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Racines, Reliance & Révérence · Oct 3, 2025

Colonisation, exploitation des terres & complicité

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Hazel Volk · Racines, Reliance & Révérence

Quand on détruit la Terre pour du profit, quelque chose en nous se défait aussi. Je l’ai vu de mes propres yeux : sur ma terre natale en France, puis en Australie, et maintenant sur l’île de Vancouver. L’argent fracture les communautés : certain·es défendent la terre de tout leur être, d’autres prennent l’argent pour survivre, et beaucoup, de près comme de loin, en profitent sans mesurer qu’ils contribuent à la destruction.

Dans le désert australien, j’ai observé des communautés déchirées par des projets d’exploitation minière, de fracturation hydraulique et de stockage de déchets nucléaires qui menaçaient de contaminer leurs eaux et leurs terres ancestrales. J’ai assisté à des réunions où l’on faisait aux groupes autochtones des promesses d’emplois et de « développement ». J’ai vu des compensations dépensées en montagnes d’objets inutiles promis à la décharge. Un soir, après le travail, j’ai vu une aînée sortir d’un restaurant avec une enveloppe remise par une compagnie minière, était-ce de l'argent destiné à influencer son propre peuple en faveur du projet? Mais j’ai aussi vu d’autres se lever, fatigués mais inflexibles, pour défendre leur territoire.

Les divisions étaient brutales : d’un côté la responsabilité ancestrale, de l’autre l’attrait de l’argent de survie, avec la pauvreté comme étau. Toujours, en arrière-plan, la pression silencieuse d’un système colonial encore à l’œuvre.

Aujourd’hui, je vis sur l’île de Vancouver. Partout où je regarde, je retrouve les mêmes dynamiques : forêts rasées, carrières et sites d’extraction qui s’étendent, bassins versants meurtris, populations sommées de choisir entre le sacré et le rentable.

C’est à travers ces expériences, en voyant des peuples lutter pour préserver leurs terres, leurs langues et leurs traditions, que j’ai commencé à percevoir un contraste saisissant. Même assiégés, les aîné·es autochtones parlaient depuis un sentiment d’appartenance. En face, les consultants et les fonctionnaires parlaient en tableaux et en colonnes de chiffres. Leurs phrases remplies d’air, mais sans racine.

Ce sont j'ai été témoin en Australie et au Canada ne concerne pas uniquement l’exploitation des territoires mais révèle une blessure plus profonde : le déracinement de l’Occident, notre déconnexion de nos propres passés autochtones, de la Terre elle-même.

Les gouvernements et les corporations, qu’ils soient au Canada, en Australie ou en France, sont composés d’élus et d’employés qui ont en grande partie oublié leur propre histoire : aucune mémoire que leurs lignées ont elles aussi été colonisées ; aucune relation vivante avec leurs ancêtres ou avec le monde que ces ancêtres protégeaient ; aucun souvenir des anciennes langues ni du sentiment intime d’appartenir à un territoire, de partager l’espace avec une toile du Vivant qui considérait autrefois les arbres, les rivières et les étoiles comme des parents, des alliés, des membres de la famille, et non comme de simples « ressources » à exploiter.

Nos ancêtres européens furent eux aussi autochtones de quelque part : Celtes, Danois, Slaves, Germains ; mes propres lignées parmi eux, vivaient en relation réciproque avec la terre et le ciel jusqu’à ce que les empires et les armées les forcent dans des systèmes qui remplacèrent la parenté par les contrats, les communs par le profit, les sites sacrés par des temples. Et ainsi, aujourd’hui, la gouvernance est imposée à travers des cadres occidentaux : budgets, audits, rapports, chiffres de croissance. Dans ce cadre, tradition et gouvernement ne peuvent se rencontrer ; ils ne parlent simplement pas la même langue. L’un parle d’être avec le monde, l’autre d’être dans le monde.

