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Désirer l'infini · Jul 16, 2026

Il y’a des gens, tu les aimes

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Chloé Sasias · Désirer l'infini

J’ai failli reporter d’une semaine cette newsletter, c’était impossible cette semaine de trouver le temps et puis m’est venue l’envie de vous partager quelque chose, vraiment, contre toute attente alors même que je m’étais résignée à ne pas l’écrire cette lettre d’aujourd’hui. Ça m’est venu comme ça, et puis je l’ai faite cette newsletter, « à l’arrache » et spontanément. Car oui, je me pose des questions sur les relations humaines et oui, c’est tout et c’est pas grand-chose non plus. Dans ma vie, il y’a mon compagnon, mes ami.e.s, ma famille, mes collègues, des connaissances. Et puis il y a ce type de lien que je ne saurais nommer. Les personnes qu’on ne connait pas forcément beaucoup mais avec qui le courant passe, sans crier gare, sans qu’on ne sache véritablement expliquer pourquoi, et ce, dès les premiers instants. C’est de l’amour. Pas de l’amour-désir ni de l’amour-passion, ni de l’amour-famille, ni de l’amour-amitié. Selon la philosophie grecque, on distingue eros (passion), philia (amitié), storge (famille), agape (universel), ludus (ludique), pragma (durable) et philautia (amour de soi). Je ne suis pas une spécialiste en la matière, mais l’amour dont je vous parle se situerait entre l’amour universel « agape » et l’amour « philia » (amitié). En cela, il n’est pas sexué, se produit indifféremment entre des personnes du même sexe ou de sexe opposé. Mais il est là -l’amour, le partage d’un « je-ne -sais-quoi » comme l’exprime si bien Jankélévitch, (qui fera l’objet d’une prochaine lettre). Cela ne demande pas forcément à être approfondi, pour que la personne devienne ma-mon meilleur.e ami.e. Non, c’est là. Et cette saillance mérite d’apporter un peu de relief à notre vie. Et oui, je vis pour ça. Pour ces bribes d’amour égrenées, de-ci delà, car c’est pour moi ici que se situe « le sel de la vie » (qui fera l’objet d’une newsletter prochaine, cf Françoise Héritier). La vie est suffisamment dangereuse et difficile pour que l’on ne s’encombre pas du poids des frontières, qui ne sont que des concepts après tout. Amour ou amitié, finalement, là n’est pas le propos. Il n’y a pas de barrière qui nous empêche d’y aller et cela n’a rien avoir non plus avec la morale ou quelque chose qui ressemblerait à de la fidélité/infidélité. Non, c’est assez bêta, il ne faut pas chercher plus loin ou y voir quelque chose à amplifier. Cela se produit comme une étincelle, parfois, et pas à chaque fois, avec un trait de confiance en ce lien qui est là. Ne pas chercher plus loin. C’est ici et maintenant que ça se vit.

image Chloé Sasias

Je vous partage un texte que j’ai écrit, c’était avant la Covid. On en a fait un recueil avec mon ami Stéphane Journoux. Lui aux photos, moi à l’écriture de textes courts. Comme c’est les vacances, je me permets de vous partager un petit texte et une photo.

Maria a 43 ans, 2 enfants, un chat, un beau sourire et encore un bon bout de vie devant elle. Ensemble acceptable Sa vie, elle l’a passé en partie à Auchan où elle travaille comme caissière. Travail correct. Toute la journée, elle voit des personnes et des produits défiler sous ses yeux. Des possibilités. Gâteaux 0% pour une femme qui surveille sa ligne, détails hygiéniques gênants comme shampoing cheveux gras, gel durex play, n’ écoute pas, papier lotus confort triple épaisseur, peut mieux faire, elle peut aussi se représenter cet homme tout seul dans sa cuisine devant son plat surgelé portion individuelle, se laisse facilement distraire ou se demander comment telle dame peut aimer les tripes. Mais ce qui tient Maria dans sa vie ce sont ses enfants. Sérieux. Elle les bichonne, elle joue avec eux, elle leur raconte des histoires et elle leur fait des confitures. Ne ménage pas ses efforts. Elle partage leurs angoisses, les aide à se faire grands et leur transmet le sel de la vie. Passable. Et c’est toujours en leur racontant des histoires qu’elle leur transmet le sens critique et l’indépendance. De la bonne volonté. Maria est divorcée mais cela ne l’empêche pas d’être indépendante financièrement. Très insuffisant. Bien sûr, heureusement qu’il y a la caisse d’allocations familiales pour l’aider, mais elle s’en sort toute seule. Félicitations ! Avec son SMIC sans trop de découverts autorisés à la banque. Poursuivre les efforts. Son appartement est petit manque d’ambitions mais il est charmant et Maria y aime recevoir ses voisins, ses amis et sa famille. Très bien ! Passons, Maria vit comme elle le peut. De réelles difficultés. Les questions et les reproches se cognent dans sa tête.

