Amira Hass, Haaretz, 14 août 2026
La préoccupation de l’ambassadeur des USA pour un citoyen usaméricain à Qusra, ainsi que l’émoi provoqué par les informations parues dans les médias internationaux, font pâle figure en comparaison du fait que l’armée israélienne punit une fois de plus les Palestiniens pris pour cible par les colons.
Jeudi, peu avant 7 heures du matin, l’ambassadeur des USA en Israël, Mike Huckabee, a gratifié le monde d’un message publié sur X à propos des événements de Qusra. Huckabee affirmait que des soldats et des policiers israéliens avaient évacué avant l’aube, à la demande de son ambassade, les « terroristes israéliens », comme il les appelait.
Que cette affirmation soit vraie ou fausse, ce message a fait grand bruit en Israël. Après tout, Huckabee, baptiste, est un soutien notoire du projet de colonisation juive en Cisjordanie, et sa nomination avait été perçue comme la preuve du soutien sans limite du président américain Donald Trump à une Israël favorable aux colonies.
Ce message rappelle aussi que Huckabee doit tenir compte des partisans de son parti aux USA et qu’il est conscient de l’évolution en cours parmi les électeurs républicains et les chrétiens fervents à l’égard d’Israël. Dans un anglais peu soigné, Huckabee a écrit que les « actes de ceux qui ont commis cet horrible acte de terreur destiné à intimider et harceler cette famille sont répugnants ».
Malgré la formulation maladroite et les détails vagues, l’ambassadeur est manifestement au courant du fait que l’une des maisons assiégées appartient à un citoyen usaméricain vivant aux USA et qui a été interviewé par les médias usaméricains. Après tout, on ne l’avait pas entendu lorsque des colons avaient assiégé une maison à Jalud et en avaient expulsé la famille Tubasi.
On peut également conclure de ce message que Huckabee s’est empressé de défendre la Maison-Blanche – c’est-à-dire son président, Donald Trump – et qu’il répondait aux critiques reprochant à Trump de ne pas être intervenu.
À en juger par ce qu’il a publié trois heures plus tard, on peut aussi conclure qu’il avait reçu plusieurs remarques sur son choix de mots. Dans le second message, il n’écrivait plus « terroristes », mais « intrus illégaux venus intimider des habitants palestiniens ». Il ne répétait pas non plus son affirmation selon laquelle l’USAmérique devait être créditée de l’« évacuation » de ces intrus, se contentant d’insister sur le fait qu’« il est tout simplement inexact de dire que @Israel ou @usembassyjlm n’a rien fait pour protéger les propriétaires palestiniens/citoyens usaméricains».
La vérité est qu’il serait parfaitement exact de dire précisément cela. Ni Israël ni les USA n’ont pris la peine de protéger des milliers de citoyens usaméricains qui sont aussi Palestiniens et propriétaires de maisons en Cisjordanie, et qui subissent, depuis avant même le 7 octobre 2023, des attaques organisées menées par des fermes de colons, des avant-postes de colonies et leurs satellites, ainsi qu’une prise de contrôle hostile de leurs terres.
Les principales victimes sont les habitants de villages de la région de Ramallah – par exemple Mukhmas, Turmus Ayya, Deir Dibwan et Al-Mazra’a al-Sharqiya. Des représentants de l’ambassade des USA leur ont parfois rendu visite. Huckabee a effectué une visite très médiatisée à Taybeh, le seul village de Cisjordanie dont la population est entièrement chrétienne. Jack Khoury a rapporté jeudi dans Haaretz que, sous la pression des attaques et du harcèlement, 15 familles et des dizaines de jeunes avaient quitté le village ces dernières années.
Revenons maintenant à la réalité, loin du monde des publications en ligne. Jeudi après-midi, les colons continuaient de circuler dans Qusra et d’y semer la terreur parmi les habitants, selon les mises à jour régulières des journalistes de Haaretz Matan Golan et Rawan Suleiman.
Au cours de ces heures, il est apparu que l’armée faisait une fois de plus ce qu’elle fait automatiquement depuis des décennies : punir les Palestiniens attaqués par les colons et qui continuent de l’être. Avec un cynisme battant de nouveaux records, l’armée a ordonné aux familles palestiniennes de Qusra de quitter leurs maisons, y compris celles qui étaient assiégées, pour une raison opérationnelle ou une autre.
