programme politique ne tombe jamais sur tout le monde de la même manière.
L’autre chose qui ressort, c’est la méfiance face aux promesses. Vous voulez voir ce qu’un·e candidat·e a déjà voté et aussi, les conséquences concrètes des programmes, qui finance les campagnes, les sources des propositions.
Ça dit qu’on ne veut plus seulement entendre « voilà ce que je promets ». On veut pouvoir demander : qu’est-ce que tu as voté ? Qu’est-ce que tu as fait quand tu avais le pouvoir ? Qui finance ta campagne ? Et si cette mesure passe, qui est protégé, qui est fragilisé, qui paie ? Entre une promesse et un vote, il peut y avoir un monde. C’est là que la politique deviendra lisible.
On vous a aussi demandé quels sujets vous semblaient surreprésentés dans le débat médiatique. Les réponses sont massives : 83 % citent l’immigration, 80 % l’insécurité, 69 % les polémiques sur l’islam. Non pas que ces sujets n’existent pas, mais vous les trouvez traités de manière obsessionnelle et anxiogène : pendant que la santé, l’école, le logement, le climat, le handicap ou le coût de la vie passent au second plan.
Dans vos réponses libres, trois personnes veulent qu’on parle de l’Outre-mer et une dit « comme d’une réalité, pas comme d’une carte postale ». Une autre demande quel programme est le plus dangereux pour les droits LGBT+. Une autre pose simplement la question : « qu’est-ce que ça change si je suis locataire ?»
Ce sont ces questions-là qu’on veut faire entrer dans l’outil.
Tu arrives sur la plateforme, tu cherches un sujet, par exemple le logement. Tu vois ce que les candidat·es proposent, mais aussi ce qu’ils ou elles ont voté, fait au pouvoir, leurs contradictions, les sources, les conséquences possibles. Tu compares tous les candidat·es, ou seulement ceux que tu veux. Tu lis une version courte pour comprendre vite, ou tu ouvres une fiche détaillée pour creuser.
On veut aussi intégrer des profils de vie, parce qu’une mesure n’a pas le même effet selon qu’on est jeune ou retraité·e, locataire ou propriétaire, précaire, queer, racisé·e, rural·e ou ultramarin·e. L’idée n’est pas de réduire le vote à « ce qui m’arrange, moi », c’est l’inverse : rendre visibles les effets concrets des programmes sur différentes vies, pour mieux comprendre ce qu’ils produisent collectivement.
Et vos retours ont déjà changé l’outil. Vous nous avez dit que tout afficher d’un coup devenait illisible : on a ajouté le choix des candidat·es à comparer. Que vous vouliez comprendre vite mais pouvoir creuser : on a construit deux niveaux de lecture. Que les contradictions et les sources devaient être au centre : c’est la plus grande exigence.
Ce projet pose une question légitime : pourquoi nous faire confiance ? Komune est un média avec une ligne éditoriale. On est un média antiraciste, on parle de discriminations, d’extrême droite, de rapports de pouvoir. On ne va pas faire semblant de venir de nulle part.
Mais justement : plus un projet est politique, plus sa méthode doit être solide. On ne veut pas construire un outil qui dit pour qui voter, ni un classement magique, ni un test politique déguisé. On va publier une charte d’engagements qui dira noir sur blanc comment on travaille : comment on source, comment on distingue une promesse d’un vote ou d’un acte, comment on signale les zones floues, comment on corrige une erreur. Et on la soumettra publiquement, parce que la méthode aussi doit pouvoir être discutée.
Une phrase revient beaucoup dans vos réponses : « restez factuelles, sourcées et irréprochables ».
Ce qui nous a le plus touchées, c’est que vous ne nous avez pas seulement dit « bonne idée ». Vous nous avez dit : « je peux aider. » Près de 100 personnes peuvent coder, faire du journalisme, de la recherche, de la data, du design, de la relecture, du fact-checking. D’autres disent simplement : je ne sais pas quoi faire, mais je veux aider. C’est précieux. 💛
Pour transformer cette énergie en quelque chose d’utile, on construit une organisation : des groupes de travail, des sujets prioritaires, des règles de contribution, une méthode de vérification et de relecture.
La première version sortira mi-août. Ce sera une V1 : elle ne contiendra pas tout et ne sera pas parfaite. Mais elle posera les bases : une interface claire, des candidat·es à comparer, des sujets structurés, des sources visibles, des contradictions mises en avant.
Le vrai enjeu, ce n’est pas de sortir un site mi-août. C’est de le tenir pendant toute la campagne : compléter, mettre à jour, corriger, ajouter des candidat·es et des sujets, suivre les annonces, vérifier les votes, organiser les contributions.
Il y a quelques semaines, on se demandait si Komune pouvait continuer d’exister. Aujourd’hui, plus de 500 personnes nous soutiennent chaque mois et on peut de nouveau se projeter. Merci 💛
Mais pour faire ce projet, il faut atteindre 800 soutiens mensuels. Ce cap nous permettrait de dégager un vrai temps plein sur le comparateur : du temps pour coordonner et organiser ce projet colossal, construire une équipe pour chercher les sources, vérifier les votes, construire les fiches, développer la plateforme, faire relire les sujets, mettre à jour pendant toute la campagne.
Un outil comme celui-là ne se construit pas entre deux rendez-vous, le soir à 20h, après des prestations client. Ou alors il sera fragile. Et nous, on veut sortir un outil solide : gratuit, sourcé, accessible, open source, évolutif. Soutenir Komune chaque mois, même à partir de 4 €, ça nous donne ce qui nous manque le plus : du temps.
On veut qu’en 2027, quelqu’un qui se sent perdu puisse ouvrir la plateforme et se dire : ok, là je comprends un peu mieux. Qu’il puisse comparer, vérifier, se faire son propre avis, et en parler autour de lui sans répéter ce qu’il a vu passer en extrait sur les réseaux. On veut que la présidentielle ne soit pas un long tunnel de bruit, mais qu’il existe un endroit où respirer et regarder les faits.
Voter à partir de faits et sortir du brouillard.
Donner votre avis sur ce que vous voulez retrouver dans la plateforme :
Proposer votre aide si vous avez du temps, des compétences ou simplement l’envie de contribuer :
👉 c'est par ici pour rejoindre
Soutenir Komune chaque mois, même à partir de 4 € (Si tu es imposable, 66 % de ton don est déductible des impôts : un soutien de 7 € par mois te revient en réalité à environ 2,40 €) :
Merci à toutes les personnes qui ont soutenu, répondu, partagé, proposé leur aide, et à celles qui nous challengent aussi. Grâce à vous, ce n’est plus une idée. C’est un projet qui se lance. Et on va tout faire pour qu’il soit à la hauteur !
À très vite,
Anna
PS. On publiera bientôt une première version de notre charte d’engagements. Vous pourrez la lire, nous faire des retours, la challenger.
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