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Un monde accessible · Jan 29, 2026

Qu'est-ce que l'interprétation en langue des signes ?

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Céline Ripolles · Un monde accessible

Cody, le petit chat noir et blanc, revêt sa tenue de cosmonaute pour découvrir des mains qui signent dans la galaxie

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Un monde accessible !

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Aurélia NGG dans cette newsletter.

Si vous ne connaissez pas Aurélia, c’est une personne incroyable aux multiples casquettes : professeure, auteure d’une newsletter lue par plus de 700 interprètes en langue des signes et curieux, et interprète en langue des signes, ce qui va nous intéresser aujourd’hui !

Aurélia m’a fait le plaisir de répondre à mes questions sur ce métier encore peu connu mais pourtant essentiel pour rendre vos événements accessibles aux personnes sourdes signantes.

Notre interview a été dense et longue, car comme vous le verrez, Aurélia n’est pas avare dans les informations et conseils qu’elle partage. Comme je ne voulais rien couper, j’ai décidé de publier cette interview en deux parties, et la première est dans cette newsletter aujourd’hui !

Sans plus tarder, je vous laisse plonger dans l’univers fascinant de l’interprétation en langue des signes.

Sommaire :

  1. Introduction et précisions

  2. Présentation d’Aurélia

  3. Définition du métier d’interprète en langue des signes

  4. Faire appel à une interprète en langue des signes

  5. De mon côté de la planète

Avant de commencer l’interview, deux petites précisions :

Parmi les personnes sourdes, on distingue les personnes sourdes signantes (qui s’expriment et comprennent la langue des signes) et les personnes sourdes oralistes (qui s’expriment en français et le comprennent).

Selon une enquête de la DREES, en France, environ 10 millions de personnes auraient des limitations fonctionnelles auditives. Parmi elles, on estime à environ 7 millions le nombre de personnes sourdes ou malentendantes en France. Et parmi elles, environ 300 000 personnes pratiqueraient la langue des signes française (Source : Fondation de l’Audition).

On aurait donc environ 9 700 000 personnes sourdes ou malentendantes oralistes, et 300 000 personnes sourdes signantes.

Ensuite, durant l’interview, nous avons utilisé assez naturellement le pronom « elles » pour désigner les interprètes en langue des signes, car une très grande majorité (87 %) d’interprètes sont des femmes. (Source : le 15-15).

Sans plus tarder, cap sur le métier d’interprète en langue des signes avec la passionnante Aurélia !

Céline : Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ?

Aurélia : Je m’appelle Aurélia NGG et je suis interprète en langue des signes depuis 2012.

En parallèle de mon activité d’interprétation, j’ai fait une thèse de doctorat sur l’interprétation en langue des signes internationale. J’enseigne également à l’université Paris 8 aux Master 2 l’interprétation de liaison, c’est-à-dire l’interprétation des rendez-vous où il y a deux-trois personnes maximum, chez le médecin, chez l’avocat, etc.

Et dernière activité, je rédige la newsletter Le 15-15, la newsletter de veille d’actualités sur le métier d’interprète en langue des signes, avec une partie où je prends un article scientifique car je me base toujours sur la recherche, je le résume et j’en retire une réflexion personnelle ou quelques applications concrètes pour notre quotidien d’interprète, histoire de faire le lien entre la recherche et l’interprétation.

Donc voilà, plusieurs activités, mais la ligne conductrice de tout ça, c’est l’interprétation.

Céline : Génial, je vois que tu es un petit peu comme moi, tu aimes bien faire plusieurs choses à la fois ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de ne pas te concentrer que sur une seule activité, mais de faire à la fois de la recherche, de la rédaction, de la formation…

Aurélia : La recherche, on va dire, c’est mon côté discussion, curiosité. Et je suis une des rares à avoir aimé rédiger son mémoire de recherche en Master.

Pour valider le Master, il faut faire un mémoire et donc c’est très théorique, on va faire de la recherche, et à l’époque, toutes mes copines et camarades de promo étaient en mode : « C’est relou, c’est relou », moi je disais : « Mais c’est trop bien, quand on pense ça, en fait c’est étayé factuellement par des recherches, ou quand on pense ça, finalement la recherche montre que ce n’est pas ça », donc j’ai kiffé.

Et une fois sur le terrain, tu te dis : « Oh mince, on n’a plus ce temps de recul, on n’a plus le temps d’aller chercher des sources. La recherche continue, mais on n’y a pas accès alors qu’elle pourrait nous servir. » Et ce qui nous intéresse, c’est pas le processus de recherche en lui-même mais ce sont les résultats, finalement.

