À quoi me sert un QI élevé ?
Est-ce que j’utilise au mieux mes talents, d’ailleurs, quels sont mes talents, est-ce que j’en ai vraiment ?
Est-ce que je suis en train de passer à côté de ma vie ?
Mais pour quoi suis-je fait ?
Comment pourrais-je mettre mon intelligence au service de l’humanité ?
Etc.
Ces interrogations ne sont pas l’apanage des personnes à haut potentiel intellectuel. Elles traversent l’existence de nombreux adultes. Pourtant, elles semblent particulièrement fréquentes et profondes chez les HPI, qui décrivent souvent un sentiment difficile à nommer : celui de vivre en décalage par rapport à leur potentiel, comprenez par là « en-dessous » de leur potentiel.
Cette expérience est parfois qualifiée de crise existentielle. Le terme peut sembler excessif et dramatique. Il désigne simplement ces périodes où les grandes questions se font plus présentes : Quel sens donner à ma vie ? Que vais-je faire du temps qui m’est donné ? Suis-je à ma place ?
L’une des caractéristiques fréquemment observées chez les personnes à haut potentiel est leur capacité à envisager simultanément de nombreuses perspectives. Elles ont d’ailleurs une meilleure aptitude à prévoir l’avenir et à l’anticiper que la moyenne.
Cette richesse cognitive est précieuse. Mais elle a aussi un revers : lorsque l’on perçoit de multiples possibilités, chaque choix implique de renoncer à encore plus d’alternatives et génère encore plus de questionnements et de doutes. Le sentiment d’avoir emprunté le mauvais chemin surgit plus facilement tout comme la paralysie due à l’abondance d’options.
À cela s’ajoute une réflexion souvent précoce sur les grandes questions de l’existence. La psychologue Ellen Winner a montré dans son livre “Gifted Children: Myths and Realities” que de nombreux enfants à haut potentiel manifestent très tôt une curiosité pour les idées abstraites, les paradoxes et les questions philosophiques (*). Pourquoi sommes-nous là ? Qu’est-ce que la mort ? Comment expliquer l’injustice ?
Ces interrogations ne disparaissent pas à l’âge adulte. Elles accompagnent les HPI tout au long de leur vie. Elles sont parfois envahissantes et perturbantes au point que certains HPI préfèreraient renoncer à leurs capacités hors norme pour jouir de la sérénité du normo-pensant.
De nombreux adultes à haut potentiel ressentent un écart entre ce qu’ils pensent pouvoir apporter et ce qu’ils expriment réellement dans leur vie quotidienne. Ils occupent un poste à forte responsabilité, ils bénéficient d’une situation confortable et obtiennent des résultats satisfaisants, du moins aux yeux de leurs interlocuteurs. Il manque pourtant quelque chose et ce sentiment d’inachevé vient presque annihiler les résultats obtenus. Cette frustration de ne pas réussir à utiliser pleinement son haut potentiel produit parfois de l’amertume, un sentiment d’inaccompli. À l’inverse, il peut aussi jouer un rôle moteur et inciter, c’est plus positif, à chercher ce qui fait notre singularité et à l’exprimer. Cette quête est souvent le déclencheur d’une demande d’accompagnement de type coaching.
Les personnes à haut potentiel démontrent une sensibilité particulière aux incohérences, aux contradictions et aux absurdités du monde qui les entoure. Elles repèrent d’un coup d’œil le moindre écart entre les valeurs affichées et les comportements réels ou encore entre les promesses faites et les réalisations. Cette lucidité constitue un atout précieux. Mais elle peut également devenir source de désillusion ou d’indignation.
Pourquoi tant de décisions semblent-elles irrationnelles ? Pourquoi certaines organisations découragent-elles l’initiative ? Pourquoi des problèmes évidents restent-ils sans solution ? Pourquoi continuer à faire davantage de ce qui ne fonctionne pas ?
À force d’observer ces contradictions, certains HPI développent un sentiment de lassitude ou de découragement qui nourrit leur questionnement existentiel.
Un autre aspect souvent évoqué concerne le sentiment de solitude intellectuelle. Bien sûr, les HPI ne sont pas condamnés à l’isolement, mais statistiquement, il leur est difficile de rencontrer d’autres HPI, pire encore pour les THPI. Le psychanalyste Heinz Kohut aborde la notion « twinship », ou besoin humain de rencontrer des semblables qui partagent la même vivacité intellectuelle, le même goût pour la complexité, la même intensité et la même curiosité : nous avons besoin de nous sentir compris par des personnes qui partagent une expérience proche de la nôtre. Or, nous nous sentons parfois bien seuls à vivre ces questionnements.
Le psychiatre et psychologue Kazimierz Dabrowski propose une lecture originale de ces périodes de remise en question. Selon lui, certaines crises ne sont pas des signes de dysfonctionnement mais bien plutôt des étapes de développement. Il parle de « désintégration positive » : les anciennes certitudes se fissurent parce qu’elles ne suffisent plus à contenir ce que la personne est en train de devenir. Vue sous cet angle, la crise existentielle, bien que douloureuse, n’est pas nécessairement un problème à résoudre le plus vite possible. Elle peut être une invitation à creuser :
- Quels aspects de ma vie ne me ressemblent plus, ne me nourrissent plus ?
- Quelles capacités ai-je laissées en sommeil ?
- Quels nouveaux domaines puis-je explorer pour y trouver de potentiels talents ?
- Quels projets mériteraient de prendre davantage de place dans ma vie ?
- Quels environnements me permettent de me développer dans un sentiment de sécurité psychologique ?
La crise existentielle prend chez les HPI une forme particulière : celle d’une conscience aiguë des possibles, d’une sensibilité aux contradictions du monde ainsi que d’un désir profond d’alignement. Aussi inconfortable soit-elle, cette période de questionnement est souvent le signe d’une évolution, d’une mue en cours. Au lieu de chercher à l’éviter, de la minimiser ou de s’y enfoncer, efforcez-vous plutôt de repérer le(s) message(s) caché(s) : que pouvez-vous faire évoluer en vous et / ou dans votre environnement qui vous aiderait à vous sentir davantage aligné, en termes de talents et de valeurs ?
(*) ainsi qu’une curiosité insatiable, un goût prononcé pour l’apprentissage et une réflexion précoce.
Je suis Florence Meyer, coach certifiée, auteur et membre de Mensa. J’aide les HPI et THPI à canaliser leur intensité, à révéler leur plein potentiel et à retrouver du plaisir dans leur vie professionnelle. Ce sujet vous parle ? Contactez-moi à champdupossible@gmail.com
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