Si nous ne considérons pas le monde plus-qu’humain comme un égal: vivant, intelligent, interdépendant et aussi conséquent que notre existence, alors la « gestion » devient contrôle et les « accords » deviennent des permis de nuire par conquête. Tout plan d’exploitation forestière ou extraction minière rédigé en dehors d’une relation vivante au lieu est une colonisation de la Terre elle-même : une conquête non seulement des peuples humains, mais aussi des forêts, des rivières et des autres êtres réduits à des actifs sous gestion.

Quand l’argent devient cosmologie, tout devient poison. Le capitalisme nous atteint tous·tes, autochtones et non autochtones. L’argent ne se soucie ni de la couleur de notre peau ni de nos origines.

C’est inconfortable à admettre, mais les systèmes coloniaux imposent des choix impossibles. De ce que j’ai vu, être autochtone ne signifie pas automatiquement prendre plus soin de la terre, pas plus qu’être non-autochtone ne signifie s’en soucier moins. J’ai été aux côtés de dirigeant·es autochtones signant l’abandon de terres sacrées, et de grands-mères blanches s’enchaînant à des bulldozers, et j’ai aussi vu l’inverse. La révérence et l’indifférence ne sont pas liées à l’origine ; elles sont façonnées par les conditions. La colonisation nous a tou·tes pressé·es dans un système corrompu conçu pour produire ces contradictions.

Temoins de communautés se divisee voir fracturee autour du territoire et de la survie, j’ai compris que la complicité n’est pas toujours violente ou évidente. Elle peut être silencieuse : dans nos choix quotidiens, dans la consommation que nous considérons comme normale, dans nos silences qui permettent aux dommages de perdurer. Ce qui se passe ailleurs, se passe aussi à travers nous: à travers notre manière d’habiter le monde, ce que nous achetons, ce que nous ignorons, et les habitudes que nous répétons et qui nourrissent une économie capitaliste et consumériste mondialisée.

La passivité, c’est complicité. Il n’est pas nécessaire de tenir la tronçonneuse pour faire partie du problème : il suffit de continuer à consommer comme si la Terre était un entrepôt. Nous voyons les produits importés, téléphone, voitures, ou vingt marques de dentifrice en rayon comme des signes de liberté. NNous appelons panneaux solaires, éoliennes, centres de recyclage, poêles à granules et voitures électriques des « solutions », tout en fermant les yeux sur l’extraction qu’ils exigent et leur impact sur les communautés et territoires d’ou il viennent. Ces technologies ne sont pas mauvaises en soi, mais à l’échelle de notre consommation, elles prolongent simplement le même système extractif et destructeur.

Pendant ce temps, les forêts brûlent et les inondations se multiplient. Ce ne sont pas des « catastrophes naturelles », mais des désastres humains : la revanche pour avoir détruit les éponges qui retenaient l’eau, pour avoir transformé des vallées vivantes en corridors d’asphalte et de centres commerciaux; l’écho de choix faits, loin et près de chez nous, dans une économie globale d’extraction, de colonisation et de déconnexion. La décroissance n’est pas une idéologie : c’est une réalité. Une « économie circulaire » sans réduction n’est qu’une roue de hamster enjolivée.

L’avenir de nos terres et de nos communautés, s’il existe, ne sera pas bâti sur le « plus », mais sur le « moins » : moins d’extraction, moins de consommation, moins d’individualisme, moins de destruction. La communauté non comme style de vie, mais comme nécessité, comme autrefois. Il ne s’agit pas de revenir aux cavernes ou aux peaux de bêtes, mais de revenir à la juste mesure, aux limites, à la parenté avec ce qui nous soutient. Huit milliards d’entre nous ne peuvent pas vivre comme des empereurs sans dépouiller la Terre.