C’est ça que j’essaie de faire passer dans Le 15-15 : le nectar, les informations qui nous intéressent.

En fait, j’ai fait une session de développement personnel et il en était ressorti que mon verbe de vie, c’était « partager ».

Pour que je sois épanouie professionnellement et personnellement, il faut qu’il y ait toujours cette notion de partage au cœur de ma pratique, sinon je ne me sens pas vivante.

De plus, un trait de ma personnalité, c’est que je n’aime pas les tabous : j’aime bien parler de tout. Donc c’est un peu à l’intersection de tout ça et du fait que je vois que les collègues expérimentées ou plus jeunes ont les mêmes galères, mais on ne se parle pas, on croit qu’on est seule.

Par exemple, quand il s’agit d’argent : à une époque, à chaque fois que je recevais une demande, je me demandais toujours : « Combien ça vaut ? Combien on facture ? », comme si personne ne l’avait fait avant moi ! Maintenant, je n’ai pas peur d’aller poser des questions, d’aller à la rencontre de l’autre. Parfois, je me prends des rejets mais parfois ça marche et on me donne les réponses à mes questions !

C’est comme ça que j’ai réussi à construire ma carrière : en allant chercher l’information.

Je me suis dit : « Toutes celles qui n’osent pas, qui sont timides, je vais vous aider, c’est cadeau ! Je vous donne tout ça. » C’est un peu de ça que c’est venu.

Moi, j’ai de la chance, j’ai mon réseau maintenant grâce à ma personnalité comme je vais à la rencontre de l’autre, que j’ose poser des questions etc. Je voulais partager tout ça, parce que pour recevoir, il faut donner, forcément. Je voulais donc partager tous mes petits bons plans, mes trucs, des choses que je lis qui sont intéressantes et qui m’ont ouvert pas mal de portes. C’est ce que j’essaie de transmettre que ce soit en cours, via la newsletter ou en cercle local, sans que ce soit écrit sur Internet.

Céline : Oui, ce que j’aime beaucoup dans ta newsletter, c’est que c’est un partage d’informations et que tu débunkes, d’une certaine manière, le fait que les interprètes sont uniquement des concurrentes. Le message aussi, c’est que vous êtes là au service de la communauté sourde et pour votre mission. Donc c’est pas une histoire de qui va avoir le plus de missions ou qui va avoir le plus gros chiffre d’affaires, j’ai l’impression.

Aurélia : En fait, on est en concurrence, mais la concurrence ne doit pas nous isoler. Je choisis de dire : « Avant de te voir comme une concurrente et comme une menace, je veux te voir comme une collègue et alliée. Moi, en tout cas, je vais pas venir te piquer un client ou mal parler dans ton dos, te mettre des bâtons dans les roues, je vais plutôt essayer de t’élever, de te porter et j’espère que tu vas faire pareil pour moi. »

Si je te demande un conseil sur la facturation d’une prestation, je m’attends à ce que tu me répondes et que tu n’ailles pas démarcher mon client, par exemple. Ce sont des choses qui arrivent, malheureusement. Il ne faut pas non plus se dire : « Chacun facture comme il veut », parce que sinon je risque de sous-facturer et de dévaloriser toute la profession. A l’inverse, si je propose un prix décorrélé de la réalité du marché, on ne va pas me prendre.

En fait, si je partage une astuce, ça ne m’enlève rien. On peut monter toutes ensemble. C’est vraiment ça que j’ai envie d’insuffler, parce que les réponses que j’ai reçues m’ont beaucoup aidée, mais parfois on refusait de me répondre ou on m’envoyait dans la mauvaise direction.

Dans une édition du 15-15, une collègue, Océane, a parlé de l’étymologie du mot « concurrence », qui veut dire, de mémoire, « courir ensemble ». C’est cette idée que je veux insuffler.

Céline : Trop bien. Et justement, en parlant du métier d’interprète en langue des signes, pour les personnes qui n’y connaissent rien en interprétation en langue des signes ou qui ne connaissent pas ton métier, comment est-ce que tu le définirais ? Quel est le public cible ?

Aurélia : En fait, j’aime bien dire que je permets aux personnes sourdes signantes et aux personnes entendantes de communiquer, de mieux se comprendre. Et quand une personne sourde qui s’exprime en langue des signes rencontre une personne entendante qui s’exprime en français parlé, on a donc deux langues différentes.

Comme je maîtrise les deux langues, la culture, les implicites etc. des deux parties, je suis au milieu et je fais passer la communication.

