“On l’amène à la cave.” “On le pose au garage.” Combien de fois a-t-on prononcé ces phrases pour éviter de prendre une décision ?
L’été est certainement la saison la moins adaptée pour trier notre espace de vie. La chaleur nous écrase, notre énergie fond avec elle, et la seule envie qui nous reste, c’est de rester immobile devant un ventilateur. Les bonnes résolutions de rangement attendent alors la rentrée.
Mais si on inversait la logique ?
Il existe une pièce de la maison qui échappe justement à la dictature de la chaleur. Une pièce qu’on a tendance à fuir, à oublier, à laisser s’alourdir année après année, alors qu’elle est, en pleine canicule, le lieu le plus accueillant de tout notre intérieur : la cave. Quand le grenier devient une fournaise et que le garage retient la chaleur de la journée, elle reste fraîche, parfois même le seul endroit véritablement respirable de la maison. Ce qui nous semblait être un inconvénient (cette pièce enterrée, un peu à l’écart) devient en plein été un atout rare. Une journée entière au frais pour reprendre le contrôle de cet espace oublié : voilà une façon d’habiter la canicule plutôt que de la subir.
Dans ce numéro de La Maison Épurée :
Des espaces qu’on croit extensibles
Ce qui mérite vraiment d’y rester
Le carton “à ranger”
Votre profil face au tri
La méthode pour ne pas se décourager
Une question d’énergie
La cave est un “espace traître”. Comme le garage, le grenier, ou même les box de stockage qu’on loue dans les banlieues de nos villes. On les estime presque extensibles, mais la même règle qui vaut pour notre maison vaut pour eux : on ne peut pas pousser les murs. Entreposer sans jamais se poser de questions nous mène immanquablement à ce moment où on ne peut plus y mettre le pied. Et si on ne peut plus y accéder, on ne peut plus retrouver ni utiliser ce qu’on y a mis, ce qui revient à posséder des objets devenus, de ce fait, inutiles.
Ces pièces nous rassurent au moment de l’achat ou de la location d’un logement, précisément parce qu’on sait qu’en cas de besoin, on pourra toujours y entreposer ce dont on n’a pas un usage quotidien. Mais ce sont des lieux où on ne va que très rarement, uniquement pour y déposer des objets, et on perd vite la notion de ce qu’on y a rangé.
La cave est un confort. On peut garder des affaires sans les avoir sous les yeux en permanence. Mais est-ce qu’on serait prêts à garder ces mêmes objets chez nous, si elle n’existait pas ? Ce simple constat est souvent le moment de bascule car la plupart des affaires qu’on a entreposé pendant des années “sous nos pieds” n’aurait jamais eu le droit de franchir le seuil de notre maison, par la porte d’entrée. Mais pourquoi les garder alors ?
Ces espaces sont faits pour stocker ce dont on n’a pas besoin de façon courante, mais qu’on peut utiliser de façon saisonnière ou ponctuelle. De cette seule phrase découle une règle simple : tout ce qui n’entre pas dans cette catégorie a de fortes chances de ne pas être à sa place.
Quelques catégories reviennent souvent, sans être exhaustives : les affaires de ski ou de sports d’extérieur, les vêtements hors saison (à condition que l’espace reste sain pour ne pas les abîmer), les papiers administratifs qu’il faut conserver, les documents liés à nos années de travail, les outils de bricolage, l’équipement de voiture réservé aux grands voyages.
Une catégorie à part est celle des souvenirs auxquels on tient vraiment, mais qui prennent trop de place chez nous : les affaires des enfants devenus grands, certains objets à valeur sentimentale ou marchande qu’on veut garder “pour le souvenir” mais qui n’ont plus leur place (ou de place) chez nous.
Mais même ces catégories méritent un tri pour ne pas garder les affaires de ski trop petites, les cahiers de dessin en surnombre, l’équipement d’une voiture qu’on ne possède plus, les béquilles d’un accident du passé … ça parait bizarre à lire, mais je vous assure que dans la plupart des caves, tous ces objets trouvent une place. Et n’en laissent aucune pour bouger.
À la fin des chantiers, j'ai souvent remarqué qu'il y a une catégorie de produits qui est transmis, comme un cadeau, des artisans aux clients : les pots de peinture entamés. Sans qu’on s’en rende compte, nos caves gardent toutes les étapes de rénovation de nos espaces de vie (qui n’a pas des cartons de carrelage qui trainent au fond de la cave ?!). On a l'impression qu’ils pourront nous être utiles. Mais c’est rarement le cas. Avec le temps, la qualité de la peinture s'abîme et garder un pot, qui est déjà ouvert, et depuis longtemps, ne pourra jamais nous venir en aide. Il vaut mieux noter les références de peinture utilisées ou acheter des petits échantillons (ou les plus petits contenants) de la couleur au moment où l’on en a besoin.
Si ce sujet touche une corde sensible, j'en parle plus longuement dans un épisode du podcast Épure. Vous pouvez l'écouter ici :
Qui n’a pas ce carton sur lequel est écrit “autres” ? ou pire, “à ranger” ? Ces mots devraient à eux seuls nous alerter : tout ce qu’ils contiennent n’a pas de véritable place chez nous, et c’est précisément ce manque d’appartenance qui nous empêche de savoir qu’en faire. Le désordre, dans ces espaces comme ailleurs, est souvent une décision qui n’a pas été prise.
Dire “je l’amène à la cave” ou “je le pose au garage”, c’est s’accorder du temps supplémentaire pour choisir. Mais un objet sorti du périmètre de notre espace de vie est un objet qu’on oublie vite. Et un objet oublié est un objet qui s’accumule.

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