Les luttes des peuples autochtones pour défendre leurs terres, les atteintes environnementales et sociales dans de nombreuses régions du monde, et l’érosion des langues, cultures et traditions, sont profondément liées à l’économie consumériste et capitaliste globale dans laquelle nous vivons, et aux systèmes coloniaux qui la soutiennent. Un système où le confort et l’abondance de certains reposent sur l’exploitation des autres et de la Terre. Un mode de vie auquel beaucoup aspirent, même dans des contextes plus modestes en ressources, souvent sans comprendre son véritable coût écologique et culturel : la perte continue de forêts, de cours d’eau, de savoirs, de langages et de liens ancestraux à la terre.

Ne rien changer à notre façon de vivre, c’est être complice. La réparation et la réconciliation commencent ici, dans la prise de conscience de notre propre rôle et dans le choix d’agir. Ce qu’on nous demande, ce n’est pas la culpabilité, mais le courage : ressentir le deuil de ce qui est perdu, et utiliser ce deuil pour bâtir une culture régénératrice.

Car avant les empires, tous nos peuples savaient : nous sommes faits de la même chimie que le sable, les étoiles, le saumon et le cèdre. La colonisation a brisé ces liens, d’abord violemment, puis bureaucratiquement. Si nous ne pansons pas cette blessure en nous tournant vers ses racines, en comprenant où nos ancêtres ont été déconnectés de la terre, de leur culture et de leur communauté, les schémas de destruction continueront à façonner nos vies et nos sociétés. Sans cette libération, nous continuerons à chercher du sens dans les marchés et la sécurité dans des salaires qui exigent que nous détournions le regard.

Nous ne sommes pas séparés. Nous ne sommes pas propriétaires. Nous sommes des invité·es, des gardien·ne·s, de passage ici, pour un court moment. Quelle planète voulons-nous laisser aux générations futures ? Quel genre d’ancêtres souhaitons-nous être ? Nos descendant·es hériteront de nos choix, pas de nos excuses. Le travail ne consiste pas seulement à défendre ce qui reste, mais à changer notre manière de vivre pour que la destruction ne soit plus la norme.

Le travail ne consiste pas seulement à défendre ce qui reste, mais à vivre d’une manière qui rende la destruction non plus la norme. La Terre n’a pas besoin d’être sauvée. C’est nous. Le choix est simple : continuer en tant que consommateur·rice·s, ou nous souvenir que nous sommes des enfants et allié·e·s de la Terre.

Cette carte couvre un siècle retracent l’exploitation des forêts anciennes sur l’île de Vancouver.

Pour celles et ceux qui se demandent par où commencer, j’ai rassemblé dans une note complémentaire quelques gestes simples et mesurables pour réduire notre empreinte écologique et fortifier nos communautés. Ajoutez vos propres idées en commentaire : nous avons besoin de la créativité de tou·tes.

Ce texte est écrit avec gratitude envers les aîné·es, ami·es et communautés qui, consciemment ou non, ont été mes enseignant·es dans la compréhension de mes propres privilèges et du déracinement de mon peuple. Mon intention dans cette vie, par l’écriture, la parole ou le travail de guérison ancestrale, n’est pas de présumer ou de définir l’expérience autochtone, mais de toucher le coeur de mon peuple et ma culture : aider à re-mémorer nos liens ancestraux avec le monde vivant, pour que nous puissions réapprendre à vivre avec lui et cesser de nuire. Je suis consciente de parler depuis une position privilégiée, et je demande pardon pour mes angles morts ; mon chemin de décolonisation est loin d’être achevé.

Je reconnais avec respect que je vis, travaille, apprends, grandis et guéris sur le territoire non cédé de la Première Nation K’ómoks : les peuples Sathloot, Sasitla, Ieeksun, Xa’xe et Pentlatch, gardien·nes traditionnels de ces terres. J’honore leur souveraineté durable et j’offre mon plus profond respect aux Aîné·es passés, présents et émergents, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui continuent à prendre soin de ces terres et de ces eaux sacrées.

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Read the original on hazelmarievolk.substack.com

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