« J’ai demandé à mon DRH un plan de transformation des compétences pour l’IA. Il m’a envoyé un catalogue de formations. »
C’est ce qu’un dirigeant d’ETI m’a lâché il y a quelques jours, à moitié résigné. Et cette phrase dit tout du moment que nous vivons.
La question qu’il pose est la bonne. Mais il ne sait pas encore que la vraie réponse va décider de la réussite de toute sa transformation. Car dans presque toutes les entreprises que je rencontre, un point n’a jamais été tranché : qui tient le volant de l’IA ? Par défaut, on a tendu les clés au DSI, parfois à un Chief AI Officer nommé à la hâte. Et de ce choix, en apparence anodin, découle presque tout le reste.
Cette semaine, je vous explique pourquoi ce conducteur par défaut n’est pas le bon, et pourquoi c’est au DRH de prendre le volant. Puis je passe trois fonctions au crible, la finance, le marketing et les ressources humaines, pour montrer concrètement ce que chaque dirigeant doit changer dans son service
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Posez la question à votre comité de direction : à qui appartient le sujet IA ? Neuf fois sur dix, les regards convergent vers le DSI. Le réflexe est compréhensible. C’est lui qui gère les licences, les accès, l’infrastructure. Et son métier reste indispensable : l’architecture, la donnée, la sécurité, la conformité à l’AI Act. Mais ce sont les fondations. Ce n’est pas la transformation.
Parce que quand vous faites vraiment entrer l’IA dans une fonction, il se passe deux choses qui ne relèvent pas de la technique.
La première, c’est que vous recrutez. Au sens propre. Un assistant configuré sur les vrais cas d’un service, un agent qui tourne en autonomie sur la veille ou le reporting, ce sont de nouvelles forces de travail. On les conçoit comme on rédige une fiche de poste, on les configure comme on intègre une recrue, on les supervise comme on encadre une équipe. Le bon réflexe n’est pas « quel outil acheter », c’est « quels rôles je confie à ces nouveaux collaborateurs, et comment je les encadre ».
La seconde, c’est que vous faites grandir chaque humain déjà en place. Un collaborateur qui apprend à faire de l’IA un partenaire de réflexion, qui sait la challenger et lui faire poser les bonnes questions avant de produire, change de niveau. Il ne délègue pas une tâche. Il s’adjoint un sparring partner permanent. C’est une transformation de la personne, pas une mise à jour de son poste de travail.
Recruter de nouveaux collaborateurs et faire monter en compétence les équipes en place : il existe une direction dont c’est exactement le métier. La direction des ressources humaines. Voilà pourquoi c’est elle, plus que la DSI, qui devrait porter la transformation IA. À une condition : qu’elle cesse de gérer des congés pour se remettre à designer une organisation.
La question n’est donc pas de savoir si l’IA va transformer votre entreprise. C’est de savoir qui, chez vous, tient le volant. Regardons ce que ça donne, service par service.
Qui tient le volant, que peut-on automatiser sans validation humaine, comment redéployer les talents : ces arbitrages relèvent de la direction générale, et on les tranche mieux à plusieurs. Le Cercle Décideur Puissance IA, c’est une conférence stratégique par mois, réservée à des dirigeants sélectionnés, suivie d’un débat entre pairs sous règle de confidentialité.
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Commençons par la fonction où le changement est le plus tangible, parce qu’il est en partie réglementaire.
À partir de septembre 2026, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir leurs factures au format électronique, et les grandes entreprises et ETI d’émettre les leurs. La réforme s’étend ensuite aux PME et TPE. Ce calendrier n’est pas un sujet d’IA, c’est de l’automatisation classique : des flux structurés, des données normées, des traitements qui s’enchaînent sans ressaisie. Mais il crée le terrain parfait pour l’IA, parce qu’une fois la donnée propre et structurée, la machine peut enfin l’exploiter.
Et c’est là que la fonction bascule. Deloitte, dans ses Finance Trends 2026, donne un chiffre qui résume la situation : 87 % des directeurs financiers jugent l’IA essentielle pour leur fonction, 14 % seulement l’ont réellement intégrée. Entre les deux, tout est à faire. 49 % l’utilisent déjà pour identifier des réductions de coûts, 52 % considèrent la planification financière comme la première zone d’impact des agents.
