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Maîtriser LinkedIn x Influence Professionnelle · Jun 22, 2026

De l’économie de l’attention à l’écologie de l’intention

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Bruno Fridlansky · Maîtriser LinkedIn x Influence Professionnelle

Mardi matin, 10h05. Tu ouvres LinkedIn avec une idée assez claire en tête. Tu te dis que tu vas publier une publication (je ne dis jamais post), commenter quelques publications des membres que tu suis ou en dehors de ton réseau, relancer une relation pour prendre des nouvelles.

Bref, tu ouvres LinkedIn. Tu arrives sur ton fil d’actualité. Là, une punchline t’accroche, un visuel capture ton regard, une prise de position t’agace, un carrousel te fait de l’œil (quoique peut-être un peu moins à l’avenir). Alors tu lis, tu réagis, tu commentes. Tu scrolles, tu lis, tu réagis, tu commentes. Tu scrolles, tu… (la roue du hamster, vois-tu).

Puis tu fermes l’application dans un moment de lucidité. Et tu ressens cette impression bizarre, comme si tu avais été occupé sans vraiment avoir avancé. Il est 10h45.

Si tu t’es déjà retrouvé dans ce scénario, rassure-toi, tu n’es pas un cas isolé. Tu es (nous sommes) tout simplement humain face à une plateforme qui sait très bien capter notre attention. Je fais partie aussi de la cohorte. Combien de fois je me suis fait happer le cerveau en ouvrant LinkedIn alors que j’y allais pour récupérer une information précise. Je ne fais plus partie de cette cohorte car j’ai changé de méthode. Enfin, j’en fais moins partie, je reste faillible.

Le premier piège, c’est la page d’accueil par défaut : le fil d’actualité. A moins de se connecter via un favori sur ton profil, tes notifications ou ta messagerie, la page d’accueil de LinkedIn, c’est ce fil d’actualité infini. Tu as beau te connecter avec une action précise à mener, tu commenceras toujours par le piège fil d’actualité dont l’offre à consommer est choisie par l’algorithme. Donc, il y a de fortes chances, avec des contenus très loin de ton objectif du moment, suffisamment bien emballés pour te détourner, te faire réagir, te faire rester. Le fil d’actualité peut toutefois être utile, on y reviendra. En revanche, c’est franchement un piège quand tu y arrives sans intention définie, parce qu’il te met en position de consommateur avant même que tu aies décidé de ton action.

L’autre piège arrive quand tu veux prendre la parole. Tu as envie de publier pour être lu et tu te projettes alors très vite vers les KPI, ceux qui flattent l’ego avec les impressions, les likes, les commentaires. À partir de là, tu peux te surprendre à parler davantage à l’algorithme pour le tromper, l’influencer, le détourner plutôt qu’à des humains. Tu réfléchis “format”, “accroche”, “mécanique” avant de réfléchir “conversation”, à activer des leviers qui jouent sur les biais cognitifs de l’audience plutôt que de te comporter comme tu le ferais dans une discussion professionnelle dans la vraie vie. C’est mon point de repère, ça, la vraie vie. Une déformation que je tiens du Cluetrain Manifesto selon mon psy, avec son premier mantra “les marchés sont des conversations”.

Parce qu’une publication, au fond, c’est une conversation que tu lances. Tu proposes un sujet, tu tends une perche, tu invites des personnes à entrer dans l’échange, et tout ce qui fait la qualité d’une conversation dans la vraie vie reste valable ici. La clarté, l’intention, l’écoute, la justesse, et une forme de respect pour l’attention des autres, pour le temps des autres. L’économie de l’attention ne respecte pas ton temps. J’ai failli écrire l’économie de l’addiction. C’est aussi un peu ça.

Il y a une satisfaction qui ressemble à une victoire, et qui laisse plutôt un goût amer quand tu refermes LinkedIn. Tu as eu beaucoup de likes, ta publication a circulé, tu as “performé”, et pourtant, quand tu quittes l’application, tu n’as aucun prénom en tête, aucune conversation en cours, aucune suite, aucun mouvement réel qui dépasse l’écran. Tu as certes des indicateurs, et cependant rien de concret à emporter avec toi.

Et puis il y a une autre satisfaction, beaucoup plus saine, qui n’est pas un objectif en soi, plutôt un signal. Tu refermes LinkedIn avec une conversation qui a démarré, un échange public qui ouvre une relation, un message privé qui a du sens, une validation de rendez-vous dans le monde physique, une personne identifiée avec qui tu vas pouvoir échanger. Là, tu sens que tu as fait quelque chose d’utile. La dose de dopamine valide l’utilité de ton action, au lieu de piloter ta démarche à tes dépens.

Le déclic que j’ai envie de te proposer est simple, et il ne demande pas de grandes résolutions. La prochaine fois que tu vas ouvrir LinkedIn, arrête-toi deux secondes avant et pose-toi cette question de pourquoi j’ouvre LinkedIn, là, maintenant ? Quelle action précise je viens mener ? OK, ça fait deux questions.

