Bonjour c’est Maxime,
Voici la newsletter n°6 du 08 juillet 2026.
Sous nos pieds, dans chaque poignée de terre vivante, se joue une histoire d’échange, de coopération et d’intérêt mutuel entre deux règnes du vivant que tout semble opposer : les plantes, capables de produire leur énergie grâce à la photosynthèse, et les champignons, qui en sont incapables. Cette alliance porte un nom : le mycorhize.
Longtemps ignorées, les mycorhizes reviennent aujourd’hui sur le devant de la scène sous l’effet de plusieurs défis majeurs : le changement climatique, la dégradation des sols agricoles et la volonté croissante des jardiniers comme des agriculteurs de retrouver des pratiques plus naturelles.
Comme vous le savez, je suis ingénieur agronome. Mon diplôme date de plus de 56 ans et, à l’époque de ma formation, je ne me souviens pas avoir entendu parler des mycorhizes, ou tout au plus de manière très superficielle. Aujourd’hui, les recherches scientifiques montrent pourtant que leur rôle est fondamental.
Si vous souhaitez découvrir le sujet de manière simple et accessible, je vous recommande la vidéo de J. André Fortin, l’un des grands spécialistes des mycorhizes.
Il y explique clairement le principe de cette symbiose entre un champignon (le mycélium) et les racines d’une plante. Malheureusement, l’agriculture moderne et l’utilisation intensive d’engrais chimiques ont fortement réduit leur présence dans les sols. C’est pourquoi on évoque de plus en plus leur réintroduction afin de restaurer la fertilité des terres.
Le mot mycorhize vient du grec : myco signifie « champignon » et rhizo signifie « racine ». Il désigne une symbiose dans laquelle chacun des deux partenaires tire un bénéfice de l’autre.
Aujourd’hui, les sols de nombreuses grandes exploitations agricoles sont de moins en moins vivants. Ils s’appauvrissent en matière organique mais aussi en champignons mycorhiziens, pourtant indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes.
On estime que 80 à 90 % des plantes terrestres vivent en association avec un ou plusieurs champignons mycorhiziens.
On distingue principalement deux grandes familles :
Les endomycorhizes, qui pénètrent à l’intérieur des cellules racinaires. Elles concernent la majorité des plantes cultivées. Fait remarquable : seulement environ 250 espèces de champignons mycorhiziens suffisent à établir une symbiose avec plusieurs centaines de milliers d’espèces végétales.
Les ectomycorhizes, qui enveloppent les racines sans pénétrer dans les cellules. Elles sont surtout présentes chez les arbres forestiers et donnent naissance à de nombreux champignons bien connus des cueilleurs : cèpes, girolles, bolets ou encore truffes.
Il existe également des formes plus spécialisées, comme les mycorhizes éricoïdes, présentes chez les bruyères et les rhododendrons, ou les mycorhizes orchidoïdes, indispensables à la germination des orchidées.
Pourquoi une plante accepterait-elle de partager une partie de son énergie avec un champignon ? La réponse est simple : parce que chacun y gagne.
Grâce à la photosynthèse, la plante produit des sucres dont elle cède environ 10 à 20 % au champignon.
En échange, le champignon développe dans le sol un immense réseau de filaments microscopiques, appelés hyphes, beaucoup plus fins que les racines. Ce réseau explore des volumes de terre inaccessibles aux racines elles-mêmes et capte efficacement l’eau ainsi que des éléments nutritifs peu mobiles, notamment le phosphore, mais aussi l’azote, le zinc, le cuivre et le manganèse.
Les bénéfices ne se limitent pas à une meilleure nutrition. Les études montrent que les plantes mycorhizées résistent davantage au manque d’eau, supportent mieux les périodes de sécheresse et présentent une meilleure résistance à certains champignons pathogènes.
L’un des aspects les plus fascinants de cette symbiose est sa dimension collective. Un même réseau mycélien peut relier plusieurs plantes, parfois d’espèces différentes, leur permettant d’échanger des ressources et des informations.
Ce phénomène, popularisé sous le nom de « Wood Wide Web » par la chercheuse canadienne Suzanne Simard, révèle que les plantes sont beaucoup plus connectées qu’on ne l’imaginait. Des travaux publiés en 2025 par l’Inria ont même permis d’observer en temps réel le développement de ces réseaux souterrains et le déplacement des nutriments à l’intérieur des filaments du champignon.