Ce qui est en train de devenir une commodité, c’est la production de chiffres : la clôture, les réconciliations, le reporting mensuel, le forecast trimestriel. Un agent fait en quelques heures ce qu’une équipe mettait dix jours à boucler. Ce qui prend de la valeur, en miroir, c’est tout ce que les chiffres ne disent pas tout seuls. L’analyse, l’arbitrage, le conseil au dirigeant. Le DAF qui passe 80 % de son temps à produire des tableaux est en train de se rendre invisible. Celui qui libère ce temps pour challenger la stratégie avec des simulations en continu devient le premier sparring partner du CEO.
Le message au directeur financier est simple : la facture électronique vous oblige à industrialiser vos flux. Profitez-en pour franchir la marche suivante et transformer votre fonction en capacité d’analyse, pas seulement en machine à produire des chiffres.
👉 Partager cette newsletter à un DAF qui passe encore l’essentiel de son temps à produire des chiffres au lieu d’éclairer les décisions
Changeons de fonction, et de logique. En marketing, l’enjeu n’est pas réglementaire. Il est organisationnel, et il touche un point sensible : votre relation avec vos agences.
Posons les choses franchement. Une grande partie de ce que vous confiez aujourd’hui à des prestataires, la création de visuels, la rédaction de contenus, le design, la production de pages web, l’IA bien encadrée sait désormais le faire. Pas à votre place. Sous votre direction. Un studio interne de deux ou trois personnes équipées d’assistants configurés sur votre marque produit aujourd’hui ce qui demandait hier une agence et des délais de plusieurs semaines.
Ce n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde, et je le dis sans détour. Mais pour le dirigeant, la question mérite d’être posée : combien dépensez-vous chaque année en production externalisée qui pourrait revenir dans vos murs ? La donnée de fond est connue : 39 % des directeurs technologiques considèrent l’IA appliquée au marketing comme une priorité stratégique, contre 28 % des directeurs marketing eux-mêmes. Autrement dit, dans beaucoup d’entreprises, c’est la technique qui a compris avant le marketing ce que l’IA change pour le marketing.
Attention au contresens. Réinternaliser ne veut pas dire « remplacer les créatifs par des machines et faire du volume ». Cela veut dire reconcevoir l’organisation : le marketing de demain se conçoit, il ne s’exécute plus à la main. On garde la stratégie de marque, le territoire, la narration, l’empathie client, tout ce que l’IA ne sait pas trancher. On rapatrie la production, parce qu’elle ne coûte plus ce qu’elle coûtait. Et on encadre, parce qu’une IA marketing lâchée sans direction artistique ni ligne éditoriale produit du tiède à la chaîne.
Le directeur marketing qui pense « canaux à orchestrer » va souffrir. Celui qui pense « système à concevoir et studio à piloter » tient son avenir.
👉 Partager cette newsletter à un dirigeant qui paie encore son agence au prix fort pour des livrables que l’IA produit désormais en interne
Les fonctions support ne sont pas les seules concernées. Les fonctions opérationnelles, celles qui font tourner l’entreprise au quotidien, basculent tout aussi vite. Et souvent plus brutalement, parce que le changement y est mesurable.
Côté commercial, le vrai bouleversement n’est pas que l’IA vende mieux. C’est qu’elle rend visible ce qu’on ne pouvait pas vérifier avant. Le pipeline déclaratif, les prévisions au doigt mouillé, les « ça va tomber » sans preuve, tout cela appartient au passé : un agent trace chaque interaction, chaque relance, chaque réponse. Deloitte le confirme, 48 % des entreprises priorisent désormais l’IA pour le pilotage des ventes et de la profitabilité. Le directeur commercial qui tient son avenir ne ferme plus les ventes à la main. Il conçoit la machine qui qualifie, relance et propose, et garde son énergie pour les négociations qui se jouent encore entre humains.
Côté opérations, le mouvement est déjà bien engagé. McKinsey mesure que 41 % des entreprises ont réduit leurs coûts de supply chain d’au moins 10 % grâce à l’IA. Quand des agents synchronisent la production, la logistique et le service client en temps réel, le métier du directeur des opérations change de nature : il ne coordonne plus des équipes, il supervise une flotte d’agents et intervient quand ils déraillent. La coordination, hier au cœur du rôle, devient une fonction automatique.
Mais notez bien le point commun. Commercial ou opérations, on retombe sur le même constat qu’en finance ou en marketing : de nouveaux collaborateurs IA entrent dans l’équipe, et chaque humain doit apprendre à travailler avec eux. Encore une affaire de recrutement et de montée en compétence. Encore un sujet de DRH.