Et la particularité de mon métier d’interprète, c’est que je suis interprète en France pour des Français : les deux parties prenantes sont françaises mais n’ont pas la même langue ni même des fois la même culture. Il y a plein d’expressions qu’on utilise en français parlé, qui ne résonneront pas avec la langue des signes ou la culture sourde, qui est une culture très visuelle, etc.

Également, comme les sourds ont accès à beaucoup moins de choses qu’un français entendant en termes de culture, de films, de musiques, de contenu à la radio etc., ils ont beaucoup moins de références culturelles qu’un Français lambda entendant, même si ça va beaucoup mieux aujourd’hui.

Ça va donc plus loin que la langue car elle est associée à une culture. Mon travail, c’est de transmettre les deux.

Céline : Est-ce que tu trouves que les interprètes en langues vocales sont parfois mieux considérées que les interprètes en langues des signes ? Et qu’on comprend mieux leur métier ?

Aurélia : Dans l’imaginaire des gens, quand on pense « interprète », on pense langue vocale. En plus, quand on pense « langue des signes », souvent les gens disent « langage des signes ». Il n’y a rien pour nous, quoi !

Mais ce qui nous a aidées, c’est le Covid. Il y avait une grande visibilité des interprètes tous les soirs, avec le décompte des morts, les conférences de presse etc., donc ça a commencé à rentrer dans l’imaginaire des gens. Pendant le Covid, on les voyait à côté du Premier ministre, du ministre de la Santé etc.

Et maintenant, on est dans la vie quotidienne. On est présentes au travail, aux enterrements, aux accouchements, etc. Quand je dis « interprète en langue des signes », les gens ont beaucoup plus conscience de la nécessité, du besoin. Par contre, ils n’ont toujours pas conscience de ce que l’on fait au quotidien. Ils nous disent : « Mais vous faites quoi ? Où sont les sourds ? Il n’y a pas de sourds. »

Céline : Ah oui, ça c’est sûr. « Qui sont les sourds ? »

Aurélia : Oui. Dernièrement, je discutais avec une collègue qui a réussi à convaincre un musée de proposer des visites guidées en langue des signes, mais au début, ils étaient réticents, ils disaient : « Il n’y a pas de demande. » Alors elle a dit : « Créez l’offre, vous allez voir qu’il y a une demande ! » Mais ils ont dit : « Non, on n’a jamais vu de Sourds au musée. »

Céline : Ce n’est pas marqué sur leur tête, a priori…

Aurélia : Exactement… Et donc ils ont fini par proposer une visite à 30 places, c’était plein. Donc si, les sourds sont là, quand on y fait attention.

Céline : Génial. Et c’est marrant ce que tu dis au niveau du Covid, parce que comme je suis sous-titreuse en direct, c’est aussi une période qui a impacté mon métier. Encore aujourd’hui, même cinq ans plus tard, on me dit souvent : « Ah mais oui, c’était comme sur les allocutions du Président. »

Céline : Tu parlais un peu des cas pratiques, c’est-à-dire les moments où l’on peut faire appel à toi. Tu parlais beaucoup de moments privés, mais si j’organise un événement et que j’ai envie de le rendre accessible, pourquoi faire appel à une interprète en langue des signes ?

Aurélia : Parce que je suis sûre que le but de ton événement, c’est de parler au plus grand nombre de personnes possible, en tout cas aux personnes locales, aux Français. Et les Français, ce sont les sourds et les entendants.

Pour un événement, la base, c’est la communication. Le but est que l’information arrive jusqu’aux personnes. Pour moi, c’est essentiel de prévoir de l’interprétation en langue des signes.

Souvent, on a peur, on se dit : « Il n’y aura pas de sourd signant, je n’en ai jamais vu. »

Je comprends, car c’est un budget et qu’on ne veut pas réserver des interprètes pour rien. Ça m’est déjà arrivé d’avoir été réservée et qu’il n’y ait aucun sourd signant et aucune retransmission en ligne.

Mais les événements en présentiel sont souvent sur inscription et on peut cocher dans le formulaire d’inscription « besoin d’interprétation en langue des signes ».

Ensuite, on peut fermer les inscriptions 48 heures avant et voir si des personnes ont coché. Ainsi, tout le monde est au même niveau. Cela permet de se sécuriser, de se dire : « Je ne dépense pas un budget pour rien ».

Ce qui est sûr, c’est que quand on ne parle pas aux personnes sourdes signantes, on prive toute une catégorie de population de notre événement et des informations que l’on à partager.

