Tu fais une action sur LinkedIn, un like, un commentaire, une republication, une publication. Et tu as l’impression que ça ne t’apporte plus grand-chose. D’autant plus aujourd’hui avec la baisse généralisée du “reach”. Pourtant, cette action est vue par des membres parce que l’algorithme a décidé que c’était le moment de te croiser. Enfin “action”, si c’est un like, tu es totalement invisible puisque ton rôle s’est limité à passer le plat, le contenu que tu as liké.
En fait, ce qui me travaille en ce moment, ce n’est pas la visibilité en soi. C’est le fait qu’on est souvent résumé à un fragment. Une personne tombe sur un bout isolé de nous, une publication, un commentaire, et ce bout devient, malgré nous, notre “identité”. Parce que nous sommes éparpillés façon puzzle sur la plateforme. Tu as la ref des Tontons ?
J’aime utiliser l’image de la commode avec ses tiroirs. La commode, c’est ma présence globale, ce que je suis ou pense être. Ou voudrait être. Bref, c’est la vue d’ensemble. Les tiroirs, ce sont mes traces avec une publication, un commentaire, un article, une prise de position. Le problème, c’est que la plupart des personnes ne voient jamais la commode. Ils n’entrouvrent qu’un tiroir. Allez, parfois deux, puis ils en déduisent le reste. C’est naturel, le cerveau recrée une réalité à partir des fragments auxquels il accède. Hum, je t’entends penser qu’“il est pas commode, le Bruno”. Ça n’a rien à voir.
Sur LinkedIn, tu laisses des traces partout. Le texte que tu écris, les commentaires que tu poses, les contenus que tu repartages, même les likes que tu lâches sans y penser. Tout cela participe à la perception, à cette “personnalité en ligne” que les autres te prêtent.
Ces traces ne sont jamais vues en un seul bloc. Chacun voit une sélection, un échantillon. Et cet échantillon, il suffit à déclencher une conclusion rapide, alors que toi, tu as une vision plus large de ce que tu fais et de pourquoi tu le fais.
Je le vois souvent dans ma propre activité. Je parle de mon livre Maîtriser LinkedIn en conférence, et certaines personnes me rangent dans une case logique pour eux : “auteur”, “conférencier”. Elles ne pensent pas naturellement à “conseil”, “formation”, “accompagnement”, alors que tout est lié dans ma tête et dans mon quotidien. C’est écrit, ailleurs. Sur mon site et sur mon profil. Ce n’est pas que ces interlocuteurs se trompent volontairement. Ils font avec ce qu’ils ont sous les yeux. Une trace, un morceau, une information, et ils remplissent le reste avec leurs propres repères. Un travail de synthèse de ma part semble s’imposer pour résoudre ce défaut de perception.
Il y a une mécanique physique simple liée au fonctionnement de la plateforme : le fil d’actualité nous distille. L’algorithme choisit à qui montrer quoi, et quand. Résultat, une même personne peut te suivre, être connectée avec toi, et néanmoins elle ne voit qu’une infime partie de ce que tu dis, de qui tu es.
Pourtant, il y a bien une forme de logique de profil complet sur LinkedIn avec l’accès à l’ensemble de ton activité. Seulement, personne n’investit du temps pour consulter l’entièreté de ton activité. Ce qui compte le plus, ce sont les derniers contenus que tu as écrits, tes publications, tes commentaires, tes articles. C’est là que ta personnalité se dévoile, que tes sujets majeurs sur lesquels tu “travailles” occupent le terrain. Tout est accessible au lecteur et à l’algorithme.
LinkedIn ne fonctionne pas comme un journal intime, ni un terrain de jeu pour étaler tous les sujets qui te traversent l’esprit - enfin ne devrait pas, selon moi, bien que certain(e)s s’y adonnent. C’est un hub de connexions entre professionnel(le)s et un hub de conversations. Je le considère davantage comme un outil de travail qui s’articule autour d’un enjeu identifié pour limiter les risques de dispersion.
Parce qu’on ne peut pas courir plusieurs lièvres simultanément sur LinkedIn. Ma recommandation a toujours été de se concentrer sur ses enjeux. Ce n’est pas une question d’envie ou de masquer certaines de ses compétences. C’est plutôt technique, je dirais, parce que les nombreuses traces se mélangent, se croisent, se perdent, et finissent par brouiller la lecture. Recentrer, c’est décider sur quoi tu veux être identifié, et accepter de laisser le reste en arrière-plan. Le lecteur a besoin de cohérence pour te comprendre. L’algorithme, lui aussi, pour décider de te donner un peu de visibilité.
Dans mon cas, je peux parler de LinkedIn, de l’usage humain de LinkedIn, et de l’IA, avec ses apports et ses dérives. Ça construit un ensemble cohérent. Si je pars dans tous les sens, si je partage des morceaux intéressants (enfin mes biais cognitifs me le font penser), je perds la compréhension globale. Bon, j’avoue que ça m’arrive de toute façon, volontairement pour tester ou involontairement.
Aucune recette magique à te vendre pour résoudre cet éparpillement. J’ai des questions que je me pose, que j’invoque avant de cliquer sur “publier”.
Quelle idée peut se faire un lecteur à la lecture de cette publication ou de cet article ?
Faut-il vraiment que j’ouvre ma gueule sur ce sujet par rapport à d’habitude, alors qu’il risque de brouiller la vue générale ?
Si on lit mes derniers commentaires, capte-t-on mon angle d’argumentation ?
Au-delà de ces questions, je te propose un exercice. Choisis deux sujets centraux sur lesquels tu veux être identifié. Lis tes dix derniers commentaires comme si tu ne te connaissais pas. Est-ce que ta proposition de valeur ressort ?
Refais l’exercice avec tes cinq dernières publications. Aurais-tu envie de te connecter ou de suivre cette personne (toi) ?
Je termine avec deux idées qui me trottent dans la tête pour nourrir la réflexion si tu as aussi cette volonté de recomposer ton puzzle.
La première, ce serait de créer une fiche de synthèse par sujet. L’idée, c’est de prendre le temps de se poser sur un thème sur lequel on prend régulièrement la parole. En rassemblant nos différentes traces disséminées : publications qui posent l’idée, commentaires qui nuancent ou argumentent des convictions, exemples retour d’expérience terrain, articles qui vont plus loin. L’objectif, c’est de transformer une série de morceaux éparpillés en un repère lisible, à mettre en avant sur notre profil, ou à ressortir quand quelqu’un nous découvre via un seul tiroir.
La deuxième, c’est de se construire une landing page assumée en dehors de LinkedIn. Une sorte de page de contexte qui donne une vue construite de nos sujets, de notre manière de les aborder, et de ce que nous cherchons à déclencher comme conversations. En évitant l’égocentrisme et le nombrilisme, tout en rassemblant nos prises de parole sur des podcasts, des conférences, des articles invités, des webinaires. Ainsi que nos fiches de synthèse.
Les deux pourraient vivre dans LinkedIn comme contenu épinglé dans Sélection ou dans un article de référence. L’enjeu, c’est de trouver le juste équilibre pour aider le lecteur à recoller les morceaux dans une optique d’influence professionnelle, sans donner le sentiment d’un panneau publicitaire qui fasse professional branling (je te confirme, il n’y a pas d’erreur de frappe).

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