Cacochyme, adjectif et nom
(vieilli) Se dit d’une personne qui a une constitution faible / une santé déficiente.
“Badass” ou encore “dure à cuire” en bon français, est un terme majoritairement utilisé pour décrire une femme forte et courageuse. Globalement, une femme pleine de charisme, qui obtient tout ce qu’elle veut, grande gueule, qui se bat à l’épée alors même qu’elle a 3 poignards plantés dans le corps, le nez en sang, mais qui ne faiblit pas devant son adversaire de 3 fois sa taille et qui accepte (presque) sans râler son destin.
D’ailleurs, si je vous dis “personnage badass”, je suis sûre et certaine que vous avez au moins un nom, voire deux, qui vous vient à l’esprit (je vous laisse me dire lesquels en commentaires 🫡).
J’en avais déjà parlé à l’époque, via un post Instagram, mais je pense qu’il est bon de le répéter : les personnages féminins n’ont pas besoin d’être badass pour être de bons personnages. Ils n’ont pas besoin d’être badass pour être forts.
Les perso féminins dans les romans (ou séries) n’ont pas besoin d’être badass pour être dignes d’intérêt. Chaque année, lors de la journée du 8 mars, les posts mettant en avant ces héroïnes clichées pullulent sur les réseaux sociaux.
(Je rappelle que le 8 mars est la journée internationale des luttes des droits des femmes et pas la journée de la femme. 🤪)
Mais, tout comme dans la vie de tous les jours, une femme n’a pas besoin d’être « à toute épreuve » pour être intéressante.
On aime les héroïnes fortes, mais être forte, ça veut tout dire et surtout pas grand-chose. Surtout que très souvent, les héroïnes badass sont les héroïnes qui tuent à tout va et ne pleurent jamais, et même si j’avoue aimer, de temps en temps, ce cliché s’il est bien écrit, il devient insupportable dans sa mise en avant quasi systématique.
Tout simplement parce qu’être forte, c’est aussi se lever le matin alors qu’on est en dépression, c’est accepter ses émotions, c’est merder, c’est accepter le fait d’avoir des défauts, c’est être indulgente avec soi-même, avoir de la compassion, c’est avoir un grand cœur et ne pas le cacher, c’est continuer à s’émerveiller des petites choses, et la liste pourrait continuer ainsi pendant longtemps.
Bien sûr, j’aime les héroïnes qui défoncent tout sur leur passage, mais pas n’importe comment. J’aime la female rage, la vraie, celle qui ne cède pas devant un love interest, qui est parfois morally grey ; qui ne s’excuse pas. Qui prend ce qui lui revient de droit.
Mais je n’aime pas cette mise en avant systématique, cette catégorisation dans la communication autour de la sortie d’un roman, qui sous-entend que si on n’est pas « badass » ou « hors du commun », alors il n’y a pas vraiment d’intérêt. Alors qu’il y a des personnages féminins si différents, dans des nuances aussi vastes que le monde, qui n’ont pas cette étiquette et qui pourtant sont tout aussi “dures à cuire”, entre autres, de par leur résilience et leur détermination, qui n’est pas toujours extravagante et bruyante (some of us sont introvertis et/ou autistes, merci de respecter notre besoin de calme et de routine 😭).
J’aime encore moins cette catégorisation qu’elle n’est acceptable que lorsqu’il s’agit de personnages blancs. Écrivez un personnage féminin racisé qui répond aux critères sus-mentionnés de la badass attitude, et vous constaterez à quel point, tout à coup, ce personnage est jugé “insupportable” et très vite détesté. Mais c’est un sujet que j’aborderai dans une prochaine info-lettre.
On ne le répètera jamais, l’art est politique. Vous savez ce qui est aussi un enjeu politique ? La jeunesse. Les futurs adultes qui sont, plus que jamais, modelés par la pop culture - les personnages de roman, ceux de séries et de films, etc.
À vrai dire, c’était déjà le cas à mon époque, il y a quelques années. Et il m’a fallu atteindre l’âge adulte et me déconstruire pour me rendre compte à quel point ce cliché de femme badass avait déterminé mon adolescence, mon rapport aux autres, mon rapport à mes hobbies, à ce que je m’autorisais à aimer et à comment je devais être perçue en tout temps.
Parce qu’il est bien là, le problème à toujours vouloir mettre sur un piédestal les personnages féminins dits badass - au sens cliché du terme. On ne laisse plus la place aux personnages d’être autre chose que des dures à cuire, on ne laisse pas la place aux émotions autre que la colère et la détermination tapageuse. On présente cette même détermination à travers un prisme très violent et de résilience forcée.
On conditionne les jeunes filles, et les jeunes femmes, à penser qu’être forte = refuser les stéréotypes généralement associés à la féminité.
On va prendre un exemple très simple : détester la couleur rose. Je compte nombre de femmes dans mon entourage qui adorent le rose et qui le revendiquent (moi la première) alors qu’elles ont atteint l’âge adulte en répétant à qui voulait l’entendre que “le rose, non jamais, ewww”.
C’est alors qu’on se rend compte que détester le rose, les choses mignonnes, lire de la romance, regarder des séries doudou, n’étaient pas le problème en soi. Non, le coeur du problème est qu’on nous bassine H28 avec le fait qu’on ne peut pas être “forte” et aimer les choses jugées “féminines”. Ou alors, à l’extrême, avec des personnages féminins sexualisés à l’extrême, des perso “femmes fatales” qui dominent le monde du haut de ses escarpins à talons aiguilles (j’en ai porté pendant des années, croyez-moi bien que c’était surtout la douleur aux pieds qui me dominait).
On associe depuis des décennies la femme forte à la femme de pouvoir, de colère, de guerrière. On a créé des générations de “Not like other girls” qui arrivent à l’âge adulte, pleines de traumas et qui doivent faire la paix avec le fait qu’être forte, c’est tellement de choses différentes, tellement de nuances ; que d’un jour à l’autre, le baromètre change.
Les femmes fortes pleurent aussi.
Tant qu’on ne présentera pas aux jeunes lectrices des personnages féminins divers, nuancés, qui n’affrontent pas forcément des situations dramatiques ou qui les affrontent avec une santé mentale compliquée, avec l’envie de tout lâcher, qui parfois abandonnent, qui râlent, qui pleurent, qui se choisissent elles avant le reste, on continuera d’alimenter une vision et un modèle erronés.
Comme si on n’avait pas d’autre choix que la colère. Et la colère est légitime, je suis une personne pleine de colère (coucou Taous Merakchi, toi, moi, on se sait), la colère peut être un moteur. Malheureusement, la colère est nécessaire en tant que femme dans nos sociétés patriarcales, mais au contraire, ce n’est pas parce qu’on est en colère qu’on est fortes.
Ça, c’est simplement l’image que les gens associent au terme “badass”.
Salama Kassab, Tant que fleuriront les citronniers (Zoulfa Katouh)
Iris Winnow, Divine Rivals (Rebecca Ross)
Risa Amakawa, C’est de l’amour, crois-moi (Fujimomo)
Louison Niel, Noah sous les étoiles (ouais, c’est pas publié, y a quoi ?)
Henrielle Arcand, Loving you is a losing game (y a quoi, bis ?)
…
Merci d’avoir tout lu, la bise sur vos deux joues et remember :
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