Ces découvertes confirment que les mycorhizes ne sont pas un simple détail biologique : elles constituent l’un des piliers du fonctionnement des sols vivants et jouent un rôle essentiel dans la santé des plantes.
Les mycorhizes jouent un rôle essentiel face au changement climatique, principalement sur deux aspects : le stockage du carbone et la résistance des plantes aux sécheresses.
Le premier concerne le cycle du carbone. Les champignons mycorhiziens participent activement au stockage du carbone dans les sols. Certaines estimations, encore débattues par la communauté scientifique, suggèrent que jusqu’à un tiers du carbone organique des sols pourrait transiter, à un moment ou à un autre, par les réseaux mycorhiziens. Ils contribuent ainsi à la fertilité des terres tout en participant à la régulation du climat.
Le second aspect est la résilience des plantes face au stress hydrique.
Grâce au réseau mycélien, les plantes mycorhizées accèdent à davantage d’eau et résistent mieux aux périodes de sécheresse. Dans un contexte où les épisodes de chaleur et de manque d’eau deviennent de plus en plus fréquents, cette capacité peut faire la différence entre une récolte sauvée et une récolte perdue.
Les applications concrètes se multiplient. À Madagascar, par exemple, un vaste programme de lutte contre l’érosion utilise depuis 2024 les mycorhizes pour restaurer plus de 45 000 hectares de sols dégradés. L’objectif est d’améliorer la reprise des plantations et d’accélérer leur croissance sur des terrains fortement appauvris.
Dans les régions arides de Madagascar, certaines initiatives cherchent également à redonner vie à des sols presque morts. La syntropie, que j’aborderai prochainement, constitue l’une des approches utilisées, mais l’introduction de mycorhizes apparaît également comme une piste très prometteuse.
La bonne nouvelle est que les champignons mycorhiziens sont déjà présents dans la quasi-totalité des sols non stérilisés. L’objectif n’est donc pas forcément d’en ajouter, mais avant tout de préserver ceux qui existent déjà.
Plusieurs pratiques favorisent naturellement leur développement.
La première consiste à réduire le travail du sol. Le labour profond détruit le réseau de mycélium, qui met ensuite longtemps à se reconstituer. À l’inverse, les techniques de non-labour permettent de préserver cette véritable toile souterraine.
La diversité végétale est également essentielle. Plus une parcelle accueille d’espèces différentes, plus les champignons mycorhiziens sont variés. Les rotations de cultures, les associations de plantes, les haies et les bandes enherbées contribuent ainsi à maintenir une vie biologique riche.
Autre point fondamental : garder le sol couvert toute l’année. Un sol nu, privé de racines vivantes pendant plusieurs mois, entraîne un déclin des populations mycorhiziennes. Les couverts végétaux, les engrais verts ou encore le paillage (mulching) permettent au contraire de nourrir en permanence le réseau fongique.
La réduction des intrants chimiques constitue également un levier important. Enfin, le maintien d’une bonne structure du sol, riche en matière organique, en micro-organismes et en vers de terre, crée un environnement particulièrement favorable au développement des mycorhizes.
Toutes ces pratiques vont dans le même sens : retrouver un sol vivant. Plus le sol est riche biologiquement et moins il est perturbé, plus les champignons mycorhiziens se développent naturellement et rendent de précieux services aux cultures.
À l’inverse, plusieurs pratiques agricoles modernes contribuent à leur disparition. C’est ce que nous verrons dans la partie suivante.
Si certaines pratiques agricoles favorisent le développement des mycorhizes, d’autres les fragilisent fortement, voire les détruisent.
Le facteur le plus documenté est l’excès d’engrais phosphatés. Lorsque le phosphore est abondant et facilement disponible, la plante n’a plus besoin de s’associer à un champignon pour aller le chercher dans le sol. Elle investit donc moins d’énergie dans cette symbiose naturelle, qui finit progressivement par disparaître.
L’expérience de terrain confirme cette réalité. L’un de mes neveux, agriculteur breton et producteur de lait, n’achète plus d’engrais phosphatés depuis douze ans tout en maintenant de bons rendements. Il a également réduit de moitié ses apports d’engrais azotés et fortement diminué l’utilisation de fongicides.
