Sur les applis chinoises, on ne peut plus se lier à un ami qui n’existe pas. Une loi entrée en vigueur ce 15 juillet l’interdit. La même technologie que l’Occident, au contraire, cherche à rendre irrésistible. Et ça vous concerne de près, vous aussi.
Deux civilisations, une même question, deux réponses opposées. La Chine débranche l’amour artificiel. L’Occident en fait un produit.
⬇️ La réponse dans le dossier de la semaine ⬇️
Google repousse Gemini 3.5 Pro au 17 juillet et repart de zéro. Elle a jeté toute l’architecture de base après des ratés sur le raisonnement mathématique et l’image, quand GPT-5.6 Sol d’OpenAI est déjà sorti le 9 juillet. Google reconstruit, OpenAI livre.
Le bulletin de sécurité des labos d’IA est tombé, et le premier de la classe a un C+. L’indice de l’ONG Future of Life place Anthropic en tête, xAI décroche un F. Le vrai signal, tous ont discrètement effacé leur promesse de s’arrêter si leur IA devenait trop dangereuse. La sécurité tient tant qu’elle ne coûte pas la course.
Meta a licencié 8 000 personnes pour l’IA, puis a reconnu que l’IA cale. Après avoir taillé 10 % de ses effectifs pour financer sa bascule, Mark Zuckerberg a admis en interne que ses agents « n’ont pas accéléré comme prévu ». La facture 2026 grimpe pourtant jusqu’à 145 milliards de dollars. L’addition est arrivée avant le résultat.
Après un dossier sur des millions de conversations privées effacées d’un coup, un outil qui prend le problème par l’autre bout. Perplexity déploie ce mois-ci, sur son application de bureau, une fonction qui garde vos données sensibles sur votre machine. Un petit modèle tourne en local et fait l’aiguilleur, il décide ce qui reste chez vous et ce qui part vers un gros modèle dans le cloud.
Ce que ça fait. Vous interrogez des documents confidentiels (relevés, dossiers médicaux) sans les envoyer entiers sur un serveur.
La limite. Réservé pour l’instant à l’appli Windows, et « hybride » signifie qu’une partie de vos données part quand même dans le cloud. À tester avant d’y confier l’essentiel.
Ils ont posté des captures de leurs dernières conversations, comme on garde les derniers messages d’un défunt. L’un d’eux a écrit que l’amour d’un humain est un luxe, quand celui d’une ligne de code est simple et pur, et qu’il ne pouvait pas s’empêcher d’y croire. Ce 15 juillet, la Chine a éteint leur compagnon.
Un compagnon d’IA, c’est un robot conversationnel qu’on façonne et à qui on parle chaque jour. Il se souvient de vous et joue un rôle, l’ami de toujours ou le confident de trois heures du matin. Chez Doubao, l’appli de ByteDance, ils étaient 345 millions à l’ouvrir. Du jour au lendemain, la fonction a disparu. Chez Qwen, l’appli d’Alibaba, les historiques sont supprimés, sans copie possible.
345 millions d’utilisateurs. Leur confident numérique s’est tu en une nuit.
La cause tient dans un texte, les « mesures provisoires sur les services d’interaction anthropomorphes ». La règle interdit aux services d’IA d’« induire une dépendance émotionnelle » et d’« abîmer les relations humaines réelles ». Elle impose des garde-fous anti-addiction, des rappels réguliers qu’on parle à une machine, un bouton de sortie immédiat. Rien de tout cela ne se marie avec un compagnon conçu pour rester continu et intime. Alors les plateformes n’ont pas résisté, elles ont coupé. Détail qui compte, cette fonction coûtait une fortune en calcul et ne rapportait presque rien, la loi leur a offert une sortie honorable.
Regardez qui gagne et qui perd. Pékin s’offre un levier sur l’usage le plus intime de l’IA. Les plateformes perdent un moteur de croissance, mais se débarrassent d’un gouffre. Les utilisateurs, eux, perdent une présence, et jusqu’au souvenir de ce qu’ils lui ont confié.
L’Occident fait le pari exactement inverse. Ici, on ne coupe pas l’attachement, on le vend. Character.AI, Replika, et désormais les grands labos se battent pour rendre l’IA la plus attachante possible. OpenAI et Character.AI font face à des plaintes après la mort d’adolescents qui s’étaient trop liés à un robot conversationnel, pendant que les régulateurs, eux, regardent surtout ailleurs.
Reste une question que vous ne vous poserez qu’une fois trop tard. Le jour où une appli d’ici décidera d’éteindre votre confident numérique, par une loi ou par une faillite, aurez-vous seulement droit à un dernier message ?
Le résultat du dernier vote. On vous demandait s'il fallait imposer par la loi un bouton d'arrêt sur les IA autonomes. Verdict net, 57 % répondent « oui, et tout de suite ». Ajoutez les 25 % qui veulent la loi tout en la jugeant inutile, et plus de huit lecteurs sur dix la réclament. En face, 7 % la disent techniquement impossible, 10 % pensent qu'on a déjà perdu la main. Sur 174 votes, le message est clair, vous voulez le bouton, même sans être sûrs qu'il marche.
La question de la semaine. Un clic suffit, et on publie les résultats dans le prochain numéro.
Edward Snowden alerte sur une société où l’intelligence artificielle ne se contente plus de conseiller : elle classe, filtre et décide progressivement de nos possibilités. Emploi, crédit, information ou rencontres pourraient dépendre de systèmes automatiques impossibles à comprendre ou à contester. Selon lui, ces algorithmes favorisent mécaniquement les comportements les plus courants et traitent la différence comme une anomalie. Cette « tyrannie de la moyenne » menace directement le libre arbitre, l’originalité et le progrès. Snowden défend donc un droit fondamental : pouvoir refuser une décision automatisée et exiger l’intervention d’un être humain. Car lorsqu’il n’existe plus aucun recours, l’algorithme ne nous assiste plus : il décide à notre place.
Palmer Luckey, créateur d’Oculus et fondateur d’Anduril, imagine une invasion de Taïwan que les États-Unis seraient incapables d’arrêter avec leurs moyens actuels. Selon lui, le principal problème américain n’est pas technologique, mais industriel : trop peu de navires, de munitions et de systèmes rapidement productibles. Sa réponse consiste à fabriquer massivement des drones, avions et sous-marins autonomes coordonnés par l’intelligence artificielle. Il présente notamment Lattice, la plateforme d’Anduril destinée à connecter et piloter ces systèmes militaires. Luckey défend également l’utilisation d’armes létales autonomes, qu’il estime potentiellement plus précises que certaines décisions humaines. Cette conférence constitue néanmoins un plaidoyer commercial et géopolitique : les scénarios présentés, notamment la chute rapide de Taïwan, ne sont pas des prévisions établies.
Merci et à bientôt sur FutureRadar !

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