Je suis contre le dogmatisme, mais qu’est-ce que j’aimerais croire en quelque chose de plus grand que moi, fermement, et assurément. Ce serait reposant et rassurant. Cela donnerait une explication à tout. Qu’est-ce que j’aimerais trouver une stratégie pour continuer à espérer, dans notre société qui repose sur l’individualisme à outrance qui montre bien ses limites aujourd’hui. Oui, j’aimerais croire en la solidarité, croire au partage et à la communauté. Alors, oui, j’y crois encore. Je vais bientôt me salarier dans une coopérative qui me permet de facturer, je donne des ateliers créatifs parce que je crois vraiment aux pouvoirs de la créativité liée à la personne humaine, au sens philosophique du terme. Je créé donc je suis, c’est le mantra auquel je crois. Je créé donc j’espère, je fabrique une vision du monde qui porte, à ma petite échelle, même si elle est moindre. Mais j’allume la radio, et j’entends les conséquences du dérèglement climatique que sont les incendies, les canicules, les orages de feu, les séismes, et j’en passe… Difficile de ne pas déprimer. Alors oui, je crois en quelque chose de plus grand que moi, mais je ne sais pas le nommer, et j’avoue être en proie au doute, au grand Doute. Est-ce que cela a un sens ? J’ai pris plusieurs livres à la bibliothèque sur les religions du monde, c’est hyper intéressant, mais je ne me sens pas du tout légitime de faire ma tambouille et de mixer tel élément du judaïsme avec tel élément du bouddhisme (même si le bouddhisme n’est pas une religion à proprement parler…). Tout ça, c’est un peu du bricolage, et qu’est-ce que ça veut dire finalement ? Alors, je continue à sourire mais jusqu’à quand ? C’est ici que le concept de robustesse (du temps long), contre la performance (à court terme), prend son sens. « La robustesse est la capacité d’un système, d’un objet ou d’une personne à garder sa stabilité et à continuer de fonctionner malgré les changements, les risques ou les difficultés. Contrairement à la performance pure qui cherche l’efficacité maximale dans des conditions idéales, la robustesse privilégie la solidité face aux imprévus. Le vivant est l’exemple parfait de la robustesse. Les plantes et les animaux s’adaptent aux variations du climat grâce à la diversité et aux redondances, plutôt qu’en cherchant la perfection ». Olivier Hamant a écrit un court récit sur le sujet (tracts Gallimard) et a été interviewé par Charles Pépin récemment si vous souhaitez écouter l’émission. On a tous des archétypes en nous. De mon côté, j’ai bien identifié la Chloé “rentable” qui cherche à tout optimiser et se met la pression tout le temps. Mais c’est la Chloé “vagabonde” qui vous écrit cette lettre, celle qui infuse et réfléchit. Tout cela donne à penser. Je ne vais pas m’imposer une religion, qui serait -artificielle- mais je peux continuer à croire, quand même. En un monde meilleur.
Photo de la vidéo de Saodat Ismaliova, à la Bourse du commerce
J’y suis allée avec une amie et j’ai vu cette vidéo -à portée biblique- , même s’il n’y a rien de religieux à proprement dit, justement, qui m’a complétement envoûtée. Des paysages crépusculaires. Des visages dans la lumière du feu et du soleil, une bande-son énigmatique, une voix off intemporelle… Tout ça m’a confinée à une sorte de poésie de grande instance, à une belle gravité. Merci Saodat Ismaliova !
Et puis il y’a eu la brume sous la rotonde. Je me disais, oui, c’est très visuellement instagramable et au vu de la file d’attente, il a fallu que mon amie insiste et qu’on attende notre tour pour entrer dans l’arène. Mais c’est vrai que ça m’a chamboulée. J’ai été privée de mes repères, dans une sorte de brouillard et mental et physique. J’ai été déboussolée pour un temps et ça m’a fait du bien. Bon, pas trop longtemps non plus parce que ça tourne vite à la claustrophobie. J’ai eu le même type de réaction, il y’a très longtemps, à la Cité des Sciences, lors d’une expo où l’on portait des casques anti-bruit. Pour moi c’était insupportable et juste pas possible de ne rien entendre du tout. La brume, plus douce, m’a aussi perturbée et déplacée dans un ailleurs sans nom.