Céline : Si je suis convaincue que j’ai besoin d’interprètes, ou alors peut-être que des personnes m’ont dit qu’elles avaient besoin d’interprètes, comment est-ce que cela fonctionne ? Qui est-ce que je peux contacter ? Comment ça marche, de manière pratique ? Quel est le délai ?

Aurélia : Si tu veux organiser un événement et tu veux qu’il soit accessible en langue des signes, à partir du moment où tu as l’événement en tête et que tu le prépares sur ton Google Sheets, pense à mettre une ligne « budget interprète ». Sur le document logistique, pense à mettre une ligne « contacter les interprètes », tout comme tu contactes tous tes autres prestataires à l’avance.

Tu ne demandes pas 48 heures à l’avance si tu peux avoir des petits fours ou si tu peux louer la salle des fêtes ! Pour les interprètes, c’est pareil.

Maintenant, il faut contacter des interprètes. Tu peux aller sur Google et taper « interprète langue des signes » et le nom de ta ville. Tu vas tomber soit sur une entreprise avec des interprètes salariées, soit des indépendants qui ont un site Internet.

Il faut savoir qu’aujourd’hui, on n’a pas vraiment d’interprète spécialisée par domaine. On est globalement toutes généralistes.

Ce qui est avantageux avec les grosses agences d’interprètes, c’est qu’il suffit d’envoyer un mail et c’est l’agence qui te trouve les interprètes. Tu as un seul interlocuteur.

Tu peux aussi consulter un annuaire en ligne pour contacter les interprètes en individuel. Aujourd’hui, tu en as deux. Tu vas alors envoyer un mail aux interprètes pour leur demander leurs disponibilités jusqu’à en trouver une de disponible, ça peut être un peu plus chronophage.

Ces deux annuaires en ligne, c’est l’annuaire de l’AFTILS, l’association française des interprètes et traducteurs en langue des signes. Je propose aussi un annuaire sur ce site.

Souvent, on utilise ces annuaires en dernière minute pour combler des besoins si on n’a pas anticipé, par exemple. Mais la plupart du temps, c’est plus confortable de passer par des grosses structures, surtout si on a besoin de plusieurs interprètes.

Ensuite, tu exposes ta demande. Tu vas donner :

- La date

- Le lieu

- L’heure

- Le thème

- L’objectif

- Des précisions : est-ce que l’événement est filmé ou pas ? Si oui, est-ce pour des besoins internes ou externes ?

Parfois, tu as des formulaires à remplir et on te pose directement les questions. Ensuite, tu vas recevoir un devis et on va te dire « Tu auras besoin d’une interprète, de deux interprètes, trois interprètes etc. » On va aussi te donner un brief, par exemple te demander les slides des conférenciers une semaine avant l’évènement, puis te donner les informations techniques (lumière – et oui, il faut qu’on soit bien visible – retour son, image, etc.), les informations de facturation, par exemple te demander 30 % d’acompte avant la prestation.

Merci beaucoup Aurélia d’avoir répondu à mes questions pour cette première partie d’interview !

Rendez-vous le mois prochain pour la seconde partie, où Aurélia nous donnera encore plus d’infos croustillantes sur les coulisses du métier d’interprète et des pistes pour remettre la personne sourde au centre des interventions 👀

Et pour retrouver Aurélia rapidement, vous pouvez la suivre sur LinkedIn ou sur Instagram ou vous abonner à sa newsletter juste en-dessous :

  • J’ai beaucoup publié d’articles de recherche ces derniers mois mais je vous ai donc pas trop donné de mes nouvelles… Pour me faire pardonner, j’ai résumé mon année 2025 sous forme de bilan sur LinkedIn.

  • La session de novembre-décembre de ma formation a pris fin et ma formation est désormais complète pour 2026. Contactez-moi si vous voulez que je vous inscrive sur la liste d’attente !

  • Niveau sous-titrage en direct, après avoir sous-titré les superbes Assises du collectif 50-50 et une formation pour la Fondation des Femmes, une petite tendinite m’a un peu ralentie. J’ai pu reprendre cette semaine en beauté avec le sous-titrage du premier meet-up parisien de l’association Yeeso, dédiée à la féminisation de la tech !

  • J’ai eu la chance de sous-titrer de superbes fictions et documentaires ces deux derniers mois. La plupart sont encore top secret, mais vous pourrez bientôt voir le dernier épisode de la saison 1 de Rise, Rise Kenya, sur Prime Video. J’ai eu le plaisir de voir mes sous-titres pour cet épisode sur grand écran au cinéma Le Champo à Paris !

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que cette édition vous a plu ! Comme d’habitude, je réponds à vos questions par mail et par message et si vous souhaitez aller plus loin :

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