Bienvenue dans cette dernière newsletter de l’année 2024 ! Je suis très émue de finir cette année riche en rencontres et en partages avec vous. Pour l’occasion, j’ai repris mes pinceaux et mes pots d’aquarelle laissés au fond d’un placard depuis quelques temps pour refaire une petite beauté à cette newsletter.
Puisque l’on rêve d’un monde accessible, c’est le thème espace qui va envahir encore plus cette newsletter, de part les illustrations et les descriptions.
En parlant de descriptions, j’ai décidé de rendre un peu plus accessible cette newsletter aux personnes aveugles et malvoyantes en proposant une version audio narrée par moi-même. Pour connaître les raisons de cette décision, alors que mon texte était techniquement lisible par un lecteur d’écran, je vous invite à lire la deuxième partie de cette newsletter.
Pour les personnes qui n’ont pas accès à l’audio, la version sonore de cette newsletter reprend ni plus ni moins que le texte. Vous ne manquez donc rien en n’écoutant pas la version sonore.
Trêve de nouvelles : aujourd’hui, nous allons parler d’un des principaux défis auxquels sont confrontées les entreprises quand elles veulent mettre en place une démarche d’accessibilité numérique : les croyances liées à celles-ci et au handicap de manière générale.
Sommaire :
Les croyances liées au handicap
Les croyances liées à l’accessibilité numérique
De mon côté de la planète
Plus je sensibilise, (parce qu’une grande partie de mon activité, c'est aussi de la sensibilisation), plus je me rends compte des clichés et des préjugés qui perdurent encore aujourd'hui.
Pourtant, la plupart du temps, ce n'est pas du tout mal intentionné. On a peut-être cette image en tête de l’entrepreneur véreux qui ne veut rien savoir du handicap, mais la plupart du temps, on est loin de ça : les personnes sont intéressées par le handicap et sont concernées indirectement, mais ont soit des croyances soit manquent de connaissances.
Par exemple, on a le cliché que toutes les personnes sourdes parlent la langue des signes et ne parlent pas, que les personnes aveugles ne vont pas sur Internet…
En ce qui concerne la surdité, on ne connaît pas vraiment tous les aspects de la surdité. Par exemple, on me dit très souvent : « Ah j'entends pas bien », « j'arrive pas trop à suivre les vidéos parce que mes oreilles fonctionnent moins bien », « j'ai du mal à suivre des conférences, à suivre des formations parce que j'entends pas très bien, mais bon, je suis pas sourd. »
Ces personnes-là souvent ne se font pas diagnostiquer et même si elles se font diagnostiquer, elles ne demandent pas d'aménagements ensuite pour pallier ce problème d'audition. Donc la surdité ne se limite pas aux personnes sourdes qui parlent la langue des signes, soit environ 300 000 personnes. Ça concerne vraiment une grande partie de la population, entre 6 et 10 millions de personnes selon les sources.
Le handicap est aussi parfois un peu un gros mot qu’on n’ose pas prononcer. On peut parler “d’invalidité”, “de maladie” etc. Moi-même, avant de m’intéresser à l’accessibilité numérique, je ne considérais pas ma maladie chronique comme un handicap malgré son impact sur mon quotidien.
C’est en rencontrant des personnes inspirantes que j’ai su reconnaître mes limites mais aussi justement mes forces : quand on est entrepreneure en situation de handicap, on peut parfois avoir l’impression de ne pas faire assez, de ne pas être au même niveau que les autres.
Pourtant, pour surmonter les situations de handicap au quotidien, travailler dur et se dépasser, il faut d’abord les reconnaître, les admettre, aussi, et ne plus considérer le handicap comme un gros mot mais comme faisant partie de sa vie et de la société de manière générale.
Et justement, on est toutes et tous touchés par le handicap d’une manière ou d’une autre, et c’est l’un des clichés que l’on peut démonter : le handicap n’est pas quelque chose d’étranger, de loin de soi.
C’est en me prenant de passion pour l’accessibilité numérique que j’ai remarqué que le handicap était tout autour de moi : cette copine au lycée qui avait besoin d’aménagements, des membres de ma famille qui avaient besoin d’aide en raison de leur état de santé, ma voisine d’enfance virtuose au piano dont la musique me berçait chaque soir et qui avait besoin d’être guidée dans ses déplacements en raison de sa cécité.