Tu peux même te donner une mission très courte, faisable, presque modeste, l’idée n’étant pas de réussir en une session, plutôt de reprendre la maîtrise sur ce que tu fais, et de voir ce que tu ressens quand tu fermes l’application en emportant du concret.

C’est un exercice que je m’impose à chaque fois depuis plus d’un an désormais. Enfin à chaque fois, j’enjolive un peu. C’est une prise de conscience à la confluence de lectures sur les neurosciences et le fonctionnement de notre cerveau, sur le piratage de ce dernier par les plateformes dites “réseau social”, sur les capacités de captation de notre attention érigée en business plan par les proprios de ces dernières. J’ai alors changé de posture pour passer à une écologie de l’intention.

Cette posture, je l’appelle écologie de l’intention pour contrevenir à l’économie de l’attention. L’idée, c’est d’entrer sur LinkedIn avec une intention formulée, personnelle, parfois temporaire, qui sert de filtre à tout le reste. Cette intention peut être relationnelle, éditoriale, business (au sens large), ou simplement un objectif de conversation. En tout cas, elle doit être posée avant de s’exposer au fil d’actualité et à ses sollicitations.

Cette écologie de l’intention concerne autant le fait de publier que le fait de commenter, de consulter ton réseau, de relancer une conversation, ou d’aller lire des membres qui comptent pour toi. Tu n’as pas besoin d’une intention noble, tu as besoin d’une intention claire, parce que LinkedIn représente un hub de connexion et un hub de conversation. La valeur s’y crée rarement sans… intention.

Si je devais résumer en une équation, je l’écrirais ainsi :
intention = une action + un destinataire + un résultat (hors plateforme serait optimal).

Quand tu veux tirer un bénéfice de LinkedIn, tu gagnes à raisonner en chaîne de création de valeur, parce que tout se tient, et qu’une seule étape mal posée peut te faire perdre du temps en te donnant l’impression de produire.

Ça commence par des résultats concrets que tu vises, au sens large : opportunités, relations utiles, impact, crédibilité, visibilité auprès des bonnes personnes, invitations, demandes entrantes, collaborations. Ensuite vient la valeur que tu apportes, ce que tu proposes à ton audience, ce que tu clarifies, ce que tu aides à comprendre, ton expertise, ton point de vue, ton retour d’expérience. À partir de là, ton profil devient un point d’entrée cohérent, un lieu où l’on comprend qui tu es, ce que tu fais, et pourquoi te parler.

Puis tu prends la parole sur des sujets qui te rendent identifiable, tu nourris des conversations dans les commentaires, tu prolonges en message privé quand c’est naturel, et, progressivement, tu fais ce que trop de personnes oublient, à savoir sortir de LinkedIn, passer à la vraie vie, en visio, au téléphone, au café, sur un évènement, en rendez-vous.

LinkedIn devient alors un espace de déclenchement, un endroit où tu rencontres, où tu mets en mouvement, où tu construis, et non un endroit où tu cherches à faire du bruit.

Comme ton intention est personnelle, elle n’a pas besoin d’être identique selon les profils. Un dirigeant partagera une vision, un cap, une conviction qui donne un repère à son écosystème. Un manager racontera un acte de management, un apprentissage, une manière de faire, et attirera des échanges de pair à pair. Un commercial documentera ses actions terrain sur un salon, un rendez-vous, une objection, un apprentissage, et ouvrira des conversations qualifiées. Un indépendant transmettra une méthode, un conseil, un outil, un tutoriel, et deviendra identifiable sur un problème précis.

Tu peux aussi raisonner en intentions “par usage”, celles qui reviennent très souvent dans la pratique et qui évitent la dispersion. Tu peux ouvrir LinkedIn avec une intention “relation”, parce que tu veux renforcer quelques liens importants. Tu peux y aller avec une intention “écoute”, parce que tu veux comprendre ce qui préoccupe ton écosystème et repartir avec des signaux utiles. Tu peux y aller avec une intention “preuve”, parce que tu veux rendre visible une compétence ou un point de vue que tu incarnes réellement. Tu peux enfin y aller avec une intention “opportunité”, parce que tu veux obtenir une prochaine étape, une mise en relation, un échange, un rendez-vous, bref une suite hors plateforme.

Je reviens sur le fil d’actualité. Il est dual. D’un côté, il constitue un outil très efficace, parce qu’il te donne accès aux publications de tes interlocuteurs, te permettant de saisir des occasions de commenter utilement, de rejoindre des conversations qui comptent, d’apprendre, d’observer, de comprendre ce qui se dit. D’un autre côté, il est ce piège par défaut quand tu y entres sans intention, parce que l’algorithme fait son job en sélectionnant ce qui a des chances de capter ton attention pour te faire (sur)réagir à des contenus qui ne servent ni ton objectif, ni ta valeur, ni tes relations.