Photo de la bourse du Commerce
Pour l’été, je vous propose de rédiger une lettre de non-motivation. L’été, et les vacances -si on a la chance d’en avoir-, c’est une période lente, tout tourne au ralenti, c’est le calme avant la tempête. Au lieu de chercher à convaincre, la lettre de non-motivation invite à déposer le masque. Elle devient un outil d’exploration de soi, où l’on écrit non pas ce que l’on pense devoir être, mais ce qui est déjà là. Nous passons beaucoup de temps à expliquer pourquoi nous sommes faits pour quelque chose. Plus rarement, nous nous autorisons à écrire ce qui ne nous convient plus, ce que nous refusons, ce qui nous fatigue, ce que nous désirons vraiment. La lettre de non-motivation crée un espace de liberté. Elle suspend l’obligation de séduire, de performer ou d’être cohérent. Elle permet de regarder avec honnêteté ses envies, ses limites et ses contradictions.
Voici quelques inducteurs :
Je ne suis pas motivé·e parce que…
Je ne veux plus…
J’aimerais enfin…
Je suis fatigué·e de…
Ce que je recherche vraiment…
Si je suis honnête…
L’idée est d’accueillir les paradoxes, les hésitations et même les émotions inconfortables.
Les questions que cela soulève
Qu’est-ce qui m’épuise réellement ?
À quoi est-ce que je dis “oui” par habitude ?
Qu’est-ce que je refuse désormais ?
Quelles valeurs ne sont plus négociables ?
Que voudrais-je préserver de moi dans mes choix futurs ?
Qu’est-ce que je poursuis parce que je le désire… et qu’est-ce que je poursuis parce que je crois devoir le faire ?
Si je n’avais rien à prouver, que choisirais-je ?
Les bienfaits
Mettre au jour ses besoins profonds.
Identifier les injonctions que l’on porte sans s’en rendre compte.
Clarifier ses limites et ses critères de choix.
Développer une parole plus authentique.
Réduire la pression de “devoir être à la hauteur”.
Retrouver une forme de cohérence entre ce que l’on fait et ce que l’on ressent.
Découvrir que les “non” formulés avec sincérité dessinent souvent des “oui” plus justes.
Et si cette lettre n’était pas une lettre de renoncement, mais une lettre d’orientation ?
En écrivant ce qui ne vous motive plus, qu’avez-vous découvert de ce qui vous met réellement en mouvement ?
« Atypique par sa forme, cet ouvrage tient à la fois du poème, du conte philosophique, de l’essai et de l’œuvre de fiction. Les fragments et digressions mènent le lecteur de méditations en anecdotes ou scènes historiques (…). Les thèmes du passé, du langage, du sexe ou de la mort traversent cette œuvre sombre et inclassable » : voilà ce que dit Wikipédia de cette œuvre. À lire de façon linéaire, j’ai tenté mais n’ai pas réussi. Alors j’ai picoré, au gré des pages, du hasard et de ce qui retenait mon attention. Mais je n’ai pas beaucoup aimé en fait. Dommage. C’est pourtant la quatrième de couverture qui m’a donnée envie de lire ce livre avec cette phrase magique de Pascal Quignard “Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire, c’est errer. La lecture est l’errance”.
Je ne sais pas encore si je vous écrirai au mois d’août ou seulement en septembre, d’ici-là, bises à la ronde ! Je souhaite du courage à tous celles et ceux qui subissent les feux et la chaleur. Je souhaite de freiner, de ralentir ou de s’arrêter pour vagabonder à toutes celles et ceux qui le peuvent.

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