Ensuite, toutes les personnes que j’ai rencontré depuis que je me suis lancée, qui m’ont fait grandir, nourrie et fait prendre conscience de la réalité quotidienne des personnes en situation de handicap de tout type. C’est fou de me dire que sans l’accessibilité, je me serais privée de tant de richesse humaine, de rencontres et d’occasions d’évoluer.
Et une des raisons pour lesquelles on ne vit pas encore dans un monde accessible, ce sont bien les croyances liées à l’accessibilité numérique.
On s'imagine souvent que l'accessibilité, ça coûte trop cher, ce n’est pas réalisable, ou c'est difficile à mettre en place. Alors, on ne va pas se mentir, l'accessibilité, ça ne se fait pas comme ça, il faut un effort conscient pour la mettre en place :
l’implication de toutes les parties prenantes
Une formations selon vos besoins
la recherche de prestataires (audit, prestataires de solution d’accessibilité comme les sous-titreuses, interprètes LSF ou audio-descriptrices)
la mise en oeuvre
Mais il n’y a pas tant de temps et tant d'argent à investir que ça finalement. On peut commencer par des petites choses gratuites et pas trop chronophages et ensuite faire de plus en plus d’actions selon notre audience et notre public.
Aussi, même si l’on doit consacrer de l'argent à des solutions d'accessibilité, il y a toujours moyen de trouver des solutions qui ne coûtent pas trop cher, surtout si on fait appel à des indépendants qui ont une expertise précise.
Une autre idée reçue liée à l’accessibilité, est le fait que grâce aux progrès de l’IA et des technologies, on n’a plus besoin de s’occuper de l’accessibilité.
Effectivement, l’IA peut nous aider dans certaines tâches comme nous servir de base pour des transcriptions. Mais ça ne veut pas dire que l’on ne doit plus “s’en occuper”.
En ce qui concerne les transcriptions justement, une main humaine est toujours indispensable. Pour vous donner un exemple personnel, quand j’ai voulu réaliser la transcription de l’épisode du podcast “Pimp ta marque” auquel j’ai participé, je suis partie d’une base d’IA.
Puisque nous avions toutes les deux, Warda la présentatrice du podcast et moi, de bons micros et que nous parlions de manière posée et sans bruit autour, je me suis dit que nous étions dans les meilleures dispositions pour que l’IA puisse capter ce que nous disions et que je n’ai plus qu’à corriger quelques fautes, retravailler quelques phrases, la mise en page et l’accessibilité du document final.
Bien sûr, ça n’a pas été aussi simple. En premier lieu, l’IA n’a pas du tout capté certains mots ou expressions, comme par exemple, le mot “sous-titrage”. Si vous me connaissez, vous savez que c’est impossible pour moi lors d’une discussion sur l’accessibilité de ne pas prononcer le mot “sous-titrage” au moins une fois toutes les deux minutes.
Pourtant à chaque fois, l’IA ne le reconnaissait pas et me proposait “striage”, “strate” ou simplement “titrage”. Comme elle n’utilisait pas le même mot à chaque fois, même si c’était toujours de sous-titrage dont je parlais, impossible de faire un simple “rechercher-remplacer”.
Ensuite, même si nous avions préparé le sujet, notre conversation était naturelle : le but n’était pas de faire un cours lu ou de prendre des voix robotiques. Et même si à l’oral c’est plutôt fluide et naturel, ce n’est pas du tout le même rendu à l’écrit : toutes les hésitations ou les tournures de phrases un peu bancales rendent la compréhension difficile. Ce sont donc parfois des longs passages à reprendre.
Enfin, il faut penser à l’accessibilité du document en lui-même : mise en page, structuration des paragraphes, test avec lecteur d’écran… Ce qui fait que j’ai mis environ une heure pour transcrire 10 minutes d’audio avec l’aide de l’IA.
Lire la transcription de l'épisode
On voit donc bien que l’on doit consacrer du temps à l’accessibilité, même avec l’aide d’outils technologiques.
Et parfois, l’IA nous en fait perdre, notamment en ce qui concerne le sous-titrage professionnel. Passer du temps à corriger des sous-titres faits par l’IA, à les mettre aux normes et les synchroniser, me prend plus de temps que de les faire à partir de rien sur un logiciel de sous-titrage professionnel.
Pour en savoir plus là-dessus, vous pouvez trouver des ressources sur mon blog.
