Il y a des parts de soi qu’on garde longtemps dans un coin, comme des carnets oubliés dans une boîte. Des fragments d’enfance qu’on n’a jamais vraiment relus. Et puis un jour, sans trop savoir pourquoi, on ressent le besoin de leur tendre la main.
Ce texte est un peu différent des précédents. C’est une lettre silencieuse que j’adresse au petit garçon que j’ai été. Un hommage sans fard, sans grand discours. Juste un regard, un merci, et peut-être une étreinte qu’il aurait bien méritée à l’époque. Je te partage ici un moment d’intimité. Pas pour revenir en arrière, mais pour mieux comprendre ce que j’ai emporté avec moi en avançant.
Aujourd’hui, j’aimerais prendre un instant pour te remercier. Toi, le petit bonhomme d’il y a 35 ans. Je te vois, même si mes souvenirs d’avant mes 7 ou 8 ans sont flous, presque effacés. Tu étais déjà là, bien là. Plus grand que ton âge, quelque part.
Tu étais un gamin créatif, profondément sensible. Tu avais ce lien instinctif avec la nature : tu aimais regarder les fleurs, caresser les plantes du regard, les mains pleines de terre ou de peinture. Tu dessinais, tu modelais, tu bricolais. Tu créais ton monde avec ce que tu trouvais sous la main. Tu te déguisais aussi. Tu enfilais des robes, glissais des cubes dans tes chaussettes pour en faire des chaussures à talons. Tu jonglais entre jeux de construction et jeux vidéo, entre douceur et structure. Tu avais trouvé ton équilibre. Un équilibre créatif. Spontané. Évident pour toi. Mais tu sentais bien que cet équilibre faisait tiquer les autres. Tu le savais. Trop tôt peut-être…
Alors tu as commencé à porter ces questionnements des autres, à ta manière. En silence. En l’inscrivant dans ton corps. Oui, tu étais en surpoids. Les moqueries, les remarques blessantes, ont suivi. Elles ont laissé des traces. Aujourd’hui encore, je possède à peine quelques photos de toi à cette époque. Comme si cette version de toi n’avait pas le droit d’exister pleinement.
Ton rapport au corps est resté fragile. Même une poussée de croissance n’a pas suffi à tout effacer. Le regard dur du juge intérieur rôde encore parfois, prêt à te piquer comme un moustique dans le noir. Puis, il y avait ce grand silence autour de ta sexualité. Pas de discussion. Pas d’espace. Tu as dû tout garder à l’intérieur, comme une plante qui pousse entre les pierres, discrètement mais avec obstination. Tu t’es construit seul, ou presque. Pas après pas.
L’adolescence ? Ah… parlons-en. Période floue, brutale, parfois chaotique. Un vrai champ de mines émotionnelles. Dans mon cas, un parcours semé d’embûches : l’absence d’un père aimant, le divorce des parents, le deuil de ma petite sœur, mes premières interrogations sur l’amour et l’identité, les cadres dans lesquels je n’arrivais pas à entrer, la violence de l’alcool, les silences lourds, les relations toxiques, les fratries à l’équilibre fragile, et le poids du grand frère qui prend tout sur ses épaules… même ce qui ne lui appartient pas.
C’est justement ce silence-là, cette force tranquille, que j’ai envie de saluer aujourd’hui. Merci à toi, petit Damien, pour tout ce que tu as enduré sans un mot. Pour tout ce que tu as traversé, sans te plaindre. Ce travail de l’ombre, invisible mais si précieux, c’est grâce à lui que je suis devenu celui que je suis aujourd’hui.
Avec du recul, je ne regrette rien.
Mais j’ai compris qu’il était temps. Temps de déposer ce sac trop lourd. Temps de sortir de certains schémas. Temps de revenir à toi, petit Damien. De te prendre dans mes bras. De t’aimer pleinement. Parce que tu n’as jamais cessé d’avancer. Même en silence. Et ça, c’est une sacrée victoire.
Écrire tout cela, c’est un peu comme ouvrir une fenêtre longtemps restée fermée : la lumière entre, doucement, et l’air circule à nouveau. Ce petit Damien, je ne l’ai jamais vraiment oublié. Il vivait là, quelque part en moi, patient, discret, mais bien présent.
Aujourd’hui, je n’ai pas de morale à tirer ni de vérité à brandir. Juste ce simple constat : parfois, il faut revenir à soi pour pouvoir continuer d’avancer plus librement.
Actuellement, je suis fier de pouvoir dire que du silence intérieur de ce petit bonhomme, j’aspire véritablement à être à l’écoute des autres : accompagner est devenue ma voie. Après avoir pris le temps de me regarder, vraiment, et d’honorer ce petit garçon silencieux que j’ai été, il m’est devenu clair que cette histoire personnelle n’était pas juste un chapitre clos. C’est une boussole. Un moteur. Une raison d’être.
Ce petit Damien, qui a traversé tant d’épreuves sans jamais se plaindre, m’a appris la puissance du silence intérieur. Mais aussi la richesse que peut receler chaque silence, chaque blessure, chaque non-dit. Il m’a enseigné que, derrière les apparences, chaque être humain porte en lui des combats invisibles, des aspirations enfouies, des rêves parfois oubliés.
C’est ce regard-là que je souhaite poser sur ceux que j’accompagne : pas celui du jugement ou de la norme, mais celui de la patience et de l’écoute profonde.
Accompagner, pour moi, c’est offrir un espace où les personnes peuvent déposer leurs lourdeurs, où elles peuvent se reconnecter à ce qui les fait vibrer, ce qui donne sens à leur vie. C’est les aider à repérer ces freins souvent imperceptibles — les croyances limitantes, les blessures non guéries, les peurs tapies — et à les dépasser, à se réparer, pas à pas.
Ce chemin ne se fait pas en sautant par-dessus les étapes, ni en effaçant le passé. Il se fait en apprenant à vivre avec soi-même, en douceur, avec courage, en s’autorisant à grandir.
Je sais aujourd’hui que mon propre parcours m’a donné une clé essentielle : la patience envers soi-même. Ce petit garçon que j’étais, je l’accueille enfin, avec tendresse et humour, et je le laisse guider mes pas quand j’accompagne les autres.
Chaque histoire est précieuse, chaque voix mérite d’être entendue, et chaque projet de vie est une promesse d’épanouissement.
Au plaisir,
Damien | De Cœur & d'Âme
Merci d’avoir lu ce post ! Il est publique alors n’hésite pas à le partager.
Aucun post

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.