Au programme :
⭐️ L’actu pour l’égalité ce mois-ci
💥 Ces affaires ne parlent pas que de sexualité. Elles parlent de pouvoir.
💜 3 startups WILLA (co)fondées par des femmes qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles
✨ Nos coups de cœur culture ce mois-ci
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé vouloir présenter en juin au Conseil des ministres le projet de loi visant à transposer la directive européenne sur la transparence salariale, destinée à renforcer l’égalité entre les femmes et les hommes. Affaire à suivre.
Claire Thoury devient la première femme à présider le Conseil économique, social et environnemental (Cese), troisième chambre de la République à rôle consultatif. La présidente du Mouvement associatif, qui fédère plus de 700 000 associations, a été élue avec 97 voix face à Dominique Carlac’h, ancienne vice-présidente du Medef.
L’ancienne ministre et militante féministe Huguette Bouchardeau est décédée à l’âge de 90 ans. Candidate à l’élection présidentielle de 1981, elle avait marqué l’histoire politique française en devenant, dès 1979, la première femme à diriger un parti politique en France, le Parti socialiste unifié.
Le chanteur Patrick Bruel est visé par plusieurs plaintes en France et en Belgique pour viols et agressions sexuelles. Des dizaines de femmes ont livré des témoignages similaires. Alors qu’il doit démarrer une tournée à la mi-juin, plusieurs élus réclament son annulation mais l’artiste, qui nie les accusations, veut continuer à “faire son métier”. Comme à chaque fois que ce type d’affaire éclate, le débat tourne autour des actes, des preuves, de la présomption d’innocence. Rarement autour de ce qui les rend possibles.
La première chose que ces affaires révèlent, c’est l’étendue du silence qui les précède. Des années, parfois des décennies, pendant lesquelles des femmes n’ont pas parlé. On aime croire que ce silence vient d’une hésitation personnelle. La réalité est plus brutale : parler coûte cher, professionnellement.
Une étude de l’INED montre que 25 % des femmes ont été sanctionnées, ont démissionné ou ont perdu leur emploi suite à des violences sexuelles subies. Et encore, ce chiffre ne prend en compte que celles qui ont osé signaler. Pour l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, 95 % des femmes qui subissent du harcèlement sexuel en entreprise ont perdu ou finissent par perdre leur travail, soit parce que leur état de santé ne le permet plus, soit parce qu’elles sont licenciées pour inaptitude.
Certaines femmes sont contraintes de changer leurs horaires de travail, d’éviter des réunions avec un collègue ou un supérieur. Des sacrifices qui peuvent influer sur la perception de la qualité de leur travail par leur entourage professionnel. Le harcèlement n’est pas seulement une violence c’est aussi un frein de carrière invisible.
Ce qui est peut-être le plus troublant dans l’affaire Bruel, c’est moins les actes dénoncés que leur durée. Les faits dénoncés s’étalent sur près de trente ans. Trente ans pendant lesquels des entourages professionnels ont côtoyé, produit, programmé, financé.
Selon Ekilibre Conseil, six salarié.e.s sur dix constatent un impact négatif sur leur travail lorsque le harcèlement n’est pas traité, avec des conséquences telles que des changements de poste, un isolement ou un stress quotidien. Les entreprises qui ferment les yeux ne font pas qu’un choix moral, elles font un choix économique à court terme, en protégeant un “talent” ou une figure centrale, au détriment de la santé collective et, souvent, de leur propre performance à long terme. Une étude de la Harvard Business Review a révélé que les entreprises confrontées au harcèlement enregistrent une baisse de la productivité, une augmentation du taux d’absentéisme et une détérioration de leur réputation.
Dans l’affaire Bruel, ce calcul est particulièrement visible : parmi les plaignantes figure Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance, l’organisme chargé de promouvoir le cinéma français à l’international. Une dirigeante qui prend la parole, c’est rare.
Huit ans après le début du mouvement, les affaires continuent de s'accumuler : PPDA, Depardieu, et aujourd'hui Bruel. Ce n'est pas le signe que les comportements s'aggravent. C'est le signe que la parole se libère enfin. Ce que #MeToo n'a pas encore changé, ce sont les structures qui rendent ces comportements possibles : la concentration du pouvoir entre les mains de quelques-uns, l'absence de contre-pouvoirs réels, les réseaux d'entre-soi qui protègent plus qu'ils ne sanctionnent.
Ce que ces affaires nous rappellent, c’est que l’égalité professionnelle ne se joue pas seulement dans les grilles salariales ou les quotas de représentation. Elle se joue aussi dans la capacité des femmes à exercer leur métier sans avoir à gérer, en plus, la violence de ceux qui détiennent le pouvoir sur leur carrière.
Mauve : fondée par Florence Tersier, est une innovation Tech For Good qui révolutionne la prise en charge des violences sexistes et sexuelles grâce à deux produits synergiques :
Mauve, une plateforme grand public gratuite d’intérêt général, conçue pour faciliter et humaniser le parcours d'aide
Mauve Pro, une solution digitale destinée aux libéraux de santé et du droit pour se former, agir et collaborer au sein d'un réseau interdisciplinaire engagé
EntangleEQ : fondée par Shahinaz Abdelsalam, est une startup qui développe une infrastructure de redevabilité pour l’égalité professionnelle. Elle mesure les inégalités internes via un “inclusion debt score” (salaires, promotions, turnover, incidents…) et les transforme en indicateur auditable, pensé pour le pilotage RH et la conformité réglementaire. Elle propose aussi un programme de prévention des violences sexistes et sexuelles au travail, combinant droit du travail, neurosciences du trauma et approche statistique.
Les Martines : est une application communautaire pensée comme un espace de soutien entre femmes. Elle vise à répondre à l’isolement et au sentiment de solitude encore très présents, en proposant une “safe place” accessible en continu pour échanger autour du travail, de la santé, des relations ou du quotidien.
Elle met en avant la sororité comme levier de soutien et de bien-être, en créant un espace d’entraide entre pairs pour rompre l’isolement social et professionnel des femmes.
Le livre Le Consentement de Vanessa Springora : Une adolescente de 13 ans entre sous l’emprise d’un écrivain beaucoup plus âgé, dans une relation présentée comme amoureuse mais fondée sur une forte asymétrie de pouvoir et d’âge.
Des années plus tard, elle revient sur cette relation et décrit le processus de manipulation, la difficulté à s’en libérer, ainsi que le silence d’un milieu culturel qui a longtemps protégé l’auteur.
La mini série Unbelievable sur Netflix : L'histoire vraie de Marie, une adolescente accusée d'avoir menti sur le fait d'avoir été violée, et de l'enquête menée par deux détectives.
L’épisode L’affaire PPDA du podcast Affaires Sensibles de France Inter : En 2021, l’ancien présentateur du 20H de TF1 Patrick Poivre d’Arvor est accusé de viol par la journaliste Florence Porcel, ce qui ouvre une série de témoignages : au total, 22 femmes dénoncent des faits de harcèlement, agressions et viols sur plusieurs décennies. Les accusations décrivent un système d’emprise lié à son statut et posent la question de l’impunité au sein du monde des médias.
« Lorsqu’on est victime de harcèlement, on se sent seul.e et piégé.e. Mais n’oubliez pas que vous n’êtes pas seul.e. »
Lady Gaga, chanteuse
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