Voir mes articles sur mon site
Une technologie bien pratique également, est celle du lecteur d’écran. C’est un logiciel qui retranscrit par synthèse vocale ce qu’il peut lire sur un écran : site Internet ou interface en tout genre, si bien sûr c’est bien pensé pour être accessible.
Techniquement, avec un lecteur d’écran, cette newsletter aurait été accessible pour les personnes qui en utilise un : les titres sont bien indiqués et les images décrites via un texte alternatif.
Mais j’ai décidé d’aller un cran plus loin en proposant une version audio narrée par moi-même. Ainsi, on évite les voix parfois un peu robotiques des lecteurs d’écran et les erreurs de prononciation sur certains mots : c’est plus agréable et je peux être ainsi sûre que tout le texte passe.
Vu que j’utilise une plateforme, Substack, pour envoyer cette newsletter, je n’ai pas totalement la main sur l’interface et sur la lecture du texte. Je préfère donc enregistrer moi-même aussi pour être sûre que tout soit bien lu et de manière agréable pour l’auditeur.
Si vous écoutez la version sonore, envoyez-moi un petit message pour me dire ce que vous en pensez et si c’est plus agréable pour vous d’avoir accès à la newsletter par ce moyen-là.
Ce mois-ci a été une nouvelle fois riche en sous-titrage en direct avec le sous-titrage de plusieurs sensibilisations au handicap menées par Petite Mu.
J’ai également sous-titré des soutenances de thèse pour les spectateurs sourds et malentendants. C’est à chaque fois très émouvant de voir la conclusion de plusieurs années de travail et de pouvoir la rendre accessible.
Ce jeudi 12 décembre a eu lieu l’avant-première parisienne du documentaire Rise Népal sur lequel j’ai réalisé les sous-titres en plusieurs versions : VOST en français et en anglais, et pour personnes sourdes et malentendantes (normes SDH français et anglais) en vue d’une diffusion sur Amazon Prime et dans quelques cinémas sélectionnés.
Toute l’équipe du film, dont moi, a pu répondre aux questions du public à la fin de la séance. Un moment très émouvant car on a pu célébrer ensemble l’accomplissement de tant de travail.
Le documentaire est magnifique, une ode aux forêts et une invitation à repenser nos modes de fonctionnement pour se reconnecter à la nature. Je vous tiendrai au courant de sa sortie sur Amazon Prime !
En cette fin décembre se termine ma session de formation de novembre-décembre. Même si certains cours se poursuivent en janvier pour certaines d’entre elles, bravo d’ores et déjà à Louise, Céline, Sabrina, Jessica, Angélique, Julie, Manon et Marie-Emilie pour leur travail et leur engagement pour une vraie accessibilité. Je suis fière d’avoir pu former des professionnelles passionnées et engagées !
Les sessions de janvier-février et mars-avril sont complètes, vous pouvez dès à présent m’envoyer un message ou répondre à ce mail pour réserver votre place pour celle de mai-juin.
Pour finir, je suis fière d’apporter mon soutien entier à la démarche d’Arnaud Guillemot qui a réalisé une synthèse sur l’accessibilité de 40 événements de films de montagne et d’aventure avec un focus sur le sous-titrage Sourd et Malentendant. Même si on constate un vrai progrès et une vraie prise de conscience, il reste encore du chemin à parcourir pour permettre à toutes et tous de profiter de magnifiques films comme Rise Népal, dont l’équipe s’est engagée pour l’accessibilité en proposant le mardi 16 décembre une avant-première à Grenoble sous-titrée pour les personnes sourdes et malentendantes.
Réagissez sur LinkedIn pour apporter votre soutien à Arnaud !
Merci beaucoup de m’avoir lue jusqu’ici et je reste à votre disposition pour échanger, par mail ou par messagerie ! Je pars en congés du 23 décembre au 6 janvier donc je serai moins présente. Pendant ce temps, la mobilisation continue en coulisses et je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année, et à l’année prochaine !
Si la newsletter vous a plu, donnez-moi votre avis en réponse ou vous pouvez liker la publication pour lui donner de la visibilité. ✨
On se retrouve l’année prochaine pour le prochain numéro, et d’ici là, vous pouvez consulter mes articles et mes posts sur LinkedIn. Je publie régulièrement sur l’accessibilité et vous me verrez parler (avec parfois un peu trop d’enthousiasme) de sous-titrage ! 💜

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