La clé tient en une phrase : le fil d’actualité est un outil quand tu l’utilises, et il devient un piège lorsqu’il t’utilise. (Je suis certain qu’une IA aurait écrit cette phrase. Ça craint, j’écris IA)

Je te propose un test très concret, à faire dès demain. Tu choisis, parmi les trois que je te présente, celui qui a le plus de sens pour toi.

Tu fais l’exercice, puis tu fermes LinkedIn. Et tu observes ce que tu ressens.

En amont, tu identifies des personnes avec lesquelles tu veux vraiment entrer en relation, et, si c’est pertinent, tu actives même la cloche pour être notifié de leurs publications.

Quand une publication sort sur un sujet qui fait partie de ta ligne éditoriale, et sur lequel tu as une expertise ou un point de vue à faire valoir, tu rédiges un commentaire (qui apporte quelque chose, ça va de soi). En option, tu peux enchaîner avec un message privé à la personne pour poser une question ou un angle que tu n’avais pas envie ou osé rendre public, afin d’ouvrir un échange en direct.

Le critère de réussite est volontairement exigeant, c’est d’obtenir une réponse à ton message privé. L’autre critère, plus égocentré, c’est le nombre d’impressions que tu obtiendras de ton commentaire. Tu verras que parfois, c’est plus de 10 fois celui d’une publication. Alors, ça reste un indicateur de “reach”. L’intérêt, c’est seulement de le comparer avec celui de tes publications pour comprendre que le commentaire, c’est de la visibilité directe auprès d’une audience concernée par le sujet.

Tu te diriges dans ta messagerie LinkedIn pour y retrouver une ancienne conversation qui mérite d’être relancée, parce qu’elle est intéressante et liée à ton activité. Tu relis rapidement ce qui s’était dit, et tu y apportes une nouvelle information utile sur le sujet, une ressource, un élément concret qui a de la valeur pour ton interlocuteur.

Au passage, je te recommande de marquer “importants” toutes les conversations privées que tu souhaites entretenir à court et long terme pour y avoir un accès immédiat. Le critère de réussite pour cet exercice reste simple, c’est d’obtenir une réponse qui prouve que tu as remis du mouvement dans la conversation et la relation.

Tu identifies, sur LinkedIn ou au gré de tes lectures, une personne avec qui tu désires entrer en relation. Tu regardes son profil (ne fais pas comme lui) et quelques publications pour bien cerner son contexte et ses sujets, puis tu envoies une demande de connexion personnalisée, centrée sur la personne et non sur toi, avec un ancrage clair sur ce que tu as vu, lu, compris.

On te conseillera certainement de privilégier les demandes sans note parce que le taux d’acceptation est meilleur. C’est fort probable. Cependant, rédiger une note te fera sortir du lot des demandes en masse et impersonnelles. Et surtout, c’est toi qui fais la démarche de demander la connexion, donc la moindre des choses, c’est de l’expliciter pour partir sur de bonnes bases. Je reste toujours borné sur mon focus avec LinkedIn, comme hub de conversations, et ça commence dès la prise de contact.

Le premier critère de réussite, c’est l’acceptation. Poursuis dans la foulée la conversation de façon naturelle, sans vendre comme un bourrin, avec une intention simple, presque élégante (j’assume le terme par rapport à tout ce que je peux voir) : en apprendre davantage sur la personne, comprendre ses enjeux, ouvrir une discussion professionnelle qui a de l’intérêt pour elle avant tout. Je sais, je suis de la vieille école commerciale. Pourtant, je t’assure, elle fonctionne encore très bien.

Maîtriser sa présence sur LinkedIn en 2026 et au-delà demande de sortir de l’économie de l’attention dans laquelle on nous enferme pour se mettre dans une dynamique d’écologie de l’intention.

Depuis que j’ai posé une intention avant de me rendre sur mon profil, j’ai changé ma manière d’aborder ma prise de parole et de réagir aux métriques. Je publie pour documenter mon expertise, je commente pour participer aux conversations publiques, je relance mes conversations privées. J’ai amorcé ce changement il y a 7 ans, date de mon dernier like, pour privilégier les conversations.

Je te propose de construire toi aussi ta propre chaîne de valeur qui te ressemble. Parce que si tu n’arrives pas à formuler ton intention avant d’ouvrir LinkedIn, c’est l’algorithme qui la formule pour toi.

Je te propose un test pour les 15 prochains jours. Avant de te mettre sur LinkedIn, tu écris en une phrase ton intention, tu précises l’action que tu vas mener (pour ne pas subir le fil d’actualité), et tu définis le signal de clôture de ta session (une relance envoyée, un commentaire construit publié, une demande de connexion personnalisée envoyée). Puis, tu fais un point factuel à la fin de chaque semaine et un point émotionnel sur ton ressenti. Deal ?

Read the original on influenceprofessionnelle.substack.com

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