Je n’ai pas écrit depuis plus d’un mois. Ce n’était pas une pause stratégique. Je ne préparais rien. Je me suis effondrée.
Pas un petit passage compliqué. Un effondrement réel.
Je ne pouvais plus me lever normalement. Prendre une douche me demandait une énergie absurde. Répondre à un message devenait une tâche. Décider quoi faire à manger me paralysait. Je passais du canapé au lit, du lit au canapé.
Un mélange de tout a explosé en même temps : la fatigue chronique accumulée depuis des mois, la pression financière constante, les calculs au centime près, les dossiers administratifs, les incertitudes sur les droits, la santé instable, la charge mentale permanente. Et au milieu de ça, un changement de traitement. Un sevrage brutal, forcé, sans progressivité.
Mon système nerveux a lâché. Ce que j’avais réussi à maintenir par discipline s’est effondré en quelques jours.
Mon conjoint a posé trois semaines de congés pour me remplacer. Le mot est dur mais il est juste. Il a géré les enfants, les repas, les horaires, les obligations scolaires, la maison. Moi, j’étais là physiquement, mais pas fonctionnelle.
Il y a une honte particulière à ne plus être fiable. À voir que quelqu’un doit prendre ta place parce que tu n’y arrives plus. À se demander si tu vas redevenir capable. Je me suis sentie inutile, coupable, faible. Et surtout j’ai eu peur. Peur que ce ne soit pas un épisode, mais ma nouvelle capacité réelle.
Je ne vais pas en faire un récit inspirant. Je n’ai rien “transformé”. Je n’ai pas “rebondi”. J’ai atteint une limite physiologique et mentale.
On parle beaucoup de résilience. On parle moins de saturation du système nerveux quand on cumule précarité, pression administrative, instabilité médicale et responsabilité familiale sans marge de sécurité.
Il n’y a pas eu de grande scène dramatique. Juste un arrêt.
Aujourd’hui je n’écris pas parce que tout va bien. J’écris parce que je recommence à réfléchir normalement, à structurer une pensée, à tenir une journée complète sans m’effondrer intérieurement. C’est fragile, mais c’est réel.
Je documente simplement ce qui est. Pas ce que ça devrait être. Pas une version plus confortable.
No posts

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.