Les fongicides constituent un autre problème majeur. Leur rôle est de détruire les champignons responsables de maladies, mais ils ne distinguent pas toujours les champignons pathogènes des champignons mycorhiziens, pourtant indispensables à la vie du sol.
Le travail intensif du sol représente également une menace importante. Chaque labour fragmente le réseau de mycélium, qui met ensuite beaucoup de temps à se reconstituer. Si vous êtes jardinier, un conseil simple : devenez un peu plus « fainéant » et bêchez le moins possible.
Les monocultures répétées, notamment celles de plantes peu ou pas mycorhiziennes comme les choux, le colza ou la moutarde, appauvrissent progressivement la diversité des champignons présents dans le sol.
Enfin, certains herbicides, pesticides, ainsi que les sols compactés ou laissés nus pendant de longues périodes, créent des conditions défavorables à l’installation et au développement des réseaux mycorhiziens.
La recherche sur les mycorhizes connaît aujourd’hui un développement remarquable.
En 2025, une équipe de l’Inrae de Toulouse a publié dans Nature Communications une découverte majeure permettant de mieux comprendre le mécanisme moléculaire par lequel une plante et un champignon se reconnaissent avant de former leur symbiose.
Parallèlement, les travaux de l’Inria ont permis, pour la première fois, d’observer en temps réel le développement des réseaux mycéliens et le déplacement des nutriments à l’intérieur des filaments fongiques.
La communauté scientifique francophone se mobilise également autour de ce sujet, notamment à travers les Journées Francophones des Mycorhizes, dont l’objectif est d’apporter des réponses concrètes aux grands défis agricoles et environnementaux du XXIᵉ siècle.
Toutes ces recherches confirment que les mycorhizes ne relèvent ni d’un effet de mode ni d’une théorie marginale : elles représentent un levier majeur pour construire une agriculture plus résiliente.
Depuis plusieurs années, j’interroge régulièrement d’anciens collègues travaillant dans la vente d’intrants agricoles ou le conseil aux agriculteurs afin de connaître leur avis sur les mycorhizes.
À mes yeux, leurs bénéfices sont pourtant considérables : réduction des besoins en engrais phosphatés, diminution du recours aux fongicides, meilleure résistance à la sécheresse, amélioration de la structure des sols et maintien de leur fertilité.
Sur le papier, tout système de conseil agricole soucieux de la rentabilité des exploitations comme de la transition écologique devrait promouvoir ces pratiques.
Pourtant, les réponses que j’obtiens sont souvent les mêmes :
« Je connais mal les mycorhizes et leurs avantages. »
« Si je les recommande, je vendrai beaucoup moins d’engrais et beaucoup moins de fongicides. »
Ce constat est discutable sur le plan éthique, mais il s’explique facilement sur le plan économique. Il ne s’agit ni d’un mystère ni d’une théorie du complot : les intérêts commerciaux peuvent freiner la diffusion de solutions qui réduisent la consommation d’intrants.
Résultat : les jardiniers comme les agriculteurs disposent encore de très peu d’informations pratiques sur les mycorhizes, alors même qu’elles sont naturellement présentes dans la plupart des sols vivants et que leur coût reste relativement faible.
À cela s’ajoute un autre phénomène. La vente de mycorhizes étant peu rentable, certains acteurs proposent des offres complexes associant diagnostics, accompagnements techniques et produits complémentaires, transformant une solution biologique relativement simple en une prestation parfois coûteuse.
Pourtant, dans de nombreux cas, la première démarche consiste simplement à préserver les mycorhizes déjà présentes dans le sol grâce à des pratiques culturales plus respectueuses de la vie biologique.
Le choix des mycorhizes est un sujet complexe qui continue de faire l’objet de nombreuses recherches. Toutefois, pour la majorité des cultures potagères et agricoles, deux espèces offrent d’excellents résultats : Rhizophagus irregularis, seul ou associé à Funneliformis mosseae.
Ce mélange convient à un grand nombre de cultures du jardin, notamment les légumineuses (pois, haricots, lentilles), les cucurbitacées, les tomates, les laitues et les pommes de terre. Il est également adapté aux céréales à paille ainsi qu’à la luzerne.
Comme la plupart des jardiniers pratiquent une rotation des cultures, il est généralement préférable de choisir un inoculum compatible avec le plus grand nombre de plantes.
Il faut cependant savoir que certaines espèces, notamment les choux, les épinards et les betteraves, ne tirent pratiquement aucun bénéfice de la mycorhization.
