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Désirer l'infini · Jun 4, 2026

L’incertitude, prédire l’avenir ou le créer ?

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Chloé Sasias · Désirer l'infini

« C’est l’humanisme de la Renaissance, aux XVe et XVIe siècles, qui accueillait la complexité, l’incertitude, la diversité ou le chaos du monde avec intérêt, voire avec jouissance. Mais tout change au XVIIe siècle quant il fait place au rationalisme. », nous dit Philippe Silberzahn dans son livre Bienvenue en incertitude, survivre et prospérer dans un monde de surprises. En effet, le rationalisme se consacre à des questions de théories abstraite, universelle et intemporelle ; la logique formelle est reine. L’ethnographie, l’histoire ou la poésie sont délaissées au profit de la géométrie et de l’épistémologie. Depuis, Antonio Damasio est passé par là en prouvant que la rationalité est impossible sans émotion. Dans ce livre inclassable où Silberzahn mêle la grande histoire au management en un curieux mélange, l’auteur nous prouve que le monde n’est pas prédictible, même par des chiffres avec leurs cortèges de probabilités. On ne peut pas prévoir l’inconnu ni prédire l’inédit. La 1ère partie du bouquin est intéressante bien qu’assez indigeste. Mais la 2e partie du livre m’a plus intéressée par son postulat : l’incertitude serait la matière première de la créativité. Plutôt que de suivre la modèle dit « classique » (comprendre cartésien et rationaliste), l’auteur incite à revenir à l’action créatrice, plus pragmatique, qui permet de créer l’avenir et d’influencer le monde. Agir parce qu’on ne sait pas, comme le proposait Machiavel, plutôt que de savoir pour agir ensuite (la pensée puis l’action). Faire partie de l’environnement. Le doute face à la complexité du monde est peu valorisé dans notre société. Dans le système éducatif, le « je ne sais pas » n’a pas la cote. Et pourtant, dans nos sociétés qui changent, on doit penser de nouvelles choses et changer le monde. Paul Valéry écrivait à propos de l’enseignement : « (…) il s’agit de faire de nous des hommes prêts à affronter ce qui n’a jamais été ». Cela réclame de passer d’une pensée linéaire à une pensée non-linéaire et surtout de changer de posture en accueillant l’incertitude comme ouverture des possibles, et donc la possibilité de créer de nouvelles idées, créations, produits et services… Malgré l’ambivalence que j’éprouve pour ce livre, cela m’a fait réfléchir et a semé des graines en moi pour cesser de voir le futur avec anxiété et accepter l’incertitude comme porte ouverte sur un futur à écrire, avec de petites étincelles. Il m’a aussi donné envie de lire Montaigne, ou au moins ceux qui l’ont étudié. Et vous, quel est votre rapport à l’avenir et au futur incertain ?

Robert Filliou, Eins, Un, One… 1984 lors de l’exposition “Voilà”

Sur le bon coin, j’ai pu retrouver le catalogue de l’exposition « Voilà, le monde dans la tête » qui a eu lieu en l’an 2000, l’année de mon arrivée à Paris, à 18 ans... J’ai la nostalgie de ces expos transversales, critiques et multi artistes, et particulièrement celle-ci. Je trouve qu’aujourd’hui, on fait surtout des rétrospectives un peu plus ennuyeuses et moins riches de sens. Même si on aime l’artiste, on reste un tout petit peu sur sa faim. Voilà : « anti commémoration paradoxale où se donne au présent, sans fausse nostalgie, sans techno futurisme naïf, une mémoire vive. Compulsions encyclopédiques, fragiles traces biographiques, savants systèmes de saisie, en vrac ou méthodiques, il s’agit, désignant, nommant, consignant, listant, classant, préservant de « donner accès à la vie ». Adéagbo.

Par ailleurs, je suis allée voir Calder à la Fondation Vuitton avec une amie, et au détour de cette expo, un open space dédié jusqu’à la fin d’août au travail de l’artiste Armineh Nagahdari : De quelle couleur est ton ciel aujourd’hui ? (Vers de Houshang Ebtehaj). Cette femme artiste explore le dessin en toute spontanéité : « Ces corps se sont peu à peu formés à travers l’expérience, chaque fois qu’ils se répètent puis retournent au non-savoir, ils accèdent à une nouvelle forme, à un nouvel état. Tout peut se métamorphoser sous nos yeux : une tête devient une figue, une montagne se change en un sein, des mains deviennent des ailes qui deviennent des fleurs, nous dit l’artiste. Un tout précipité, fragile et dur à la fois.

Dessin de Armineh Nagahdari

À 53 ans, sans maladie connue, elle est morte de chagrin par suite du décès de son grand amour. La situation en Iran n’a pas dû lui apporter d’espoir non plus. Je n’ai jamais pu lire en tant que tel une BD ou un roman graphique car je me concentre soit sur le dessin soit sur les mots. Mais ce qui est sûr, c’est que l’univers de cette artiste singulière a réussi à faire vivre le noir et blanc d’une façon vivante et rebelle, le dessin vibrait tellement, j’ai beaucoup regardé appris de ces contrastes. Ça me fait quelque chose, tant d’énergie, de combat et de beauté qui s’en vont. Voilà, c’est fini.

Quand tout s’enchaîne trop et que je ne sais plus où donner de la tête, j’e m’arrête. Pas longtemps, mais quand même. Alors, je me prépare un lait d’or, un breuvage bon et réconfortant, pour prendre du recul et un peu de hauteur sur l’action. En voici la recette :

  • 1 cuillère à café de curcuma

  • ¼ cuillère à café de cannelle

  • ¼ cuillère à café de gingembre moulu

  • 1 pincée de poivre noir

On peut aussi varier les épices, poudre de clou de girofle, cardamome…

  1. Faire chauffer avec un peu d’eau tous les épices pour obtenir une consistance de genre de beurre de cacahuète. Vous pouvez un petit stock et le conserver dans un bocal en verre hermétique au frigo quelques semaines.

  2. Mélangez une cuillère à café de pâte d’épices avec le contenu d’une choppe/bol de lait animal ou végétal à moins de 70°C. Ajouter du miel si vous le souhaitez.

« Mon cœur a perdu sa peine

il a perdu sa raison de battre

la vie m’a été rendue

et je suis là devant la vie

comme devant une robe

qu’on ne peut plus mettre. »

Déportée à Auschwitz puis transférée à Ravensbrück, elle est libérée en 1945. Au sortir de la guerre en 1945, elle travaille à l’ONU puis au CNRS. Ses poèmes si simples et tellement puissants, me touchent au plus près de moi-même.

Je vous souhaite une bonne semaine et vous dit à dans quinze jours ! Bises à la ronde !

N’hésitez pas à m’écrire à chloesasias@yahoo.fr

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Read the original on desirerlinfini.substack.com

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