Outre le choc d’être contraints de quitter leurs maisons pour une durée indéterminée, les habitants ont une autre raison bien concrète de s’inquiéter. Au cours des trois dernières années, l’armée a pris le contrôle de dizaines de maisons en Cisjordanie et les a transformées, pour des périodes plus ou moins longues, en bases ou en centres d’interrogatoire.
Les soldats ont laissé derrière eux destructions et saleté, et les habitants et propriétaires palestiniens ont dû dépenser beaucoup d’argent pour nettoyer et réparer les dégâts. Dans de nombreux cas, ils ont également signalé la disparition d’objets. Et se plaindre auprès de l’armée n’a rien amélioré.
Au moment où ces lignes étaient écrites, les mises à jour continuaient d’affluer. L’armée avait renoncé à faire sortir les familles de leurs maisons et se contenterait d’utiliser celles dont les habitants avaient déjà été expulsés. Puis une autre mise à jour est arrivée : l’armée israélienne a annoncé que les habitants pourraient regagner leurs maisons le jour même, c’est-à-dire jeudi. Quelqu’un, dans l’armée, avait apparemment compris que cette démonstration de cynisme souverain ne donnait pas une bonne image.
Mais les heures ont passé et, selon des informations palestiniennes, des colons continuaient de circuler à Qusra – ainsi qu’à Jalud, où l’avant-poste ayant pris le contrôle de la maison des Tubasi est censé être évacué – malgré l’afflux massif de soldats et les bases installées par l’armée dans ces maisons privées « vides ».
La véracité de toutes ces précisions sera établie plus tard. Mais même s’il est vrai que l’avant-poste de Tel Talpiot et ses satellites ont été évacués, et même si l’armée permet effectivement aux habitants palestiniens de regagner leurs maisons à Qusra et Jalud, cela ne signifie pas que des masses de colons n’y retourneront pas demain ou après-demain, ni qu’ils ne prendront pas le contrôle de maisons dans d’autres villages palestiniens de la même manière.
Et l’armée et la police ne viendront pas, ou bien elles arriveront en trop petit nombre et resteront les bras croisés, parce qu’elles n’ont pas reçu d’ordres du gouvernement leur demandant d’agir autrement.
La centralité du projet de colonisation en Cisjordanie, sur instruction de tous les gouvernements israéliens, a enveloppé les colons de coton depuis des générations et continue de le faire. L’engagement prioritaire de l’armée est de protéger les habitants juifs, même lorsque ceux-ci mettent en évidence sa faiblesse.
Selon la tradition de gouvernement qu’Israël a développée entre le Jourdain et la Méditerranée, les Palestiniens sont des marchandises excédentaires, une population inutile, dont les droits et l’existence continue sur cette terre sont constamment niés. Et à tout moment, il est possible de s’en débarrasser d’une manière ou d’une autre – par des tueries de masse comme celles qu’Israël a perpétrées dans la bande de Gaza, par l’expulsion, ou en les emprisonnant, que ce soit dans des enclaves derrière des portails d’acier verrouillés ou dans des prisons.
C’est pourquoi il paraît si naturel d’exiger que les Palestiniens quittent leurs maisons pour les besoins d’une opération militaire, ou afin de procéder à ce qui est censé être une évacuation temporaire des colons. C’est pourquoi il semble logique que des soldats tirent sur des Palestiniens attaqués ou détenus par des colons, et pourquoi il est si facile pour les juges de la Cour suprême de permettre à l’armée de continuer d’empêcher les Palestiniens d’accéder à leurs terres agricoles.
La vision des Palestiniens comme une population superflue s’est profondément enracinée dans tous les secteurs de la société israélienne. Et dans la vision militaire du monde, inculquée à tous les nouveaux officiers par leurs commandants, la vie des Palestiniens dépend des arrangements de sécurité jugés nécessaires pour protéger les habitants juifs – c’est-à-dire l’entreprise de colonisation. Pour l’instant, cette tradition est plus forte que tout choc provoqué par les informations des médias usaméricains et internationaux sur la liberté d’action qu’Israël laisse à des pogromistes juifs pour expulser les Palestiniens de leurs maisons.
Par conséquent, quiconque a conclu avec joie, à la lecture des messages de Huckabee, que désormais l’USAmérique ferait le travail à notre place s’est réjoui trop vite.

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