👉 Partager cette newsletter à un directeur commercial ou des opérations qui pilote encore au doigt mouillé ce qu’un agent rendrait visible en temps réel
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J’ai gardé la fonction RH pour la fin, parce que c’est elle qui tient la clé de tout le reste.
IBM, dans son CEO Study de mai 2026, pose le chiffre qui devrait occuper chaque comité de direction : entre 2026 et 2028, 29 % des salariés devront être requalifiés pour un autre poste, et 53 % devront monter en compétence sur leur poste actuel. Faites le total. Plus de huit collaborateurs sur dix doivent être transformés en vingt-quatre mois. Ce n’est pas un plan de formation. C’est une refonte industrielle des compétences.
Or ça ne se pilote pas avec un catalogue de formations ni avec un tableur de GPEC sur trois ans, dans un monde qui change tous les trois mois. Ça se conçoit comme un système : quels rôles disparaissent, lesquels émergent, quels collaborateurs IA viennent renforcer chaque équipe, comment on redessine l’organigramme à l’ère des agents. C’est de l’architecture organisationnelle. Et c’est exactement le métier que la fonction RH doit s’approprier.
Le paradoxe, c’est que la DRH ne pourra transformer les autres que si elle se transforme elle-même d’abord. Tant qu’elle passe 70 % de son temps sur la paie, les congés et le reporting social, elle administre, elle ne dirige pas. Une partie de cet administratif est automatisable dès aujourd’hui. Le temps ainsi libéré est précisément celui qu’il faut réinvestir dans le pilotage de la transformation et dans l’accompagnement humain des équipes : gérer les peurs, regarder un collaborateur et lui dire que son métier change mais qu’il a sa place dans le nouveau monde. Ça, aucune machine ne le fera.
Voilà pourquoi je dis qu’il faut confier le volant au DRH plutôt qu’au DSI. Non pas parce que la technique ne compte pas, mais parce que la transformation IA est avant tout une affaire de collaborateurs qu’on intègre et de compétences qu’on muscle. C’est la définition même de la fonction RH. Reste à ce que le DRH s’en saisisse. Sinon, comme le résume sans pitié la formule, il sera le premier à être transformé.
👉 Partager cette newsletter à un DRH qui doit transformer plus de 80 % de ses équipes en deux ans, et ne sait pas encore que c’est à lui de tenir le volant
Benjamin Flambert (Responsable Marketing Digital) : « L’IA me permet de prototyper des concepts, de pré-mâcher le travail du data-analyst et de fournir des briefs plus précis. On gagne un temps précieux sur les allers-retours. L’IA est un formidable accélérateur pour les équipes marketing qui savent l’intégrer avec méthode. » 👉 Voir le témoignage
Anne Lefevre (Coach d’organisation) : « L’IA automatise désormais jusqu’à 80 % de la recherche et de la synthèse. Ce gain de temps est directement réinvesti dans l’interprétation stratégique et le discernement, là où l’expertise humaine reste irremplaçable. La transformation se joue dans le réel, au cœur des organisations. » 👉 Voir le témoignage
Thierry Le Pesant (Consultant, ex-Directeur Achats) : « Le vrai déclic ? Le moment où j’ai été capable de bâtir mes propres assistants IA, calés précisément sur mes expertises métier. Ma valeur n’est pas menacée par l’IA. Elle est décuplée par l’alliance entre mon expérience unique et ma pratique de ces outils. » 👉 Voir le témoignage
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Reprenons depuis le début. Finance, marketing, commercial, opérations, RH : des logiques différentes, mais un même point commun. Dans chaque fonction, le sujet n’est pas « quel logiciel installer ». Il est « quels nouveaux collaborateurs IA j’intègre, et comment je fais monter mes équipes pour qu’elles travaillent avec eux ».
C’est pour ça que la transformation ne se délègue pas à la seule technique. Elle se pilote au niveau de la direction, fonction par fonction, avec la DRH en chef d’orchestre. Le bon réflexe n’est pas d’acheter un outil par problème. C’est de regarder chaque service et de se demander, honnêtement, ce qui peut être confié à une intelligence bien encadrée, et ce qui doit rester profondément humain.
Cette transformation se conçoit en équipe, pas en solo. C’est exactement ce que nous construisons avec les entreprises.
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