Ces derniers temps, j’ai été pas mal prise par des demandes extérieures et j’ai peu eu le temps de travailler sur mes projets de cœur, et encore moins de créer… Ça commençait à me peser, à étouffer là-dedans. Et puis les choses se sont décantées et j’ai eu à nouveau l‘espace mental pour créer. Et enfin la reconnexion s’est faite, un soir de fatigue pourtant, autour du dessin. Pas le dessin dans le cadre de ma démarche artistique, ou j’essaie de transmettre ma vision du monde, ce qui demande du travail aussi parfois. Non, juste le dessin pour dessiner et rien d’autre que ça. Quand juste dessiner une fleur ou un animal prend tout notre être. Comme une vacance de l’état adulte où j’ai pu suspendre mon jugement esthétique, me détacher du regard (projeté) de l’autre ou de l’auto-évaluation, et de toutes ces attentes qu’on cherche pas mais qui sont là quand même. Toutes ces injonctions sociales ou qu’on s’auto promulgue. C’est beau ou c’est moche, c’est intéressant ou ça n’a aucun intérêt, est-ce que ça s’inscrit dans ma démarche de création ou non ? Ces jugements manichéens qui empêchent. Tout ça balayé d’un revers de crayon de couleur. Faut dire que les crayons de couleurs Faber Castell sont gras et très agréables à dessiner tant ils glissent sur le papier et que la couleur se diffuse agréablement sous la pression de la main. Oui, en cet instant j’ai tout oublié et j’étais comme une enfant insouciante dans le pur plaisir détaché et sans finalité autre que m’amuser. Quand j’étais petite, il y’avait une grande côte goudronnée qui se terminait en chemin, et je la descendais en vélo à fond. Sauf qu’une fois j’ai freiné du mauvais frein et que je suis passée par-dessus le vélo. Rien de grave, un petit traumatisme crânien et quelques sutures, mais ce dont je me souviens c’est de ces gros feutres dessinalo dans leur tube que mon institutrice de maternelle m’avait offert quand j’étais à l’hôpital et qui m’ont suivis jusqu’au lycée. Ces gros feutres avec lesquels je dessinais et écrivais partout. Et leurs couleurs, un pur shoot pour l’âme. Car en toute work-alcoholic que je suis, que ce soit le travail, les projets, la création, j’ai toujours une certaine exigence et une attente forte, ou au moins un résultat à atteindre, avec efficacité s’il vous plaît. Qui dit attentes dit pression et peu de plaisir etc… Alors, le nirvana, c’est peut-être quand il n’y a plus de désir et que l’âme est au repos total et qu’on peut s’ouvrir au cosmos. Quand on est juste à soi, loin des addictions quotidiennes, ces pépites de faux désirs faits de réalité illusoire, de mirages et de rêves stériles. Car oui, quand on cherche on trouve pas, ou pas forcément en tous cas. Je ne vais pas vous faire le coup du lâcher-prise car je n’en peux plus de ce concept éculé, mais un peu de laisser aller et voir venir ce que l’action fait de nous et nous procure, ça fait pas de mal. J’ai ma boîte de crayons et je suis libre, pour un temps de ce monde d’adultes un peu chiant.
un dessin d’enfant fait par une femme de 43 ans
Il y’a longtemps, j’ai vu une expo de Batia Suter au Centre Culturel Suisse de Paris et j’avais tellement aimé que je m’étais offert un de ces livres « Parallel encyclopedia #2 ». J’ai remis la main dessus récemment et c’est définitif, j’adore. Objets, photos énigmatiques, empreintes végétales ou animales, graphiques scientifiques, reproductions d’œuvres… comme un détournement de l’encyclopédie Universalis en version poético-artistico-philosophico belle, en noir et blanc. Il s’agit d’une traversée dans un monde passé, présent et à venir pour brouiller les pistes et offrir de nouvelles ouvertures, voir le monde différemment, un peu en décalé, en trop grand ou trop petit. À l’inverse d’une encyclopédie normée, on feuillette cette encyclopédie parallèle comme on entre dans un livre de magie, où les images nous font voyager, avec tout l’imaginaire qu’elles transportent dans une épopée complètement subjective et une vision du monde protéiforme et fragmentée qui nous invite à faire des ponts entre les images et suscite plein de petites étincelles.
Extrait du livre de Batia Suter
Procurez-vous des pigments et du Caparol ou un autre liant acrylique (magasins d’art type Boesner, Géant des Beaux-Arts, Rougier&Plé…)
Au couteau ou à la petite cuillère ou avec un pinceau, mélangez un peu au hasard, plus ou moins de pigments, plus ou moins de Caparol, faites plusieurs mélanges et dilutions avec la même couleur. Le Caparol est transparent et permet des glacis. Vous pouvez faire sécher une 1ère couche et repasser une autre couche jussuqu’à l’infini pour obtenir des complexités de nuances et de transparence.
Répétez l’opération avec 2 autres couleurs. Mélangez-les ou pas
Vous pouvez même faire vos mélanges à même la feuille que vous avez choisie, de préférence un grand format, au moins A3 ou format raisin
Echauffez votre corps, levez les bras, faites des mouvements amples, petits, lents ou rapides.
Vous pouvez commencer à peindre, gratter, accumuler les couches, frotter, aller dans la gestuelle et revenir après dans le détail pour faire monter votre composition
Œuvre de Joan Mitchell
Les nouvelles d’Etgar Keret ont été une petite révélation littéraire pour moi. Cela m’a autorisé à écrire à ma façon. Parce que lui, sa façon d’écrire est vraiment inédite. Écrites dans l’urgence, ces micronouvelles m’ont tout de suite embarquée, on est comme pris dedans, pour le meilleur et pour le pire. Elles sont absurdes, humaines, tendres et brutales. Dans un style bien à lui, très ramassé, Etgar Keret a une voix résolument originale. Il joue sur les frontières avec le réel et le quotidien, parfois complètement allumé, parfois ultra bouleversant, en tous cas là et vraiment là. J’ai moins aimé ses écrits d’après, mais « crise d’asthme », c’est vraiment de la dynamite ! À lire en étant bien accroché.
Je vous souhaite de beaux jours prochains, bise à la ronde !
N’hésitez pas à m’écrire à chloesasias@yahoo.fr

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