Approfondissez. Il faut prendre une décision. Ensemble un peu fragile. Ne pas perdre sa vie, ne fait aucun effort pour améliorer ses résultats, hantée par la peur d’être à découvert.

Des difficultés malgré le travail ou celle d’être virée pour une erreur de caisse. Bilan modeste. Sur un coup de tête, participez davantage, comme traversée par la folie, assez bien Maria quitte son travail. A décroché. Vers un ailleurs qu’elle ne connaît pas encore. En progrès. Refaire sa vie. Soyez plus rigoureux. Vivre.

Approfondissez. Un rêve. Admise.

photo Stéphane Journoux / Portfolio de Stéphane Journoux

“Le vert est la couleur de la jalousie, mais aussi la couleur de l’espoir.” Julia Cameron.

Par ces temps de canicule où la forêt de Fontainebleau brûle encore, on rêve de verdure, de nature et de frais. Mais le vert, c’est aussi la couleur des tapis de jeu et une couleur qui porte malheur au théâtre. Le vert, c’est tellement riche et les verts sont tellement différents qu’on pourrait croire qu’ils ne sont pas de la même famille. Feu vert, anis, vert amande, vert de gris, vert émeraude, vert sapin, vert anglais, vert de peur… Allez-y. qu’est-ce que ça vous inspire ? Une envie, un dégoût ? De l’espoir ?

Je ne suis pas du genre à vouloir briller en société ni à vouloir étaler mon savoir. Ami.e.s mondains, passez votre chemin. Mais il y’ a quelque chose qui me hante, c’est de (ne pas) réussir à lire tout ce que je voudrais lire, faute de temps, cette étendue de fictions, de vies, d’histoires et de connaissances est un puits sans fond. Et ce livre de Pierre Bayard nous déculpabilise, c’est comme une respiration dans le champ des objectifs inatteignables ou vains. Avec le sommaire, on découvre des ordonnancements : les livres que l’on ne connait pas, les livres que l’on a parcourus, les livres dont on a entendu parler. Les livres que l’on a « oubliés ». Et si finalement, lire c’était ne pas avoir honte de ne pas avoir tout lu. Car parler d’un livre, c’est aussi parler de soi et inventer les livres. Ne vous est-il jamais arrivé de ne pas du tout avoir la même vision ou le même ressenti en partageant avec quelqu’un qui a lu le même livre que vous ? « Être cultivé, ce n’est pas avoir lu tel ou tel livre, c’est savoir se repérer dans leur ensemble ». Et aussi, « le livre apparaît comme un objet aléatoire sur lequel nous discourons de manière imprécise, un objet avec lequel interfèrent en permanence nos fantasmes et nos illusions. » Le livre serait bien une grille de lecture du monde, conforme ou non, à soi. Livre écran, livre intérieur, bibliothèque collective. À lire pour lire différemment.

Je vous souhaite un bel été ! Je vais essayer de mon côté de me ressourcer en lisant et en ne faisant rien, ou trop rien. Pour l’instant, ce ne sont pas encore les vacances our moi, il va falloir attendre août. Je ne vous promets pas, de ne pas faire de pause, ni d’en faire, pour l’écriture de cette lettre. Je verrai et soyez sûr.e que je vous écrirai le moment venu pendant cet été, quand le cœur m’en dira. Le cours normal bi-mensuel reprendra en septembre. Bises à la ronde !

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Read the original on desirerlinfini.substack.com

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