Je me réveille, pleine d’entrain. Ce soir, je suis invitée à une fête à thème, j’adore ça et j’ai trop hâte.
Je choisis ma tenue avec soin, prends du temps pour me maquiller, apprêter mes cheveux… Je prépare aussi un banana bread pour le lendemain matin (je vais dormir sur place).
Bref, tout va bien.
Arrivée sur place, je congratule mon amie pour le soin qu’elle a pris à tout décorer et à tout préparer. Cette soirée s’apparente à un véritable festival ! Je papote avec deux trois personnes que j’ai déjà brièvement rencontrées. Et puis… les groupes qui se connaissent bien commencent à se former, ma pote organisatrice est - évidemment - au four et au moulin… et je ne sais plus où me mettre.
J’erre entre les différentes pièces de la maison, faisant semblant de me concentrer à 2000% sur chaque détail observé. Je suis très occupée, voyez-vous…
Je trouve d’autres parades : aller boulotter du côté du buffet. Ou me resservir un verre. J’implore l’alcool de me donner cette pompette-attitude qui me permet de me sentir davantage “moi-même” en société, plus libre, moins attentive à tous mes faits et gestes.
En vain. Je pense que je mange tellement que la nourriture bloque l’ébriété. Merde.
J’attends avec impatience que les copains arrivent. Un groupe de personnes géniales que j’apprends de plus en plus à connaître, mais avec qui je me sens encore un peu “gauche”. Ils ont vécu des choses incroyables ensemble avant que j’intègre leur groupe, et je ne me sens pas encore tout à fait légitime à en faire partie.
N’empêche que je les kiffe et que j’ai hâte de voir leurs bouilles.
Ça y est, ils arrivent ! Je vais les saluer et les suis dans la chambre dans laquelle ils vont enfiler leurs déguisements. Maladroite, je me demande si je dois partir ou rester (aka l’histoire de ma vie). Je décide de leur laisser un peu d’intimité et de retourner à mes moutons au rez-de-chaussée (après tout, j’ai encore des quiches à tester).
(un peu plus tard…)
Un membre du groupe propose de sortir et de passer un moment au coin du feu. Les groupes se mélangent et commencent à échanger autour de sujets qui m’intéressent.
“Quand vous sentez-vous “sexy”?” demande l’un des membres de l’assemblée. J’adore sa question, qui est en lien avec le thème de la soirée (je vous tease sur le type de déguisement que nous portons) et qui permet de découvrir les autres au-delà de leur carapace sociale.
Je suis presque jalouse de ne pas avoir pensé à la poser moi-même. Mais aurais-je osé ? Je réalise encore une fois que je suis une super ‘animatrice’ de groupe quand on me confie ce rôle, mais que j’ai encore du mal à me l’approprier sans autorisation. Je me dis que les personnes qui sont là ne me reconnaîtraient pas si elles me voyaient dans d’autres contextes. Dans celui du coliving à Oaxaca au printemps dernier, par exemple.
Bref, j’ai trop envie de répondre à la question, mais je préfère écouter les autres, pour l’instant. C’est fascinant. Une chose en entraînant une autre, je me mets à parler de chamanisme et de “shape-shifting” avec mon voisin de banc. Ça y est, je sens que je m’anime. Je suis vraiment moi pour la première fois de la soirée. Ça fait du bien de savoir qu’”elle” est encore là.
(encore un peu plus tard…)
J’ai perdu mes copains et me retrouve dans la masse de gens. Je ne sais plus quoi faire. J’ai trop mangé. Je n’ai plus envie de boire. Et il fait désormais trop sombre pour observer les décorations. Je tourne en rond dans la maison. Je décide de rire intérieurement de la situation.
Je pense que j’aurais sûrement eu exactement le même problème lorsque j’étais adolescente, il y a de cela 20 ans (aïe, ça pique !). Certaines choses ne changent pas.
(encore un peu un peu plus tard…)
Après avoir dansé sur de la musique techno-celtique (?!??!), je vais m’assoir à l’étage avec quelques membres du groupe. Je papote en 1 to 1 avec une copine.
On parle burn-out, sens de la vie, monde du travail… J’adore cette discussion. Of course.
(encore un peu un peu un peu plus tard)
Je me décide à aller dormir. La musique bat encore son plein en bas mais j’ai emporté mes partenaires particulières avec moi (aka, mes boules quiès).
Je suis en train de m’installer dans la chambre quand deux filles du groupe viennent me demander si elles peuvent se joindre à moi (je vous rassure, il y a 3 matelas dans la pièce 🤪). Mon coeur d’adolescente est en joie : elles veulent partager la chambre avec moiiiii !
On termine la soirée à papoter de tout et de rien en pyjama.
Je m’endors le coeur rempli. Je suis contente d’être là.
Le lendemain -évidemment-, j’analyse la situation.
J’ai d’abord l’impression de régresser, d’encore me sentir comme une ado alors que j’ai 36 ans. D’encore manquer de confiance en moi alors que j’ai fait tant pour la muscler.
Et puis, je me souviens de ces éléments essentiels :
Enfant et ado, j’ai vécu pas mal de situations de rejet assez hardcore (je parle de l’une d’entre elles ici). Ces petits traumas ont laissé des traces, c’est normal d’encore et toujours avoir peur du rejet. Et puis, on a toutes et tous des anxiétés sociales. Ça fait partie du deal d'être humain.
Bien que les anxiétés sociales soient toujours présentes, je ne laisse plus ma voix méchante gagner le combat. Oui, j’ai peur d’être rejetée. Oui, j’ai envie de plaire.
Mais quand mon Jafar interne me dit que je suis nulle, je ne le crois plus.
Je SAIS que je peux être super enthousiaste, sociable, drôle. Que tout ça est en moi. Je SAIS que je suis une personne cool qui gagne à être connue. Et oui, parfois, je suis très “awkward”, parfois je n’ose pas. Désormais, j’arrive à rire de moi-même et de ces moments un peu gênants.
Je sais que je me sens mille fois mieux quand j’ai des discussions en petits comités. Que je m’illumine quand on s’intéresse à moi. Que je suis plus une pote de pyjama party et de brunch qu’une pote de fiesta. Chacun·e brille à différents endroits, dans des circonstances différentes, et c’est ok.
J’ai encore une marge d’”évolution” ; j’aimerais parvenir à prendre davantage ma place sans attendre qu’on m’y autorise. Ça tombe bien ; normalement, j’ai encore quelques années à vivre… et donc l’occasion d’encore évoluer sur ce sujet. Parvenir à être soi-même en toutes circonstances est le processus de toute une vie. J’ai le temps :)
PS - Si toi aussi, tu as des anxiétés sociales, je t’invite à faire quelques séances avec moi afin d’apprendre à ne plus croire ton Jafar interne, à identifier les environnements qui t’aident à te sentir bien et à montrer de plus en plus à l’extérieur la personne que tu es à l’intérieur <3
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