Vous pouvez d’abord vous renseigner auprès des jardineries ou des magasins agricoles. Si ces produits ne sont pas disponibles localement, plusieurs fournisseurs spécialisés proposent des achats en ligne.
Lors de votre achat, soyez attentif au conditionnement. Certains produits ne contiennent qu’un ou cinq grammes de mycorhizes, des quantités souvent insuffisantes pour traiter une surface importante. Il est donc parfois plus intéressant d’acheter des formats plus adaptés à vos besoins.
À titre indicatif, deux fournisseurs proposent des produits intéressants : Agrinutriment et Universal Microbes. Cette recommandation n’est absolument pas sponsorisée et repose uniquement sur les informations actuellement disponibles. Si vous connaissez d’autres fournisseurs fiables, n’hésitez pas à les partager.
Les mycorhizes ne sont ni une mode passagère ni un concept marketing : elles sont une réalité biologique fondamentale, présente depuis des centaines de millions d’années dans la quasi-totalité des sols vivants, et dont la science ne cesse de préciser l’ampleur des bénéfices, pour la nutrition des plantes, leur résistance au stress climatique, la structuration des sols et le stockage du carbone.
Ce qui manque aujourd’hui n’est pas la connaissance scientifique, elle progresse rapidement, mais bien sa traduction en pratiques accessibles, indépendantes et diffusées largement, à l’écart des logiques commerciales qui ont tout intérêt à maintenir la dépendance aux intrants de synthèse.
Pour un jardinier ou un paysan qui souhaite s’y mettre, la bonne nouvelle est que l’essentiel de la démarche ne coûte rien : réduire le travail du sol, limiter les apports de phosphore et de fongicides, diversifier les cultures, couvrir le sol en permanence.
Les champignons mycorhiziens déjà présents dans la plupart des sols, feront le reste, gratuitement, comme ils le font depuis des millions d’années.
J’ai constaté dans le stock de cosmétiques de mon épouse, de ma fille et de mes petites filles que tous les produits contenaient plus de 10 ingrédients dont la moitié sont dangereux pour la santé.
Je suis favorable aux produits naturels.
Dans le baume de consoude de B-actif la liste de composants est très faible : consoude, huile d’olive vierge et cire d’abeille (plus 2 huiles essentielles en très petites quantités)
La question des conservateurs dans les cosmétiques mérite qu’on s’y arrête, surtout quand on prépare soi-même ses baumes.
Un baume classique, à base d’huile végétale et de cire d’abeille est un milieu anhydre : il ne contient pas d’eau libre. Or, ce sont l’eau et l’humidité qui favorisent le développement des bactéries, moisissures et levures. Sans eau, ces micro-organismes ne peuvent pratiquement pas se développer. C’est pourquoi un baume bien formulé, sans phase aqueuse, se conserve naturellement plusieurs mois, voire plus, sans conservateur chimique.
Le baume de consoude illustre parfaitement ce principe, à une condition essentielle : les feuilles doivent être parfaitement séchées avant macération dans l’huile.
Les feuilles de consoude fraîches contiennent une quantité d’eau importante (près de 90%), si elles ne sont pas correctement séchées, l’eau résiduelle se retrouve piégée dans l’huile de macération, d’où le développement de micro-organisme. Un séchage soigné, à l’abri de la lumière et de l’humidité, est donc la véritable garantie de conservation, bien plus efficace qu’une liste de conservateurs de synthèse. Nous expliquons en détail notre méthode de séchage dans notre bande dessinée.
L’utilisation de l’huile d’olive est aussi très importante, elle ne s’oxyde pas contrairement à l’huile de tournesol.
Une fois le baume préparé, quelques précautions simples suffisent à prolonger sa durée de vie : le conserver dans un contenant propre et hermétique, à l’abri de la lumière et de la chaleur, et éviter d’y plonger les doigts (mieux vaut utiliser une petite spatule) à des conservateurs de synthèse.
Fabriquer soi-même un baume simple, avec une consoude bien séchée, une huile de qualité et de la cire, permet d’obtenir un produit efficace, sain, et parfaitement stable dans le temps, sans recourir à des conservateurs superflus.
C’est un bel exemple où la simplicité et le savoir-faire artisanal font mieux que la sophistication chimique !
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« Cultiver un jardin, c’est croire en demain. »
— Audrey Hepburn
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